Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Le grand bluff du Hamas

En annonçant la dissolution de ses instances dirigeantes à Gaza au profit d’un comité de technocrates, le Hamas feint de lâcher les rênes du pouvoir. Derrière ce ravalement de façade politique, le mouvement islamiste tente un coup de bluff magistral : abandonner la gestion d'une enclave en ruines pour séduire les donateurs internationaux, tout en conservant le contrôle absolu des armes en coulisses. Analyse d'une imposture géopolitique

On qualifie officiellement l’événement de « tournant politique majeur », mais l’exercice ressemble en réalité au plus vieux retournement de veste de l’histoire moderne. Ce lundi 6 juillet, le Hamas a annoncé en grande pompe la dissolution de ses instances dirigeantes à Gaza. Fini le gouvernement islamiste radical et dogmatique : place au NCAG (National Committee for the Administration of Gaza), un cénacle de « technocrates » et de figures indépendantes censé gérer le quotidien d’une population exsangue. Le tout, ironie de l’histoire, sous la bénédiction lointaine et pragmatique des paramètres du plan Trump, recyclés pour l’occasion afin de débloquer les financements internationaux.

L’illusion de la transition civile

Après vingt ans de règne sans partage et une bande de Gaza réduite en ruines par les conflits successifs et le blocus, les cadres du mouvement islamiste se découvrent soudain une passion subite pour la bureaucratie apolitique et la neutralité administrative. Ce revirement n’a rien d’une capitulation ; il s’agit d’une adaptation tactique théorisée de longue date. En déléguant la gestion des affaires courantes — les écoles, les hôpitaux, la reconstruction et le traitement des déchets — à des administrateurs non affiliés, le Hamas tente de s’alléger du fardeau de la gouvernance civile, devenue impossible à porter sous le poids des sanctions et des destructions.

Les ministres du Hamas démissionnent donc de leurs portefeuilles respectifs, mais — détail piquant et fondamental — les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée ultra-puissante du mouvement, ne lâchent pas un seul fusil. Le constat est implacable : le Hamas abandonne temporairement le stylo de l’administrateur, mais garde le calibre du milicien.

Le modèle du « Hezbollah » : Le pouvoir sans les devoirs

C’est le chef-d’œuvre absolu de l’entourloupe géopolitique, une stratégie directement inspirée du modèle éprouvé par le Hezbollah au Liban. L’objectif est double : faire croire à la communauté internationale, et notamment aux donateurs occidentaux et arabes, qu’on évacue les lieux par la grande porte, tout en restant le véritable propriétaire des murs par la fenêtre d’à côté.

En coulisses, rien ne change. Le budget de la sécurité, le contrôle des tunnels, le monopole de la violence légitime et les décisions stratégiques de paix ou de guerre restent fermement verrouillés par le bureau politique du mouvement. Le NCAG ne sera qu’un bouclier administratif, une interface commode destinée à absorber le mécontentement populaire face à la misère économique, tandis que le Hamas conservera son droit de veto militaire sur chaque décision d’envergure.

Rendre l’invendable fréquentable

Ce ravalement de façade technocratique répond à une urgence vitale pour le mouvement : sortir de son isolement diplomatique et capter les milliards de dollars nécessaires à la reconstruction de l’enclave, des fonds que les puissances occidentales et les monarchies du Golfe refusent catégoriquement de verser à une organisation classée comme terroriste.

En plaçant des visages lisses, éduqués et sans passé militaire à la tête des ministères clés, le Hamas offre un prétexte d’action aux diplomates étrangers. C’est une stratégie de normalisation par procuration. Ce vernis de respectabilité institutionnelle n’a qu’un but : tenter de rendre l’invendable enfin fréquentable, et pérenniser l’emprise du mouvement sur Gaza en troquant les habits encombrants du gestionnaire contre le statut de force de résistance intouchable. Une illusion parfaite où la forme change pour que le fond reste désespérément le même.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Extradition de Ayoub Aissoui, demandée par Tebboune et refusée par l'Espagne

Tebboune se prend la tarte catalane

Madrid met un terme aux rêveries judiciaires du palais d’El Mouradia. Bâclé à la va-vite pour faire taire l’ex-patron de chaîne, Ayoub Aissoui, le «

Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement

Président du FN, Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen, devenue président du RN

FN/RN : Un demi siècle de dérapages antisémites

Enquête, condamnations, proximités idéologiques et polémiques à répétition : alors que la direction du Rassemblement national tente d’imposer une vitrine de respectabilité par la stratégie

Le RN a changé. Enfin, il paraît…

Entre deux paires de mocassins cirés et trois larmes de crocodile sur commande, le RN jure la main sur le cœur qu’elle est devenue fréquentable. Sauf que dans les couloirs du nouveau monde, les vieilles casseroles ont curieusement gardé leur place à table.

Jordan Bardella accusé par le journal Médiapart de propos antisémites, à l'époque où il faisait ses classes dans le FN

Antisémitisme : La crasse « sous-Marine »

Entre saillies antisémites exhumées du passé, menaces à peine voilées et réflexe pavlovien de la victimisation, le Rassemblement national tente de faire oublier ses vieux démons. Plongée dans les zones troubles de l’extrême droite, où la façade lisse de Jordan Bardella cache mal la crasse idéologique de la maison.

Philippe Schreck ( RN) et François Gibaud ( Indépendant) lors des élections municipales 2026, à Draguignan, dans le Var

Draguignan : Schreck et mat au tribunal

Battu aux municipales, recalé aux sénatoriales et sur le point de voir son recours électoral voler en éclats : le député frontiste Philippe Schreck cumule les gadins. Entre une rapporteure publique impitoyable et une stratégie juridique en carton-pate, chronique d’une bérézina annoncée dans la capitale de l’artillerie varoise.

— Publicité —
Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

Aucun commentaire

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement…

Lire la suite »