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27 février 2024
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Les guerres de l’autisme ( Part 2 ) : Asperger, de l’icône à l’assassin

Finies « l’idiotie » et « l’imbécilité » : deux psychiatres vont changer la donne et tatouer de leur nom la question autistique :  l’un est américain, Léo Kanner, l’autre est autrichien, Hans Asperger. Leurs travaux seront salués par les meilleurs chercheurs, dont le psychiatre Jacques Hochmann, grand spécialiste français dans le domaine de l’enfance et de l’autisme. Il n’en reviendra pas de leur approche de l’autisme : clinique, pédagogique, riche et originale.

 

Désormais, on ne parle plus d’incurabilité, Asperger voit même de l’intelligence dans la maladresse des enfants autistes, mais aussi une sensibilité très développée et une incroyables capacités à instaurer des « liens émotionnels étroits », notamment avec leurs proches.

 

il le dit et l’écrit : bien qu’ils puissent paraitre farouches, par « manque d’intuition », ils souffriraient juste d’un trouble de la personnalité et très certainement pas d’une maladie, « incurable », comme la psychose. Son diagnostic s’appuie sur le travail éducatif qu’il avait mené, durant plusieurs années, sous le IIIème Reich.

 

Pour Kanner, tous ces troubles, volontairement dispersés sous des appellations variables, ne forment qu’une seule maladie : « l’ autisme », ou « l’autisme infantile précoce ». Il deviendra, en 1939, « l’autisme de Kanner ».

 

C’est la première fois, depuis Victor « l’enfant sauvage », que le mot « autisme » sera prononcé et c’est également la première fois qu’un éponyme sera attribué à cette affection.

 

Bien plus tard, Han Asperger aura également droit aux mêmes honneurs et rejoindra le panthéon des grands hommes de la science. Son nom sera collé, en 1994, derrière un autre syndrome autistique, ” le Syndrome d’Asperger”, par le Manuel Diagnostic Américain. Et ce n’est qu’une petite récompense, quand on connait son investissement dans la communauté scientifique, dans les années 20, 30, 40… et jusqu’à sa mort, en 1990.

 

Mais voilà… derrière ce grand docteur, se cache une personnalité très troublante. Elle a été révélée au grand jour, en 2010, pour les 20 ans de sa mort, lors d’une cérémonie organisée par l’hôpital pour enfants de Vienne, là où Asperger avait exercé et effectué ses recherches.

 

Il y avait, dans la salle noire de monde, ses enfants et petits-enfants, ainsi qu’un certain nombre de sommités de la recherche, comme Lorna Wing, psychiatre britannique spécialiste de l’autisme, qui a popularisé le terme, « Syndrome d’Asperger », dans les années 1980.

 

La soirée devait être un hommage vibrant au « gentil docteur », dépeint par les invités comme une sorte de Schindler des autistes. Mais voilà qu’un jeune homme est venu gâcher l’ambiance : Czech, un étudiant autrichien, qui préparait une thèse sur le rôle de la médecine sous le Troisième Reich.

 

Invité à prendre la parole pour dire ses constations, il révèle qu’Asperger avait entretenu des relations étroites avec le régime nazi et qu’il était notamment au courant d’un programme d’élimination d’enfants autistes « non éducables »…

 

Pis. On apprendra, plus tard, qu’Asperger compte parmi les médecins appelés par le pouvoir hitlérien, à partir de 1938, à mettre en marche le nouvel ordre allemand, basé des critères eugénistes.

 

Il était notamment chargé de sélectionner les parents selon leur hérédité, leurs défauts biologiques, mais aussi leurs tendance politique ou religieuse. Donc, trier les personnes “pures” et ” impures”, capables de vivre en société ou pas, physiquement et psychologiquement intactes – ou pas. Bref, aptes à vivre ou… à mourir.

 

A-t-il obéit à ses chefs et trahi ses patients ? Selon le jeune étudiant, Asperger avait fait un travail de Sacerdose, en identifiant « les positifs » et « les négatifs » à « l’intelligence arienne ». Leur nom est ensuite soigneusement inscrit sur des “étiquettes diagnostic”, sorte de laisser-passer vers la mise à mort.

 

Et, dès le début de la Grande Guerre, il s’est mis au-garde-à-vous, prêt à verser tout son génie au service de la folie hitlérienne, notamment dans le cadre de l’opération T4, cette politique d’extermination systématique des handicapés mentaux et physiques.

 

Combien sont-ils ainsi à être réduits en macchabées dans les hôpitaux autrichiens ? Selon les experts, Asperger avait recommandé le transfert d’un bon nombre d’entre eux dans la clinique « Am Spiegelgrund » de Vienne, qui n’était en fait qu’un centre « d’euthanasie » pour enfants handicapés. 800 enfants seront tués, rien qu’à l’hôpital psychiatrique « Steinhof ».

 

Ailleurs, dans tous les pays occupés, les chiffres donnent le tournis : 300 000 enfants et adultes sont mis à mort, la plupart par empoisonnement. Certains étaient affamés, d’autres recevaient des injections létales. Mais, dans les registres médicaux, la cause est toujours médicale. Forcément …

 

Czech, ce jeune étudiant autrichien à qui on doit la découverte de la chronique macabre du docteur Asperger, avait réussi à mettre la main sur des documents compromettant, notamment des lettres de référence signées par Asperger lui-même.

 

L’une d’elle est particulièrement éloquente. Elle concerne Herta , une autistes jugée incurables et euthanasiée avec l’accord de ses parents. Elle avait deux ans et demi….

 

Après, on s’en doute, elle doit ” être un fardeau pour ses parents”… à moins qu’elle ne soit « génétiquement inférieure »…

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