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Ça foire de Marseille

Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille
Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne.

La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement les organisateurs à la réalité du terrain. Tout juste après les cotillons et la communication triomphale du centenaire célébré en 2025, la deuxième plus grande foire grand public de France accuse un coup de mou. L’édition tenue du 25 septembre au 5 octobre 2026, sous le thème ronflant de « La Méditerranée en scène », a attiré environ 240 000 visiteurs.

Cela représente 20 000 entrées égarées en un an, soit une chute d’environ 8 %. Derrière la tentative d’extinction d’incendie habituelle du service de presse, le constat s’avère cinglant : le soufflé est retombé.

Cette grande messe marseillaise puise pourtant ses racines dans l’entre-deux-guerres. Imaginée en 1924-1925 par une coopérative de représentants et voyageurs de commerce, la manifestation inaugurale n’occupait que 5 000 m² au Grand Palais du parc Chanot avec 350 exposants et 75 000 curieux.

Son ascension fulgurante lui permet d’intégrer dès 1929 l’Union des foires internationales. Malgré les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et la parenthèse sanitaire de 2020, la Foire est devenue un poids lourd national et le quatrième événement populaire du pays, alliant artisanat, habitat, gastronomie et pavillons internationaux.

Cependant, la parenthèse dorée des années 2010 semble bien lointaine. Sous le règne de la SAFIM, filiale de Veolia et gestionnaire historique du site pendant près de quatre décennies, le compteur s’envolait régulièrement : 320 000 visiteurs en 2014, 335 000 en 2015, puis des sommets à 345 000 entrées. Le choc du Covid-19 est ensuite passé par là, stabilisant la jauge autour de 260 000 personnes en 2022, puis encore plus bas en 2024 avec une fourchette estimée entre 225 000 et 230 000 billets écoulés.

Pour insuffler du sang neuf, la Ville de Marseille a racheté la marque et écarté la SAFIM fin 2024. Au 1er janvier 2025, la gestion a été confiée au tandem GL Events (à 75 %) et la CCI Aix-Marseille-Provence (à 25 %), regroupés sous l’entité Marseille Events et pilotés par Aurélie Prost et Pierre Arvis. L’effet de nouveauté et la magie du centenaire en 2025 avaient fonctionné, revendiquant une hausse de 15 % avec 260 000 visiteurs, plus de 1 000 exposants et une nocturne frôlant les 25 000 visiteurs.

L’année 2026 sonne comme un violent retour de bâton. Les 110 000 m² du parc Chanot ont certes maintenu leur millier de stands, affichant une cinquantaine de nations représentées – du retour de l’Égypte au Maghreb, en passant par le Vietnam ou l’Arménie.

La clientèle est restée majoritairement féminine (59 %), fidèle (80 % d’habitués), et la dépense moyenne a grimpé à 391 € par panier, portée par un secteur de l’Habitat très sollicité. Mais la grille tarifaire (8 € sur place, 6 € en ligne, 18 € pour les familles, 5 € pour les étudiants) et la démultiplication des gratuités ciblées (femmes, seniors, demandeurs d’emploi) n’ont pas suffi à remplir les allées comme avant.

Derrière cette baisse de régime globale se pose également la question centrale du positionnement stratégique et du rayonnement international de la cité phocéenne. L’édition 2026 s’affichait pourtant sous le thème ambitieux de « La Méditerranée en scène ». Mais sur le terrain, la réalité s’est révélée bien plus modeste, marquant un net recul par rapport aux décennies fastes sous l’ère SAFIM. Durant l’âge d’or des années 2010, la Foire s’imposait comme une véritable plaque tournante diplomatique et commerciale, animée par de grands pavillons officiels.

Cette année, le contraste est saisissant dans les allées. Symbole de ce repli : les exposants italiens, autrefois installés sur deux étages au Palais des Congrès, ont été déplacés dans le Hall 6 (réservé à l’international), laissant un rez-de-chaussée du Palais des Congrès désespérément vide. Du côté du Maghreb, la présence s’est également métamorphosée : alors que l’Algérie était très largement représentée, l’édition 2026 n’a vu s’installer qu’une dizaine de petits stands — dont certains partagés par deux exposants — où même l’alcool a disparu des rayons.

Avec à peine une quarantaine d’exposants dédiés dans l’Allée de la Méditerranée (sur 1 000 m²), les stands représentant directement les rives sud et est de la Mare Nostrumne constituent plus qu’environ 4 % de l’offre totale du salon. En perdant 20 000 visiteurs en un an tout en proposant un volet international ainsi rétréci et morcelé, Marseille voit s’effriter sa prétention à jouer les capitales incontournables de la Méditerranée face à des géants européens comme Milan ou Paris.

Face à ce revers et à ces interrogations structurelles, les organisateurs dégainent l’éternel pare-feu des excuses institutionnelles : une météo mitigée et la journée de grève nationale du 1er octobre. Mais la réalité paraît bien plus structurelle. Après l’overdose d’auto-congratulations du centenaire, le public s’est lassé. L’inflation assomme le pouvoir d’achat, tandis que la concurrence du commerce en ligne et des salons spécialisés grignote la pertinence d’un tel paquebot commercial.

Pourtant, l’argument du déclin inéluctable des foires expos ne tient pas la route face aux chiffres européens. Ailleurs, ce modèle conserve une vitalité saisissante. À Milan, L’Artigiano in Fiera continue de cartonner avec plus d’un million de visiteurs et 3 000 exposants sur neuf jours.

À Paris, la Foire maintient son cap au-delà des 400 000 entrées avec 1 400 exposants. Plus frappant encore, la Foire du Valais à Martigny rassemble plus de 250 000 visiteurs, réussissant l’exploit de faire mieux que Marseille avec un bassin de population pourtant infinitésimal en comparaison.

Le problème marseillais est donc purement local. Au-delà du contexte économique, la gestion du site a pesé lourdement : le chantier de réaménagement et de végétalisation initié par la nouvelle direction a transformé le parc Chanot en un parcours du combattant. Entre zones décalées, allées modifiées et repères perdus, la visite a tourné au casse-tête pour les habitués.

Si le palier des 240 000 visiteurs évite un effondrement brutal, Marseille Events va devoir prouver que sa promesse de modernisation ne se limite pas à un simple ravalement de façade marketing. Le couperet tombera dès 2027 pour sceller le sort du rendez-vous phocéen : véritable institution populaire à relancer ou simple vestige d’un modèle commercial révolu ?

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