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Le Correspondant

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LHÉRITAGE D’UN STYLE

La vulgate républicaine aime dater la naissance de la grandeur française au 14 juillet 1789. Pourtant, bien avant que la canaille parisienne ne s’en aille démolir la Bastille, la monarchie absolue de droit divin avait déjà inventé le storytelling à la française et le marketing d’État. Sous le Roi-Soleil, l’image de marque de la France n’était pas une coquetterie de cour, mais une arme de destruction géopolitique massive. En 1789, la Révolution coupe la tête du monarque, mais s’empresse d’en conserver le moule. L’État jacobin, centralisateur jaloux et obsédé par sa propre grandeur universelle, n’est en fait que l’héritier direct de cette mise en scène de la puissance publique.

Le colbertisme culturel ou l’invention du soft power

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Louis XIV et son contrôleur général des Finances, Jean-Baptiste Colbert, font un constat d’un pragmatisme glacial : pour dominer l’Europe, les armées ne suffisent pas. Il faut que le monde entier désire ce que la France produit, pense et crée. Colbert nationalise la création artistique, codifie le luxe et impose un véritable protectionnisme esthétique.

Pour tuer la concurrence européenne, l’État s’improvise entrepreneur. Colbert fonde la Manufacture royale des Gobelins pour le mobilier d’art, subventionne les miroirs de Saint-Gobain pour briser le monopole séculaire de Venise, et crée la Compagnie des Indes. Désormais, le bon goût a un passeport, et il est français.

Cette politique ne tolère aucune improvisation. L’Académie royale de peinture et de sculpture, l’Académie d’architecture et celle de musique reçoivent pour mission de fixer le « canon » du classicisme français. Ce style, caractérisé par la symétrie, la clarté et la majesté, devient la langue officielle de l’Europe des cours. De Saint-Pétersbourg à Berlin, les princes parlent français, s’habillent à la française et font dessiner leurs parcs par des émules d’André Le Nôtre.

La vision de Colbert : Le ministre résume cette ambition agressive dans une formule devenue le dogme de l’influence française à l’étranger : « Les modes sont à la France ce que les mines de saphir et d’or du Pérou sont à l’Espagne. »

1789 : On coupe la tête, on garde le moule

Lorsque l’Ancien Régime s’effondre, les révolutionnaires prétendent faire table rase du passé. Pourtant, le jacobinisme qui s’installe à Paris est le fils spirituel de l’absolutisme versaillais. La centralisation administrative, la méfiance viscérale envers les provinces et le monopole parisien de la décision publique sont des héritages directs de la politique de Louis XIV.

Le Roi-Soleil avait soumis la noblesse en l’enfermant à Versailles ; la Convention nationale soumet les départements en les gouvernant depuis Paris. L’obsession républicaine d’un État fort, instituteur de la nation et dépositaire de l’intérêt général, n’est que la sécularisation de la monarchie de droit divin.

Le « style de l’État » survit lui aussi. Les palais nationaux de la République — le Palais de l’Élysée (ancien hôtel d’Évreux), l’Hôtel de Lassay ou le Palais du Luxembourg — ne sont autres que les demeures de l’aristocratie déchue. Les présidents successifs s’installent dans les dorures de la monarchie, adoptant la même étiquette rigide et le même faste pour impressionner les dignitaires étrangers lors des dîners d’État.

De Malraux à l’exception culturelle : La permanence du modèle

Aujourd’hui encore, lorsque l’État français subventionne le cinéma, protège ses artistes au nom de « l’exception culturelle » ou finance ses grands chantiers présidentiels (la pyramide du Louvre, la Bibliothèque nationale de France), il applique le programme de Colbert.

En créant le premier ministère de la Culture de la Ve République en 1959, André Malraux ne fait que réinventer le mécénat d’État initié par Louis XIV pour Molière ou Lully. L’écrivain-ministre laïcise le rôle de la Couronne en devenant le nouveau grand ordonnateur des arts de la Nation.

L’historien et sociologue Alexis de Tocqueville avait parfaitement décrypté cette continuité invisible dans son ouvrage L’Ancien Régime et la Révolution (1856) : « Si la centralisation n’a point péri dans la Révolution, c’est qu’elle était elle-même le commencement de cette Révolution et son signe. […] Quand un peuple a détruit dans son sein l’aristocratie, il court vers la centralisation comme de lui-même ».

Lorsque la France brille à l’étranger par sa haute couture, sa gastronomie classée au patrimoine de l’UNESCO ou son réseau d’Alliances Françaises, elle récolte les fruits de ces outils d’influence façonnés par l’absolutisme. La République a simplement laïcisé les talons rouges du Roi-Soleil, prouvant au passage que le génie français sait parfaitement habiller la permanence de l’État des plus beaux draps de la nouveauté.

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Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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