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Naâma Asfari ou le jeûne de l’oubli

Naâma Asfari, militant sahraoui de premier plan, entame sa deuxième semaine de grève de la faim à la prison de Kénitra. Quinze ans après son incarcération, il réclame l'application d'un avis de l'ONU. Un détail qui, dans un Maroc qui veut polir sa vitrine, fait désordre.

Le personnage n’est pas de ceux qu’on invite au prochain cocktail des Amitiés franco-marocaines. Naâma Asfari, vice-président du CORELSO (Comité pour les libertés et le respect des droits de l’homme au Sahara occidental), préfère visiblement la diète forcée aux petits fours. Depuis le 8 juin, il ne touche plus à rien. Sa demande est pourtant d’une simplicité presque naïve : que le Royaume chérifien daigne respecter l’avis n° 23/2023 du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui préconise, ni plus ni moins, sa remise en liberté immédiate.

Le « détail » de la torture

Pour le lecteur qui aurait oublié le dossier « Gdeim Izik », rappel : en 2010, Asfari participait au campement de 20 000 Sahraouis protestant pour leur autonomie, juste avant que les autorités ne décident de mettre un terme définitif à la manifestation. Résultat, en 2017 : trente ans de réclusion pour « association de malfaiteurs ». Une condamnation dont la solidité repose essentiellement sur des aveux extorqués sous la torture. Un « léger » contretemps technique que le Comité des Nations unies contre la torture avait cru bon de signaler dès 2016. Sans grand effet, les geôles marocaines ayant, semble-t-il, une conception très personnelle de la jurisprudence internationale.

À l’extérieur, Claude Mangin, épouse du détenu, tente de maintenir le dossier sur la pile du haut. Las, depuis 2019, la dame est persona non grata au Maroc, frappée d’une interdiction de territoire pour « menace à l’ordre public ». Il faut croire que le Maroc, si sûr de son fait, craint qu’une visite conjugale ne déstabilise les fondations de l’État. Privé de visites, Asfari attend, tandis que les rapports médicaux, eux, s’inquiètent de sa santé.

Le grand écart diplomatique

Dans la presse française, la mobilisation est un exercice de style discret. Le Monde, Libération et L’Humanité ont glissé quelques articles, mais ne bousculent pas les rotatives. Ailleurs, c’est le silence radio. Il est vrai que le moment est mal choisi pour contrarier Sa Majesté. La France est en plein numéro d’équilibriste : elle reconnaît les prétentions marocaines sur le Sahara, joue les funambules avec Alger, tout en espérant conserver sa place d’ami privilégié du trône.

C’est là toute la beauté du « pragmatisme » diplomatique : pour maintenir une entente cordiale sur les accords de pêche, la surveillance des côtes et la gestion migratoire, il faut savoir fermer les yeux sur quelques dossiers encombrants. Naâma Asfari, avec son insistance à vouloir être libéré, fait figure de grain de sable dans cette belle mécanique. Un grain de sable qui, à force d’être ignoré, finit par se faire oublier. C’est sans doute là, la forme la plus aboutie de la diplomatie moderne.

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