Proclamée sur Truth Social par Donald Trump, la disparition annoncée du Guide suprême Ali Khamenei alimente un brouillard politico-militaire où frappes assumées, preuves invisibles et démentis martelés s’entrechoquent. À Washington on célèbre, à Téhéran on dément, et le reste du monde compte les missiles en se demandant surtout qui tiendrait le turban si la rumeur devenait certitude.
Le 28 février 2026, pendant que les réseaux sociaux s’échauffaient et que les chancelleries cherchaient leurs lunettes, Donald Trump a dégainé son téléphone. Sur Truth Social, verdict sans appel, ton de procureur et tambours numériques compris : Ali Khamenei serait mort, pulvérisé par une opération américano israélienne au nom qui fleure bon la superproduction, « Epic Fury ». À Washington on parle de justice. À Téhéran on parle de mensonge. Entre les deux, un léger détail manque encore au dossier, une confirmation indépendante.
Le Guide suprême, 86 ans au compteur révolutionnaire, dirigeait l’Iran depuis 1989, successeur du très fondateur Rouhollah Khomeini. Trente six ans de pouvoir concentré, compressé, verrouillé. Chef religieux, chef militaire, chef politique, chef d’orchestre des Pasdaran, patron du tempo nucléaire et sponsor de l’« axe de la résistance ». Un CV long comme un sermon du vendredi. À l’intérieur, les contestations ont été traitées avec une pédagogie musclée. À l’extérieur, l’influence régionale s’est étendue avec méthode.
Puis arrivent les frappes. Explosions à Téhéran, panaches de fumée, rumeurs calibrées. Côté israélien, on évoque des « signes concordants ». Benjamin Netanyahu laisse entendre que la cible ne donnera plus de discours. Côté américain, Trump parle d’« un des personnages les plus malfaisants de l’Histoire » et promet que les bombardements continueront aussi longtemps que nécessaire. Le communiqué a la sobriété d’un tweet de victoire.
En face, la République islamique assure que tout le monde est vivant, en pleine forme et fermement aux commandes. Aucun portrait récent du Guide, mais des démentis fermes. Dans cette partie, la communication est aussi stratégique que les missiles. Annoncer la mort d’un chef d’État sans preuve publique irréfutable est un pari. La nier si elle est réelle en est un autre. Les marchés tremblent, les diplomates murmurent et les experts ressortent les manuels de droit constitutionnel iranien.
Car si la disparition était confirmée, la mécanique institutionnelle prévoit un intérim assuré par un conseil composé du président, du président du Parlement et du chef du pouvoir judiciaire, le temps que l’Assemblée des experts désigne un nouveau Guide. Sur le papier, tout est écrit. Dans les faits, tout dépend du rapport de force entre clergé et Gardiens de la Révolution.
Un nom circule depuis des mois avec l’insistance d’un secret de Polichinelle, celui de Mojtaba Khamenei, fils du Guide. Une succession filiale dans une république née d’une révolution contre une monarchie, voilà qui aurait un certain sens de l’ironie. D’autres figures du sérail religieux pourraient émerger, adoubées par l’appareil sécuritaire pour garantir la continuité. En embuscade à l’étranger, Reza Pahlavi appelle à une transition populaire, mais entre l’appel et la prise réelle du pouvoir il y a, en Iran, quelques divisions blindées.
Reste une question simple, presque triviale, sous le vacarme des déclarations martiales. Si Ali Khamenei est réellement mort, qui le remplacera vraiment, le fils pressenti, un ayatollah de compromis ou le camp le mieux armé du moment. Et surtout, au bénéfice de qui.






