C’est une ritournelle que le président Abdelmadjid Tebboune — cet ancien apparatchik algérien devenu président en 2019 et réélu en 2024 avec un score de dictateur tropical — a choisi de ressortir des tiroirs. En visite d’État à Berlin les 15 et 16 juillet, entre une audience protocolaire chez le président fédéral Frank-Walter Steinmeier et une poignée de main avec le nouveau chancelier Friedrich Merz, notre homme a profité d’un rendez-vous avec la diaspora pour lancer aux opposants en exil un grand « rentrez, tout est pardonné ».
Le diagnostic présidentiel tient en une phrase : les opposants sont les bienvenus, à condition de laisser insultes et diffamation au vestiaire. La critique, elle, est tolérée — mais à condition de respecter « les traditions et les valeurs nationales ». Une formule aussi précise qu’un brouillard sur la Spree, et qui a le mérite de la souplesse : un simple coup de sifflet du procureur suffit à transformer une remarque constructive en odieuse tentative de déstabilisation de l’État.
Le Président dicte ainsi à l’opposition ce qu’elle a le droit de dire, et baptise cela « liberté ». Au moins a-t-il l’honnêteté de poser la condition : une liberté à l’algérienne, version Tebboune, où le curseur du « permis » se déplace au gré de l’humeur du Palais.
Mais le plus savoureux reste ailleurs : cette main tendue ne s’accompagne d’aucune garantie écrite. Pas un décret, pas une circulaire, pas même un entrefilet au Journal officiel pour protéger les futurs revenants des zèles de la police politique. On appelle cela la liberté sur parole — sauf que les tribunaux, eux, ne connaissent que le Code pénal. L’opposant assez naïf pour prendre ce discours au pied de la lettre découvrirait vite, à l’atterrissage sur le tarmac d’Alger, que la parole présidentielle pèse peu face aux dossiers déjà constitués dans les tiroirs de la sécurité.
Pourquoi ce genre de déclaration se fait-il toujours en terre étrangère ? Le décor européen sied sans doute mieux à cet exercice de style que les coursives d’El Mouradia : le Président s’y offre, à prix d’ami, une image de dirigeant magnanime — pendant que ses hôtes allemands, tout occupés par l’hydrogène vert et les trente accords commerciaux qu’ils viennent de parapher, ne sont pas du genre à gâcher une signature pour un détail de libertés publiques.
Tebboune a donc invité ses opposants au banquet, sans préciser que le menu était imposé. Dans la « Nouvelle Algérie », la démocratie se promet à l’oral ; la répression, elle, se signe et se tamponne.





