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Kabylie : Le Mak fait son Etat

Ce dimanche 14 décembre, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) a proclamé à Paris l’indépendance de la « République fédérale de Kabylie », après l’interdiction préfectorale d’un rassemblement prévu à Versailles. Entre une cérémonie feutrée sous lustres, une contre-manifestation clairsemée place de la Nation et un silence calculé d’Alger, la journée a surtout révélé l’écart persistant entre les proclamations en exil et la réalité du rapport de force.

 

Dimanche 14 décembre, Paris n’a pas tremblé. Elle a observé, comme souvent, ces histoires venues d’ailleurs qui cherchent un décor. Dans un immeuble haussmannien du 8ᵉ arrondissement, sous des lustres trop sages pour l’événement qu’ils étaient censés éclairer, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie proclamait l’indépendance de la « République fédérale de Kabylie ». Le mot était lourd, la scène feutrée, l’instant parfaitement maîtrisé. Tout était en place pour un moment historique. Il ne manquait que l’Histoire.

 

À l’origine, le rendez-vous devait se tenir au palais des congrès de Versailles. Les organisateurs annonçaient large. Très large. Des milliers de participants attendus, une diaspora mobilisée, une date appelée à entrer dans les manuels. L’événement n’a jamais vu Versailles. Un arrêté préfectoral l’a interdit, officiellement pour prévenir des troubles à l’ordre public. La République fédérale a donc déménagé. Elle s’est repliée à Paris, dans un salon discret, plus facile à sécuriser, plus simple à contenir. L’indépendance changeait d’adresse avant même d’exister.

 

À l’intérieur, ils étaient un peu plus d’une centaine. Des cadres du mouvement, des militants fidèles, quelques figures connues de la cause. Ferhat Mehenni, droit derrière son pupitre, a lu le texte fondateur. Lentement. En tamazight, puis en français. Il y était question d’oppression, de dignité retrouvée, de futur souverain. Les phrases étaient définitives, le ton grave. Dans la salle, on applaudissait avec mesure. On ne criait pas. On savait que ce n’était pas le moment. La proclamation avait la forme d’un acte administratif solennel, signé sous les dorures, photographié, archivé. L’indépendance prenait des airs de procès-verbal.

 

Dehors, rien n’indiquait qu’un État venait de naître. Les voitures passaient, les passants marchaient vite, indifférents. La Kabylie était proclamée libre à quelques mètres d’une boulangerie et d’un cabinet d’avocats. Paris continuait, parfaitement étanche.

 

À plusieurs kilomètres de là, place de la Nation, une autre scène se jouait. Celle de la riposte. Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s’étaient emballés. Appels à défendre « l’Algérie une et indivisible », dénonciation du « séparatisme », hymne national diffusé en boucle. Des pages Facebook, des collectifs improvisés, des artistes mobilisés en stories. On promettait une mobilisation massive. Des bus avaient été affrétés depuis Lyon, Marseille, Lille. L’objectif était clair : montrer que la rue appartenait au camp de l’unité.

 

Sur la place, l’ambiance était sérieuse, appliquée. Les drapeaux algériens dominaient, accompagnés de quelques étendards palestiniens et sahraouis, pour rappeler que la cause se voulait globale. Des orateurs prenaient la parole, parlaient de complot impérialiste, de trahison, de lignes rouges. On chantait, on filmait, on attendait que quelque chose monte. Ça ne montait pas. Au pic du rassemblement, ils étaient entre cent et deux cents, regroupés autour du kiosque à musique. Suffisamment pour se compter, pas assez pour déborder.

 

Les bus étaient bien arrivés. Ils ont surtout permis de prouver qu’une logistique existait. L’affrontement annoncé n’a pas eu lieu. Personne ne s’est dirigé vers les salons Hoche. Les forces de l’ordre sont restées calmes, presque inutiles. Le scénario redouté par la préfecture — militants « attendus en nombre » filant vers l’ouest parisien — est resté un scénario. Un bon résumé de la journée.

 

À Alger, le silence était total. Pas de communiqué, pas de condamnation officielle. Le pouvoir, pourtant prompt à qualifier le MAK de mouvement terroriste, a choisi de ne rien dire. Laisser faire. Laisser les chiffres parler. Une proclamation confidentielle à Paris ne méritait pas une réponse nationale. Le silence, ici, faisait office de commentaire.

 

Sur Internet, la journée a trouvé son public. Modeste, mais fidèle. Le direct principal de la cérémonie a réuni environ 1 000 spectateurs en simultané. Les rediffusions ont gonflé les chiffres, certaines atteignant 20 000 à 25 000 vues en différé. Les débats périphériques, plus sulfureux, ont parfois mieux fonctionné que l’événement lui-même. Les commentaires se sont chargés de donner de l’ampleur à ce que la réalité n’offrait pas. Les soutiens répétaient « Vive la Kabylie libre ». Les adversaires répondaient par des moqueries. Les mêmes faisaient le reste. L’indépendance circulait surtout sous forme de contenu.

 

En fin de journée, chacun est rentré chez soi. Le MAK avait proclamé ce qu’il devait proclamer. Les défenseurs de l’Algérie unie avaient manifesté ce qu’ils pouvaient manifester. Paris avait servi de décor neutre, comme souvent. Rien n’avait débordé, rien n’avait vraiment commencé.

 

La Kabylie n’était ni dans les salons parisiens ni sur les places symboliques. Elle restait là-bas, réelle, complexe, traversée de colères sociales et de fatigues politiques. Elle continuait d’exister sans proclamation, sans streaming, sans autorisation préfectorale. Dimanche, on a proclamé son avenir sous les lustres. Elle, pendant ce temps, faisait ce qu’elle a toujours fait : attendre quelque chose qui ne vient pas : un peu de répit !

 

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Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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