La fine équipe de la contestation menée par Philippe Schreck vient d’essuyer un magistral revers. Ce 9 octobre 2026, le tribunal administratif de Toulon a purement et simplement rejeté leur recours contre l’élection de Richard Strambio. Avec 206 voix d’avance (soit 1,28 % des suffrages), le maire sortant conserve son écharpe. Le Correspondant s’est procuré la décision des juges en exclusivité et, autant le dire tout de suite, l’avocat du plaignant et sa troupe vont pouvoir méditer longuement sur l’art et la manière de perdre en beauté.
Une courte tête et de grandes illusions
Rappelez-vous le week-end des 15 et 22 mars derniers : dans cette commune de plus de 9 000 habitants, la liste « Draguignan au cœur » du sortant Richard Strambio passait de justesse la ligne d’arrivée avec 50,64 % des voix (8 166 bulletins), devançant d’un cheveu — 206 suffrages exactement — le clan « Draguignan autrement » de Philippe Schreck (49,36 %, soit 7 960 voix).
Il n’en fallait pas plus pour que l’honorable plaignant et son aréopage de colistiers (Mme Thiebaud, M. Romeo et consorts), épaulés par Me Campolo, saisissent la justice administrative. Au menu de leur plainte : annulation pure et simple du scrutin, mise au ban du maire, et même un petit chèque de 5 000 euros pour couvrir leurs frais. En face, la défense menée par Me Grimaldi demandait à son tour une ristourne de 1 000 euros. Au final, le tribunal a renvoyé tout ce beau monde dos à dos : pas de frais remboursés, mais une pilule bien dure à avaler pour les requérants.
Ce que disent les juges… et que nous avions déjà balancé !
Pour les magistrats administratifs, la messe était dite dès l’audience. Une règle d’airain préside à ce type de contentieux : le juge ne fait pas la police des petites mesquineries de campagne, il cherche uniquement si les couleuvres avalées par les électeurs ont concrètement faussé le résultat des urnes.
Une grille de lecture que Le Correspondant et votre serviteur avaient non seulement flairée dès le lendemain du scrutin, mais détaillée sans fard dans notre papier « Ce que mijotent les juges ». Une fulgurance stratégique qui nous aura permis de doubler par la bande l’artillerie juridique de l’adversaire bien avant que la décision ne tombe.
Le grand décapage des griefs de l’opposition
1. La revue de presse municipale : une tempête dans un verre d’eau
Les requérants criaient au scandale et à l’utilisation illégale des moyens de la collectivité (articles L. 48-1 et L. 52-8 du code électoral), accusant le site internet de la ville d’avoir hébergé une revue de presse uniquement garnie d’articles à charge ou diffamatoires contre Philippe Schreck (« Trahir un traître… », « Une colistière de Philippe Schreck condamnée en 2019 pour détournement de fonds », etc.).
Pourtant, en examinant en détail le jugement auquel Le Correspondant a eu accès, la démonstration des juges remet l’église au centre du village. D’abord, ce fil d’actualité n’avait pas été concocté dans les cabinets sombres de la mairie pour les besoins de la campagne : il découlait tout simplement de la refonte globale du site municipal engagée dès 2023.
Ensuite, les magistrats se sont penchés sur la réalité de l’audience, et les chiffres prêtent à sourire : à peine 942 visiteurs uniques recensés entre le 1er septembre 2025 et le 23 mars 2026, avec une moyenne famélique de moins de 20 consultations par jour et un modeste pic à 50 clics fin mars. Une broutille, totalement incapable d’ébranler le résultat d’un scrutin rassemblant plus de 16 000 votants et séparé par 206 voix.
Pour couronner le tout, la sélection des flux d’actualités numériques était sous-traitée depuis juillet 2025 à un prestataire automatisé externe (Agorapulse). Même accrocheurs, les titres ne dépassaient pas le cadre habituel de la joute électorale, aucun droit de réponse n’avait été sollicité, et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait validé le compte de M. Strambio sans y trouver le moindre financement occulte. Bref, le grief a fait pschitt.
2. La dérive cultuelle : coup de sabre dans l’eau
Invoquer la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État pour espérer annuler un scrutin municipal relevait de la haute voltige juridique. Comme Le Correspondant a pu le constater en consultant directement les motifs de la décision, la juridiction s’est montrée totalement hermétique à cette exégèse théologico-électorale. Les requérants entendaient faire grief à l’équipe adverse d’une prétendue propagande menée dans un lieu de culte, brandissant l’article 35-1 de la loi du 9 décembre 1905 (issu de la loi du 24 août 2021) ainsi que l’article L. 116 du code électoral.
