C’est le grand paradoxe du chauvinisme tricolore : la France adore célébrer l’universalité de ses principes de 1789, mais elle a souvent été prise de vertige en voyant d’autres peuples les appliquer à la lettre. En proclamant que les hommes naissent libres et égaux, la Révolution française — elle-même nourrie des Lumières et des révoltes atlantiques — a fourni, parfois malgré elle, la boîte à outils de la subversion mondiale. Des Amériques aux confins de l’Asie, retour sur ces mouvements insurrectionnels qui ont lu nos déclarations sans les notes de bas de page de notre diplomatie.
Saint-Domingue (1791) : La Déclaration des Droits de l’Homme au pied de la lettre
Lorsque l’Assemblée constituante adopte à Paris, le 26 août 1789, l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme — « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » —, elle pense à tout sauf aux esclaves des colonies. Pour les colons, la liberté reste un privilège blanc.
Menés par Toussaint Louverture en août 1791, les insurgés n’inventent pas une nouvelle philosophie : ils exigent l’application stricte des textes parisiens.
La preuve par le texte : Dans sa proclamation du 29 août 1793, Toussaint Louverture écrit : « Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous à nous, frères, et combattez avec nous pour la même cause… »
La France révolutionnaire, acculée, abolit l’esclavage en 1794. Face aux tentatives de rétablissement de Napoléon Bonaparte, l’île s’émancipe définitivement en 1804 pour devenir Haïti, offrant à la France le miroir de ses propres renoncements.
L’Amérique latine : Bolívar et la tentation de 1789
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