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24 juin 2021

Mein Kampf, une réédition controversée

Le printemps commence sur les chapeaux de roues pour les éditions Fayard, qui viennent de “mettre des paillettes dans la vie” de Mein Kampf, un livre idéologique qui retrace certaines idées d’Adolf Hitler, comme l’extermination des communautés juives et tsiganes, la domination du monde par la race supérieure, la conquête de la France et bien d’autres. C’est ce livre qu’on retrouve, depuis ce 2 juin, dans les librairies, dans une nouvelle version, traduite et commentée par de nombreux historiens.

 

Cette initiative, on s’en doute, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le milieu politique et médiatique. À l’heure de la montée du nationalisme et du populisme en France, certains se demandent si cette réédition tombe à pic ou, à l’inverse, fait tache. Le premier à monter au front est Jean Luc Mélanchon. Pour lui, ” rééditer ce livre, c’est le rendre accessible à n’importe qui », tonne-t- il sur son blogue. Avant de s’interroger malicieusement : « Qui a besoin de le lire ? Quelle utilité à faire connaître davantage les délires criminels qu’il affiche ? Non ! Pas Mein Kampf, quand il y a déjà Le Pen ».

 

D’autres, comme le grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, voient, en cette publication, un moyen de transmettre « un héritage idéologique », pour ne jamais le reproduire. De son point de vue, il n’y a pas de quoi faire un flan : « une édition critique bien faite peut être une chose positive, plaide-t-il, d’autant qu’on peut trouver le texte sur Internet aujourd’hui ». Même son de cloche de la part de Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS : « Il faut savoir de quoi on parle et redonner sa réalité (certes ennuyeuse et rébarbative) à un texte qui a été important », déclare-t-il, en écartant, d’un revers de main, l’hypothèse que Mein Kampf « puisse encore influencer aujourd’hui ».

 

Voilà qui souffle de l’air dans la voile de Fayard. Fort de ces soutiens, l’éditeur se défend d’“Historiciser le mal (dans) une édition critique ”. Cette nouvelle version, d’après les éditions, n’est pas une simple publication de l’oeuvre, comme il en existe déjà. C’est une analyse critique du texte, une déstructuration, pages par pages, des idées qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Les 1000 pages qu’il comporte ne sont pas simplement dédiées à la traduction, mais à la critique pure et dure de l’’oeuvre’ du Führer. Pour « montrer la nocivité du texte lui-même, le traduire de telle sorte que l’on éprouve son caractère délirant », explique Olivier Mannoni, son traducteur.

 

Tout de même, la maison d’édition prend des pincettes avec ce sujet : le livre est vendu au prix de 100 euros, pour limiter sa diffusion. Même les bénéfices seront reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau, en charge d’un musée historique, qui se trouve dans un des camps d’extermination nazis. A en croire les éditions Fayard, il n’est pas question de se faire de l’argent sur “le livre de la honte”.

 

Ce n’est pas la première fois que Mein Kampf fait débat : sa première réédition illégale remonte à 1934 : les Nouvelles Éditions Latines publient une version complète et entièrement traduite en français. Son contenu “haineux et accablant” rend cette publication délicate. À l’époque, l’Allemagne nazie voulait à tout prix cacher ses idées revanchardes envers la France. Le Führer assigne les Nouvelles Éditions Latine et gagne son procès. De fait, le livre n’a jamais été bloqué dans son galop. Ni en France, ni en Allemagne.

 

Même scénario dans les années à venir: 1936, une version appelée “Doctrine”, avec 500 pages en moins, plus soft et supervisée par l’Allemagne nazie, sera publiée… toujours aux éditions Fayard. Mais quand en 1970, les Nouvelles Éditions Latines remettent une couche, avec une nouvelle réédition, la polémique enfle. A cause de l’émergence des partis nationalistes en France, à cette époque, comme le Front National de Jean Marie Lepen, la Licra ( Ligue de lutte contre le racisme et l’antisémitisme) porte plainte contre le livre, arguant de risque de « montée du négationnisme nazi » dans la société. Mais les juges n’ont accédé qu’en partie à la requête : le livre n’a pas été interdit des librairies. En revanche, la maison d’édition était tenue d’intégrer la loi anti-racisme de 1972, ainsi qu’un disclaimer rappelant les crimes de guerre, dans les premières pages du livre.

 

En 2016, nouveau rebondissement :  alors que les droits d’auteur sont rendus publics, l’Institut d’Histoire de Munich publie, en Allemagne, une version éditée de Mein Kampf. Version très controversée dans le pays. Et presque un siècle plus tard, c’est à nouveau Fayard qui prolonge la maudite de vie de Mein Kampf…

 

 

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