Le couperet est tombé net : le tribunal a jugé le moyen inopérant. D’une part, l’article 35-1 de la loi de 1905 n’a tout simplement pas été rendu opposable devant le juge de l’élection par le code électoral. D’autre part, l’article L. 116 relève des dispositions purement pénales : s’il permet de poursuivre individuellement l’auteur d’une manœuvre, il ne caractérise pas, par lui-même, une irrégularité matérielle dans les opérations électorales susceptible d’entraîner l’annulation du vote. Autrement dit : circulez, il n’y a strictement rien à voir.
3. Le bulletin municipal : service minimum
Alors que la parution du journal municipal était mise en veilleuse depuis septembre 2025 pour respecter la traditionnelle période de réserve électorale, la mairie avait surpris son monde en dégainant un numéro exceptionnel en janvier-février 2026. Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition y crie au scandale et y voie une campagne de promotion sous couverture financée par le contribuable (au mépris de l’article L. 52-1 du code électoral).
Pourtant, en épluchant la décision du tribunal administratif qu’a pu consulter Le Correspondant, le verdict des juges est sans appel : les quatre premières pages du magazine se bornaient à de la très classique pédagogie citoyenne pour expliquer les modalités du scrutin aux administrés. Quant aux pages 8 à 21, si elles brossaient bien un bilan des réalisations et projets de la ville, les requérants ont été bien incapables d’aligner le moindre extrait prouvant un appel explicite à voter pour la liste majoritaire.
Le simple recoupement de thèmes entre la gestion municipale et le programme de la liste « Draguignan au cœur » n’a pas suffi à convaincre la juridiction d’une manœuvre publicitaire illicite, d’autant que le ton demeurait neutre et que l’opposition disposait de ses pages d’expression réservées. Résultat : le grief a pris la porte.
4. Notre fameux article du 20 mars : la vérité dérange
Le 20 mars 2026, à 20 h 29 très précises, Le Correspondant publiait une enquête au vitriol intitulée : « Un drame exhumé 17 ans plus tard : l’éthique selon Schreck ». Dans la foulée, le papier était abondamment partagé sur les réseaux sociaux (notamment par M. Ait Aoudia) et relayé par une poignée d’élus locaux. Pris de court, le camp des requérants a crié au loup et à l’attentat électoral de dernière minute, dénonçant une manœuvre déloyale (sur le fondement de l’article L. 48-2 du code électoral) destinée à les priver de toute réplique utile, pimentée selon eux de griefs injurieux et diffamatoires.
Manque de chance pour la défense : la ficelle était bien trop grosse, et nous l’avions déjà parfaitement analysée dans nos colonnes. En lisant le jugement, le tribunal a remis les pendules à l’heure avec une clarté limpide.
D’abord, le juge administratif n’a pas pour rôle de trancher les procès en diffamation ou le volet pénal, mais uniquement de vérifier si la sincérité du scrutin a été faussée. Ensuite et surtout, les faits rapportés dans notre article — un accident de la route remontant à 2009 impliquant un candidat à Barjols et son évocation passée par M. Schreck — appartenaient déjà depuis bel lurette au domaine public. Impossible, dès lors, d’y voir un « élément nouveau de polémique électorale » sorti du chapeau à la dernière minute.
Même parachuté à la veille du scrutin et orchestré de manière spectaculaire, notre travail d’investigation n’a jamais dépassé les limites, parfois acides mais parfaitement légales, de la joute politique. Faute d’avoir démontré le moindre impact chiffré sur les urnes ou le moindre dépassement du cadre électoral, la tentative de bâillonner la presse indépendante s’est soldée par un bide retentissant.
5. Les procurations fantômes
Une procuration non prise en compte pour M. Auban, et l’hypothèse (toute théorique) d’un bataillon d’autres bulletins égarés… Le tribunal a vite réglé l’addition : même avérée, une voix ne pèse pas lourd face à un écart de 206 suffrages. Quant aux autres irrégularités imaginaires, elles relèvent de la boule de cristal.
Fin de partie pour les frondeurs
Demander l’inéligibilité de Richard Strambio pour « manœuvres frauduleuses » relevait de l’optimisme béat. Faute de preuves tangibles, la requête a été jetée aux orties.
Au bout du compte, cette décision confirme que le contentieux électoral n’est pas un bac à sable où l’on vient pleurer ses défaites. C’est un exercice de rigueur où l’on apporte des preuves sonnantes et trébuchantes — ce qui manquait cruellement à l’escarcelle des requérants. Une issue que nous avions devinée au quart de tour dans nos colonnes, confirmant que le journalisme d’investigation a parfois une sacrée longueur d’avance sur les redoutables prétoires.







