Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Une trêve historique aux contours encore flous

Signé à distance le 18 juin 2026 par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian, le protocole d'accord entre Washington et Téhéran ouvre une période de soixante jours de négociations destinée à mettre fin à plusieurs mois de conflit régional. Présenté comme une avancée diplomatique majeure, le texte contient cependant de nombreuses ambiguïtés et laisse en suspens plusieurs dossiers explosifs, du nucléaire iranien à la place d'Israël dans le nouvel équilibre régional.

Le mémorandum d’entente conclu entre les États-Unis et l’Iran a été signé électroniquement le 18 juin 2026. Donald Trump l’a paraphé depuis le château de Versailles tandis que son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, a apposé sa signature depuis Téhéran. Une cérémonie officielle est prévue vendredi en Suisse afin de lancer une phase de négociations qui doit durer deux mois.

Quelques jours auparavant, Washington et Téhéran avaient annoncé leur volonté de mettre fin aux hostilités sur l’ensemble des théâtres d’opérations du Moyen-Orient, y compris au Liban. L’annonce avait été faite en premier lieu par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur central dans les discussions entre les deux camps.

Donald Trump a toutefois tenu à tempérer les attentes. Selon lui, le document signé ne constitue pas un accord définitif mais seulement un protocole d’accord destiné à fixer les bases des futures négociations.

Ce que prévoit le texte

Le premier engagement porte sur la cessation immédiate et permanente des opérations militaires. Les États-Unis, l’Iran et leurs alliés respectifs s’engagent à ne plus mener d’action militaire les uns contre les autres et à respecter l’intégrité territoriale ainsi que la souveraineté du Liban.

La question du détroit d’Ormuz occupe une place centrale dans le document. Depuis sa fermeture annoncée par les Gardiens de la révolution le 28 février 2026, le trafic maritime s’est effondré et les attaques contre les navires civils se sont multipliées. L’Iran accepte désormais de garantir la sécurité du passage des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman. Pendant soixante jours, ce transit sera assuré sans frais. Le trafic doit reprendre immédiatement et retrouver son niveau normal après les opérations de déminage.

Cette concession iranienne est toutefois loin d’être totale. Les autorités de Téhéran ont déjà indiqué que le retour à la situation d’avant-guerre n’était pas envisagé. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a rappelé que l’Iran entendait conserver son droit de souveraineté sur le détroit et percevoir à terme une redevance sur le trafic maritime. Selon plusieurs médias iraniens, Washington aurait accepté ce principe dans les discussions préliminaires.

Sur le dossier nucléaire, les engagements restent limités. L’Iran réaffirme qu’il ne développera jamais l’arme nucléaire et accepte que son stock de matières enrichies soit traité sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Durant les négociations, Téhéran maintiendra son programme au niveau actuel tandis que les États-Unis s’abstiendront d’imposer de nouvelles sanctions ou de renforcer leur présence militaire dans la région.

Les concessions économiques accordées à l’Iran constituent sans doute la partie la plus spectaculaire du texte. Washington s’engage à lever progressivement l’ensemble des sanctions visant la République islamique, qu’elles soient internationales ou américaines. Les États-Unis promettent également l’élaboration d’un vaste programme de réhabilitation économique évalué à au moins 300 milliards de dollars. Les avoirs iraniens gelés à l’étranger doivent être débloqués et les exportations pétrolières pourront reprendre grâce à des dérogations accordées par le département du Trésor américain.

Le Liban figure également dans le protocole. Le pays avait été entraîné dans le conflit après des tirs de roquettes du Hezbollah contre Israël au début du mois de mars. Les signataires s’engagent à préserver l’intégrité territoriale libanaise. Toutefois, Israël ne participe pas à l’accord et le Premier ministre Benyamin Netanyahou a déjà indiqué que l’armée israélienne resterait présente au Liban, dans la bande de Gaza et en Syrie aussi longtemps qu’elle l’estimera nécessaire.

Enfin, le texte prévoit qu’un éventuel accord définitif soit validé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.

Pourquoi le chemin vers la paix reste semé d’embûches

Malgré l’optimisme affiché par les négociateurs, plusieurs éléments fragilisent déjà le processus.

Le premier concerne le calendrier. Soixante jours paraissent extrêmement courts pour résoudre des questions dont la complexité avait nécessité près de deux années de négociations lors de l’accord nucléaire de 2015. Les experts estiment qu’une rupture des discussions demeure une hypothèse crédible.

