Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Affaire Sansal : quand le comité de soutien trahit sa propre cause

Au départ, l’affaire semblait simple. Un écrivain algérien, Boualem Sansal, naturalisé français depuis un an, emprisonné dans son pays d’origine, victime d’une répression politique. En soutien, un comité mené par Noëlle Lenoir, ancienne ministre française, qui proclamait haut et fort la défense de la liberté d’expression.

 

La première étape fut une déclaration prudente, portée par une volonté affichée d’user de la voie diplomatique. Puis, des tracts circulèrent, véhiculant un message de plus en plus virulent. Puis les mots dans la presse se firent plus crus, plus durs. La posture de ce comité de soutien ne voulait plus simplement qu’Alger libère Sansal, mais qu’il plie sous la pression, qu’il subisse une véritable mise à l’écart.

 

Rapidement, le ton a basculé dans une radicalité sans nuance. Le dialogue, la négociation sont devenus des « compromissions », des « mollesse » qu’on a reprochées notamment à Jean-Noël Barrot, ministre français délégué chargé de l’Europe, accusé de ne pas en faire assez dans son rapport de force avec Alger. Le comité a revendiqué une « riposte graduée » sans concession, sous un angle belliqueux qui s’éloignait de la simple défense d’un écrivain.

 

Mais ce n’est que vendredi dernier que la vraie nature du comité a été mise à nu. Noëlle Lenoir a dépassé la simple critique du régime algérien en affirmant que les Algériens de France — sans distinction, sans nuance — seraient des « terroristes potentiels », capables de « sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où, ou de prendre une voiture pour foncer sur la foule ». Une accusation grave, lourde, qui dépasse largement la sphère politique pour sombrer dans le racisme le plus abjecte.

 

Ce n’était plus le régime qu’on combattait, mais le peuple algérien tout entier. Une généralisation haineuse, révélatrice d’un ressentiment latent, longtemps tu mais aujourd’hui exposé en pleine lumière. Ces propos, loin d’être une maladresse isolée, semblent plutôt cristalliser la pensée qui domine dans ce comité.

 

Ironie du sort, les autorités algériennes, habituellement promptes à censurer toute critique, avait annoncé la couleur dès le départ : ce comité n’était pas un allié sincère de la liberté. Il l’avait prédit, et qu’on les ait crues ou pas, le constat est bien là : la radicalisation et les dérapages racistes ont donné raison à Alger.

 

Au Correspondant, on en est arrivé à un autre constat : ce comité, qui aurait dû être un pont entre deux rives, s’est transformé en machine à nourrir la division, à alimenter la défiance. Bien plus, il est devenu un allié involontaire, mais précieux, du régime algérien, qui s’en sert aujourd’hui pour discréditer la contestation et justifier son autoritarisme.

Les conseillers d’El Mouradia n’auraient pas pu faire mieux.

 

Pire encore, ce comité s’est mué en levier d’un anti-algérianisme d’importation, qui dépasse largement la simple défense de Sansal. Pour preuve, l’indignation suscitée par Noëlle Lenoir a été unanime, dans les milieux politiques, associatifs et médiatiques. Mais curieusement, au sein même du comité, aucun rappel à l’ordre, aucune autocritique ne sont venus tempérer cette dérive. Benedetti, d’ordinaire prompt à dénoncer toute atteinte aux droits humains, est resté silencieux. Driencourt, autre figure du soutien, prie qu’on l’oublie.

 

Plus encore, selon des témoignages recueillis auprès de sources proches du comité, la défense de Sansal lui-même n’occupe plus que peu de place lors des réunions. Ce qui compte désormais, c’est la « stratégie » de combat contre Alger, quitte à abandonner l’essentiel : la situation concrète d’un homme en prison. Ce basculement n’est pas un hasard.

 

Boualem Sansal, celui qu’ils prétendent défendre, est devenu un prétexte — un étendard utilisé pour régler des comptes idéologiques, et pour alimenter un discours qui ne dit pas son nom : la défiance envers une communauté toute entière.

