C’est le grand retour du Phénix de la Sarthe. À peine descendue des marches du tribunal de Paris, lestée d’une condamnation en appel pour l’affaire des assistants européens (un broutille de détournement de fonds publics, ma bonne dame !), Marine Le Pen a foncé droit sur le marché de La Flèche. Flanquée de son fidèle Jordan Bardella, la cheffe de file du Rassemblement National est venue siffler le coup d’envoi de sa campagne présidentielle pour 2027. Et tant pis si l’accueil s’est fait au son des casseroles des opposants : chez les Le Pen, on a la peau dure et le cuir tanné.
Le sursis du sursis
Il faut dire que les juges du second degré ont été d’une délicatesse toute républicaine. Alors que la première instance menaçait de la priver de son gagne-pain électoral, la cour d’appel a réduit l’inéligibilité au strict minimum, lui permettant de courir les estrades. Pour le reste, la patronne écope d’un an de prison à purger sous bracelet électronique.
De quoi donner une touche de modernité technologique à la panoplie souverainiste. Déjà, les mauvaises langues à l’Assemblée ricanent : voilà une candidate qui fera campagne « au pas », surveillée de près par le ministère de la Justice. Mais au RN, on positive. On imagine déjà les affiches électorales au graphisme léché : Marine, christique, les bras en croix (sa nouvelle posture préférée), proclamant « La Renaissance » pendant que sa cheville clignote en vert. C’est ce qu’on appelle une campagne branchée.
Immunité ou impunité ?
Le grand frisson de cette fin de siècle politique réside désormais dans un calendrier judiciaire digne d’un suspense d’Alfred Hitchcock. Marine a immédiatement dégainé son pourvoi en cassation. Objectif officiel : clamer son innocence. Objectif officieux : jouer la montre. La Haute Juridiction, pressée par le calendrier républicain, a promis de trancher entre fin 2026 et début 2027. Pile-poil au moment où les Français s’apprêteront à glisser leur bulletin dans l’urne.
Une question cruciale agite déjà les constitutionnalistes de comptoir : que se passe-t-il si la Cassation rejette son pourvoi juste après son élection ? Peut-on gouverner la France, présider le Conseil des ministres et recevoir les chefs d’État étrangers avec un fil à la patte et une obligation de rentrer à l’Élysée avant 20 heures ?
La procureure générale de Paris a douché les espoirs des amateurs de vaudeville juridique : en cas de victoire, la sainte immunité présidentielle suspendrait la peine. Le bracelet électronique attendrait sagement 2032 dans un tiroir de la table de chevet présidentielle. De quoi motiver la candidate : pour elle, l’Élysée n’est plus seulement un destin national, c’est d’abord un aménagement de peine.
Bardella en embuscade, Philippe aux anges
En attendant, le duo Bardella-Le Pen feint l’unité absolue sur les marchés de la Sarthe. Jordan, grand prince, se dit « très content » d’aller au charbon avec sa mentor. Il faut dire que le jeune président du parti a tout intérêt à ce que Marine reste en piste… pour l’instant. Si la Cassation venait à la faucher en plein vol début 2027, il n’aurait qu’à ramasser la couronne sans avoir eu besoin de la trahir.
Quant au reste de la classe politique, on joue les parangons de vertu démocratique. Édouard Philippe, le maire du Havre déjà sur la ligne de départ, s’est fendu d’une déclaration d’une magnanimité suspecte : il se « réjouit » que Marine puisse se présenter, préférant la « battre dans les urnes ». Traduction : si elle gagne son match contre les juges, elle éliminera le camp Macron au premier tour, laissant à Horizons un boulevard pour le second.
Bref, tout le monde sourit, la candidate clignote, et la démocratie marche au radar.