Plusieurs sujets sensibles ont volontairement été écartés du protocole. Washington ne traite pas, pour l’instant, du programme balistique iranien ni du soutien de Téhéran aux différents groupes armés de la région. Ces questions figurent pourtant parmi les principales préoccupations des alliés des États-Unis au Moyen-Orient.

L’accord soulève également des critiques en raison du déséquilibre apparent des concessions. L’Iran bénéficie immédiatement d’importants avantages économiques et commerciaux sans accepter de contraintes techniques majeures sur son programme nucléaire. Les défenseurs du texte répondent qu’aucune négociation n’aurait été possible sans contreparties substantielles.

Les ambiguïtés du document constituent un autre facteur de risque. Chaque camp présente déjà l’accord comme une victoire. À Washington, l’administration Trump met en avant la réouverture du détroit d’Ormuz et l’engagement iranien sur le nucléaire. À Téhéran, les responsables soulignent surtout la levée annoncée des sanctions et l’absence de démantèlement du programme nucléaire. Cette différence d’interprétation pourrait rapidement alimenter de nouveaux désaccords.

Le souvenir du JCPOA, l’accord nucléaire de 2015 abandonné par Donald Trump trois ans plus tard, continue également de peser sur les esprits. Beaucoup s’interrogent sur la solidité d’engagements qui pourraient être remis en cause lors d’un changement politique futur.

Enfin, Israël apparaît comme le principal facteur d’incertitude. La classe politique israélienne a largement critiqué le protocole. Plusieurs figures de premier plan estiment qu’il renforce indirectement l’Iran et affaiblit la sécurité de l’État hébreu. De son côté, Téhéran accuse déjà Israël de chercher à faire échouer les négociations.

Une pause plutôt qu’une paix

Derrière les images de réconciliation et les déclarations triomphales, le protocole signé le 18 juin ressemble davantage à une suspension des hostilités qu’à une véritable paix. Les désaccords sur le nucléaire, le statut du détroit d’Ormuz, la sécurité régionale ou encore le rôle d’Israël demeurent entiers.

Pour l’Iran, l’opération diplomatique est déjà présentée comme un succès majeur. Pour Washington, le défi sera désormais de convaincre le Congrès, les monarchies du Golfe et surtout Israël que cette voie négociée offre davantage de garanties qu’une poursuite de l’affrontement. Les soixante prochains jours diront si ce texte marque le début d’un nouvel équilibre régional ou simplement une parenthèse dans un conflit appelé à ressurgir.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Extradition de Ayoub Aissoui, demandée par Tebboune et refusée par l'Espagne

Tebboune se prend la tarte catalane

Madrid met un terme aux rêveries judiciaires du palais d’El Mouradia. Bâclé à la va-vite pour faire taire l’ex-patron de chaîne, Ayoub Aissoui, le «

Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement

Président du FN, Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen, devenue président du RN

FN/RN : Un demi siècle de dérapages antisémites

Enquête, condamnations, proximités idéologiques et polémiques à répétition : alors que la direction du Rassemblement national tente d’imposer une vitrine de respectabilité par la stratégie

Le RN a changé. Enfin, il paraît…

Entre deux paires de mocassins cirés et trois larmes de crocodile sur commande, le RN jure la main sur le cœur qu’elle est devenue fréquentable. Sauf que dans les couloirs du nouveau monde, les vieilles casseroles ont curieusement gardé leur place à table.

Jordan Bardella accusé par le journal Médiapart de propos antisémites, à l'époque où il faisait ses classes dans le FN

Antisémitisme : La crasse « sous-Marine »

Entre saillies antisémites exhumées du passé, menaces à peine voilées et réflexe pavlovien de la victimisation, le Rassemblement national tente de faire oublier ses vieux démons. Plongée dans les zones troubles de l’extrême droite, où la façade lisse de Jordan Bardella cache mal la crasse idéologique de la maison.

Philippe Schreck ( RN) et François Gibaud ( Indépendant) lors des élections municipales 2026, à Draguignan, dans le Var

Draguignan : Schreck et mat au tribunal

Battu aux municipales, recalé aux sénatoriales et sur le point de voir son recours électoral voler en éclats : le député frontiste Philippe Schreck cumule les gadins. Entre une rapporteure publique impitoyable et une stratégie juridique en carton-pate, chronique d’une bérézina annoncée dans la capitale de l’artillerie varoise.

— Publicité —
Baisse de fréquentation de la Foire Internationale de Marseille

Ça foire de Marseille

Aucun commentaire

L’ambiance des grands jours n’aura duré qu’un automne. La semaine dernière, la Foire internationale de Marseille enregistre une baisse de fréquentation sans appel, ramenant brutalement…

Lire la suite »