Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Liberté de la presse en mode très chérifien

Alors que le royaume affiche une façade d'ouverture après les amnisties royales de journalistes, l'arrestation d'Ali Lmrabet à Tanger vient doucher l'enthousiasme général. Entre pressions judiciaires et réformes de surface, quel est le véritable état de la liberté d'expression et de la liberté de la presse au Maroc en 2026 ? Décryptage d'une situation en mode très chérifien.

C’est ce qui s’appelle un accueil douanier particulièrement soigné. Le 12 juillet, à peine le pied posé sur le tarmac de Tanger en provenance de Barcelone, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été invité par la police des frontières à changer d’itinéraire. À 67 ans, ce vieux routier de la plume indépendante, qui a jadis dirigé Demain Magazine et Doumaneavant leur interdiction en 2003 pour « insultes au roi », pensait sans doute retrouver un climat plus serein. C’était compter sans les délices de l’administration judiciaire : le voilà transféré illico à Casablanca pour y être présenté au parquet.

Les motifs invoqués fleurent bon les classiques du code local, à savoir la « diffusion de fausses informations » et l’« atteinte aux institutions de l’État », le tout empaqueté dans une série de plaintes pour diffamation émanant de particuliers et d’officines variées. Son épouse, Laura Feliú, confie que l’intéressé se sent quelque peu « séquestré » dans cette procédure dont on tarde à lui fournir les détails. Du côté de Reporters sans frontières, on ajuste ses lorgnons et on appelle prudemment au respect des règles du jeu.

Sur le papier, pourtant, la vitrine du Royaume s’était singulièrement polie ces derniers temps. Entre la fin de l’année 2025 et ce début 2026, les geôles marocaines s’étaient vidées de leurs plumes les plus encombrantes. À la faveur des grâces royales de 2024, des figures bien connues comme Omar Radi, Taoufik Bouachrine ou Soulaimane Raissouni avaient pu humer à nouveau l’air de la liberté.

Certes, les autorités juraient leurs grands dieux qu’il ne s’agissait là que de vulgaires affaires de droit commun, tandis que les chancelleries occidentales et les défenseurs des droits de l’homme y décelaient plutôt des dossiers opportunément ficelés. Omar Radi avait d’ailleurs joliment résumé l’exercice de la profession dans la région comme un « sport extrême ».

L’absence de détenus n’interdit pas pour autant l’activité des prétoires. Si les cellules affichent complet ailleurs, les greffes des tribunaux de la presse tournent à plein régime. Les statistiques officielles révèlent qu’en 2024, pas moins de 52 journalistes ont fait l’objet de poursuites, contre un modeste contingent de 21 l’année précédente.

La méthode s’est affinée : on évite désormais la prison préventive, jugée trop voyante, pour lui préférer le harcèlement par l’amende et le sursis dissuasif. Le cas d’Hamid El Mahdaoui, dont la lourde condamnation financière a été confirmée en 2025, illustre à merveille cette transition vers une justice plus comptable que carcérale.

Pour défendre son bilan auprès des instances internationales, Rabat n’a pas manqué de brandir le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en avril 2026. Par un subtil jeu de vases communicants, le Maroc y gagne 15 places pour s’établir au 105e rang mondial. De quoi s’enorgueillir d’un brevet de civisme en se positionnant sur la troisième marche du podium des pays arabes, loin devant les voisins tunisiens et algériens.

Le thermomètre des instituts indépendants reste néanmoins plus nuancé. L’organisation Freedom House maintient le pays dans la catégorie des nations « partiellement libres » avec une note globale de 37 sur 100, tandis que l’Human Freedom Index pointe de réelles faiblesses concernant les libertés personnelles.

L’adoption toute récente, en ce mois de juillet 2026, d’un nouveau statut des journalistes professionnels se voulait un signal d’ouverture. L’arrestation d’Ali Lmrabet vient opportunément rappeler que si le pluralisme est toléré en façade, les frontières de la critique demeurent strictement balisées dès qu’il s’agit d’évoquer la marche des institutions ou la lutte contre la corruption.

À Tanger, la douane a simplement rappelé la règle.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Extradition de Ayoub Aissiou, demandée par Tebboune et refusée par l'Espagne

Tebboune se prend la tarte catalane

Madrid met un terme aux rêveries judiciaires de Abd El Madjid Tebboune. Bâclé à la va-vite pour faire taire l’ex-patron de chaîne, Ayoub Aissiou, le

Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement

Président du FN, Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen, devenue président du RN

FN/RN : Un demi siècle de dérapages antisémites

Enquête, condamnations, proximités idéologiques et polémiques à répétition : alors que la direction du Rassemblement national tente d’imposer une vitrine de respectabilité par la stratégie

Le RN a changé. Enfin, il paraît…

Entre deux paires de mocassins cirés et trois larmes de crocodile sur commande, le RN jure la main sur le cœur qu’elle est devenue fréquentable. Sauf que dans les couloirs du nouveau monde, les vieilles casseroles ont curieusement gardé leur place à table.

Jordan Bardella accusé par le journal Médiapart de propos antisémites, à l'époque où il faisait ses classes dans le FN

Antisémitisme : La crasse « sous-Marine »

Entre saillies antisémites exhumées du passé, menaces à peine voilées et réflexe pavlovien de la victimisation, le Rassemblement national tente de faire oublier ses vieux démons. Plongée dans les zones troubles de l’extrême droite, où la façade lisse de Jordan Bardella cache mal la crasse idéologique de la maison.

Philippe Schreck ( RN) et François Gibaud ( Indépendant) lors des élections municipales 2026, à Draguignan, dans le Var

Draguignan : Schreck et mat au tribunal

Battu aux municipales, recalé aux sénatoriales et sur le point de voir son recours électoral voler en éclats : le député frontiste Philippe Schreck cumule les gadins. Entre une rapporteure publique impitoyable et une stratégie juridique en carton-pate, chronique d’une bérézina annoncée dans la capitale de l’artillerie varoise.

— Publicité —
Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

Aucun commentaire

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement…

Lire la suite »