On connaissait le « roman national », voici le casier national. Alors que Marine Le Pen tente de faire de sa condamnation en appel pour l’affaire des assistants européens un chemin de croix christique, la cheffe du RN oublie un léger détail : dans la boutique familiale, le passage devant le tribunal n’est pas un accident de parcours, c’est une tradition, une marque de fabrique, presque un rite d’initiation. Chez les Le Pen et leurs lieutenants, on a le cœur à droite, mais souvent les mains là où il ne faut pas.
Le Menhir, pionnier du prétoire
Le patriarche, Jean-Marie, a ouvert la voie dès le siècle dernier. Véritable stakhanoviste du Code pénal, le fondateur du Front National affiche un palmarès à faire pâlir un caïd de banlieue : condamnations pour « apologie de crimes de guerre » lorsqu’il prit la défense de la mémoire de Pétain dès 1971, pour « provocation à la haine raciale » à une bonne dizaine de reprises, sans oublier la fameuse sortie sur le « détail de l’histoire » ou l’agression physique de la candidate socialiste Annette Peulvast-Bergeal en 1997, qui lui avait valu un an d’inéligibilité.
À l’époque, le Menhir criait déjà au complot des juges rouges. Vingt-cinq ans plus tard, le disque est rayé, mais il tourne encore. La sœur aînée, Marie-Caroline, aujourd’hui installée dans la Sarthe pour piloter les campagnes, n’est pas en reste, elle qui s’était déjà frottée aux fureurs militantes et judiciaires lors de la scission mégrétiste de 1998. Quant au beau-frère et éminence grise, Philippe Olivier, il traîne lui aussi sa bosse dans les dossiers de financement de campagnes qui font régulièrement tousser les magistrats.
Les lieutenants font les comptes
Mais la vitrine ne serait rien sans l’arrière-boutique, et les cadres historiques du parti ont tous, à un moment ou un autre, confondu la caisse du mouvement avec celle du contribuable. L’éternel avocat du parti et ancien trésorier national, Wallerand de Saint-Just, a ainsi été condamné en appel dans l’affaire « Jeanne », le micro-parti du RN, pour recel d’abus de biens sociaux, le calcul des kits de campagne surfacturés aux frais de l’État s’étant avéré un peu trop créatif pour un homme censé défendre la loi.
Dans l’ombre des structures militantes, on croise aussi les figures de la fameuse « GUD connexion », comme Jean-Lin Lacapelle ou Frédéric Chatillon, l’ex-patron du syndicat étudiant radical et prestataire officiel du parti via sa société Riwal. Ce dernier collectionne les mises en examen et les condamnations pour les montages financiers des campagnes de 2012, 2014 et 2015, une ingénierie de pointe que le RN qualifie de persécution mais que Bercy appelle plus prosaïquement du rabaissement de TVA et du détournement.
À l’étage des élus, le principe n’était pas plus complexe, à l’instar de l’eurodéputé Steeve Briois ou de l’ancien vice-président Louis Aliot, aujourd’hui maire de Perpignan, tous deux englués ou cités dans ces fameux emplois fictifs du Parlement européen où le but consistait simplement à faire payer par Bruxelles des petites mains qui ne bossaient que pour le parti à Paris. L’Europe, ils sont contre, sauf quand elle paie les salaires.
« Mains propres et tête haute » : l’arroseur arrosé
Le plus savoureux reste l’ironie de l’histoire. Pendant trente ans, le slogan officiel du FN puis du RN fut « Mains propres et tête haute », brandi à chaque affaire touchant le RPR, l’UMP ou le PS, le parti se voulant le chevalier blanc de la République, le seul épargné par la corruption du prétendu système. Aujourd’hui, le système a bon dos.
De l’affaire des kits de campagne Jeanne au procès des assistants européens, qui réclame la bagatelle de plusieurs millions d’euros de fonds détournés, le RN affiche un endettement judiciaire record. Sur les marchés de la Sarthe, Jordan Bardella continue pourtant de jurer que le mouvement est irréprochable. C’est vrai : pour réussir à aligner autant de condamnations tout en se faisant passer pour les victimes d’un complot d’État, il faut une sacrée dose de professionnalisme.






