Il ne faut surtout pas critiquer l’homme au sifflet. C’est la règle d’or, le dogme, le catéchisme de la maison Bleue. Didier Deschamps le sait bien : si tu contestes, tu passes pour une pleureuse, et la pleureuse, dans le football moderne, c’est le paria, celui qu’on montre du doigt en disant « regarde, il a perdu et il cherche des excuses ». Alors, Didier, en grand seigneur, a gardé son calme. Il a juste posé une petite question, l’air de rien : « Est-ce que cet arbitre a le niveau pour une demi-finale ? ». Ce n’est pas une critique, c’est une interrogation. La nuance est subtile, mais elle fait toute la différence.
Pendant ce temps, sur le gazon de Dallas, les Espagnols nous ont fait une démonstration de leur légendaire promenade sur les Ramblas. Ils dansaient, ils faisaient circuler le ballon, ils prenaient le thé dans la surface, pendant que nos Bleus, eux, couraient comme des kleptomanes essoufflés après un sac à main qu’ils n’arriveront jamais à attraper. C’était beau, c’était fluide, c’était agaçant.
Puis, le drame. Un contact dans la surface, un coup de sifflet d’Ivan Barton qui retentit plus vite que son ombre. Pas de VAR, rien. Le penalty est accordé, Oyarzabal transforme, et la messe est dite. Selon Saïd Enjimi, l’arbitre international qui voit tout, c’est « justifié ». Soit. Mais Didier, lui, ne s’arrête pas à cette sentence. Il voit le poison là où les autres voient le jeu.
Il y a eu ces touches, vous savez. Ces remises en jeu anodines au bord de la surface, systématiquement accordées à la Roja alors que le ballon semblait sortir des pieds espagnols. Pour le néophyte, c’est un détail. Pour Deschamps, c’est le grain de sable qui déraille toute la machine. Ces touches qui changent le score, qui étouffent nos lignes, qui nous obligent à courir toujours plus loin pour récupérer un cuir qui nous glisse entre les doigts.
C’est ça, la grande classe à la Didier : on ne se plaint pas du penalty, c’est trop vulgaire. On préfère s’interroger sur la précision des juges de touche qui, par un étrange concours de circonstances, ont passé leur temps à offrir le ballon à l’Espagne. Certes, Didier finit par concéder du bout des lèvres que les Espagnols étaient supérieurs dans la maîtrise, mais il préfère largement insister sur ces détails arbitraux plutôt que d’analyser le jeu inférieur de ses propres troupes.
On repart de Dallas avec le sentiment d’avoir été dominés, certes, mais surtout d’avoir été dépossédés par des détails invisibles pour le commun des mortels. On ne pleure pas. On constate. Et c’est, au fond, beaucoup plus cruel que toutes les larmes du monde.






