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Rien de nouveau à l’Est : élections sous tutelle en Moldavie

Moldavie, entre Moscou et Bruxelles, c’est vote sous kalachnikov et démocratie en mode furtif. Pendant que l’Europe fait semblant d’y croire, la Transnistrie garde ses billes… et ses soldats.

 

Bienvenue en Moldavie, ce pays qu’on oublie toujours de mentionner entre deux discours compassés sur l’Europe des valeurs. Un confetti post-soviétique suspendu entre le fantôme de Lénine et le spectre de l’OTAN, qui s’apprête à voter le 28 septembre comme un funambule aveugle traverserait un fil au-dessus d’un volcan. L’Est ou l’Ouest ? Moscou ou Bruxelles ? Missiles ou traités ? Vodka ou prosecco ? Le peuple hésite, les élites vacillent, et dans l’ombre, la Transnistrie recharge ses kalachnikovs.

 

Un pays en campagne, mais pas de vacances

À Chisinau, les affiches électorales ont poussé comme des champignons après la pluie. Le Parti pro-européen se déchire entre ambition sincère et appétits d’ONG rincées par des subventions opaques. En face, les héritiers du soviétisme maquillent leur nostalgie en pragmatisme géopolitique : « la Russie, au moins, elle paie les retraites. » Tout ça serait risible si ce n’était pas tragique. Car derrière cette mascarade démocratique, un sujet demeure tabou : la Transnistrie. Ce petit Frankenstein politique né d’un viol géopolitique en 1991, et toujours gavé au lait maternel du Kremlin.

 

La Transnistrie, ce kyste russe dans le flanc moldave

Sur le papier, la Transnistrie n’existe pas. Dans les faits, elle possède une armée, un gouvernement, une monnaie, une Constitution, un président, un hymne, un drapeau, une banque centrale, un service de renseignement, un club de foot et, comble du kitsch géopolitique, une chaîne de télé où l’on réinvente chaque jour l’histoire avec la finesse d’un tract stalinien. Une enclave digne d’un mauvais roman de John le Carré, peuplée de 500 000 âmes balancées entre trois langues, trois peuples et un seul maître : Moscou.

 

Car si le monde refuse de reconnaître ce territoire, la Russie ne s’en prive pas. Officieusement, bien sûr. 1 500 soldats russes sont « encore là pour maintenir la paix », comme on dit dans les dîners à la Douma. En réalité, ils surveillent, manipulent, contrôlent. La Moldavie ne peut rien faire : pas d’armée, pas d’économie, pas même d’unité nationale. Quand Bruxelles envoie des fonctionnaires, le Kremlin envoie des blindés.

 

Un luxe pour certains Moldaves

Pour les Moldaves de Transnistrie, voter aux élections moldaves est un délit passible de rétorsions. La démocratie comme opération clandestine. On n’est pas à Hollywood : ici, les bureaux de vote sont cachés dans des granges, les bulletins glissés sous la menace, et les rêves de fédéralisme s’écrasent sur la realpolitik d’un État qui n’a jamais été entier.

 

Et pendant que Chisinau fait campagne sans mentionner une seule fois la Transnistrie – de peur de se griller avec l’Est ou de faire rire l’Ouest – à Tiraspol, la vie continue dans une ambiance de république bananière congelée. Les Transnistriens n’ont pas de papiers reconnus. Ils vivent dans un État qui n’existe pas, possèdent un passeport qui n’ouvre aucune porte, et dépendent d’un empire qui, depuis 2022, bombarde à l’Est et menace à l’Ouest. Sa génération ? Elle rêve d’indépendance, mais finit souvent caissier chez Sherif.

 

Sherif, l’État dans l’État dans l’État

Sherif, c’est l’entreprise tentaculaire qui contrôle tout en Transnistrie : pain, pétrole, football, flics. Un monopole digne des oligarques russes, sauf que celui-ci n’a pas eu besoin de privatiser l’URSS : il l’a reconstituée. Igor Smirnov, fondateur de la République et propriétaire de Sherif, est encore vénéré comme une sorte de père-fondateur-entrepreneur-despote. Pour beaucoup, il a offert la stabilité. Pour d’autres, un congélateur géopolitique où l’air est vicié et la liberté en option.

 

Un dilemme occidental insoluble

L’Europe applaudit la Moldavie pour ses efforts démocratiques mais ferme les yeux sur la moitié du pays qui vit sous tutelle russe. Car intégrer la Moldavie à l’Union, c’est intégrer un pays amputé ou bien s’acheter une guerre de reconstitution territoriale. Dans les deux cas, Poutine jubile : la Moldavie est un pion trop facile à coincer. Pas encore dans l’OTAN, pas vraiment dans l’UE, mais déjà dans le viseur.

 

Et la Transnistrie ? Elle attend. Elle attend que le vent tourne, que la Moldavie s’effondre, que l’Ukraine tombe. Elle attend, comme un agent dormant de l’empire. Son rôle est clair : exister juste assez pour que la Moldavie ne puisse jamais devenir une vraie démocratie.

 

Un État, deux moitiés, zéro issue

La Moldavie vote, mais sur quoi ? Sur un avenir qu’elle ne contrôle pas, avec un territoire qu’elle n’a pas, et un peuple qui ne croit plus à grand-chose. La Transnistrie est le cancer gelé d’un État malade, que ni l’Europe ne veut soigner, ni la Russie ne veut laisser mourir. Dans cette farce tragique, les Moldaves ont un rôle : se taire, travailler, et prier que les missiles russes s’arrêtent à la frontière ukrainienne.

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