 

Ce retournement tragique laisse le pouvoir algérien leurré dans sa posture autoritaire, lui offrant sur un plateau un argumentaire pour diaboliser toute dissidence, tout combat pour la liberté. Mais surtout, il donne à l’extrême droite française un cheval de bataille parfait pour dresser Français « de souche » et Français d’origine algérienne, exacerbant des tensions déjà bien vives.

 

Dans cette équation, les véritables perdants sont évidents : Sansal d’abord, dont la cause est détournée ; les Algériens de France ensuite, stigmatisés et insultés ; et la liberté enfin, qui se retrouve piégée dans une instrumentalisation idéologique dévoyée.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

l’instant t

A Barjols, la mairie prise la main dans le blason

Comme d’habitude, la mairie de Barjols fait son cirque. Cette fois, le règlement de comptes entre la maire et son ancien adjoint vire à une scène ubuesque, où un simple micro devient l’objet d’une tension disproportionnée, presque absurde. Point de départ d’une affaire plus gênante, qui dépasse largement le cadre de la salle du conseil…

Sansal, victime de sa Légende

En quittant Gallimard pour Grasset après près de trente ans de collaboration, Boualem Sansal n’a pas seulement changé de maison d’édition. L’écrivain franco-algérien, figure critique du pouvoir d’Alger et récemment libéré après un an de détention en Algérie, se retrouve au centre d’une lecture politico-diplomatique de son parcours. Une affaire où un contrat d’édition devient, presque mécaniquement, un révélateur des tensions franco-algériennes et des fractures du champ culturel français.

Protection de l’enfance : la crise devient adulte

Bonne nouvelle : la protection de l’enfance a enfin décroché son rond de serviette parmi les priorités du gouvernement. Mauvaise nouvelle : il aura fallu le cercueil d’une fillette de 11 ans pour lui faire une place à table. Depuis, l’exécutif découvre avec une émotion toute neuve l’existence d’alertes ignorées, de signalements perdus dans les tuyaux et de services débordés. Quant au manque de moyens, aux éducateurs introuvables et aux dossiers qui s’entassent, ils étaient déjà là. Comme les rapports qui le disaient.

Le Mondial des frontières

À quelques jours du Mondial 2026, le football universel se heurte déjà aux frontières bien réelles de ceux qui l’organisent. Visas, contrôles, suspicions : la compétition commence hors du terrain.

Jérôme Barella, côté cour, côté jardin

Son nom est désormais installé au cœur de la rubrique des faits divers. Jérôme Barella est le suspect numéro un dans l’enquête sur la mort de Lyhanna, 11 ans. Avant la disparition de la fillette puis la découverte de son corps, rien, en apparence, ne semblait annoncer une telle bascule : un homme de famille, un parcours salarié dans le monde agricole, une vie locale sans aspérité visible. Tout paraît ordinaire, sauf ce qui est caché

Le populisme anti-judiciaire : une tendance de fond depuis 10 ans

Dans le Gers, la disparition puis la mort de Lyhanna, onze ans, met au jour une succession de défaillances judiciaires et administratives. Derrière le drame, le profil d’un suspect déjà visé par de multiples signalements jamais réellement traités et un système de protection de l’enfance et de la justice sous tension.

Gérald Darmanin lors de la cérémonie de prestation de serment des nouveaux magistrats, au palais de justice de Bordeaux, le 21 février

Darmanin découvre la justice

Alors que la mort d’une fillette de onze ans dans le Gers embrase le débat public, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, choisit d’en découdre avec la magistrature. Derrière la légitime émotion collective, une instrumentalisation politique s’est mise en marche, qui s’inscrit dans une tendance de fond : le populisme anti-judiciaire, désormais banalisé jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.

A Barjols, la mairie prise la main dans le blason

Aucun commentaire

Comme d’habitude, la mairie de Barjols fait son cirque. Cette fois, le règlement de comptes entre la maire et son ancien adjoint vire à une scène ubuesque, où un simple micro devient l’objet d’une tension disproportionnée, presque absurde. Point de départ d’une affaire plus gênante, qui dépasse largement le cadre de la salle du conseil…

Lire la suite »

Sansal, victime de sa Légende

Aucun commentaire

En quittant Gallimard pour Grasset après près de trente ans de collaboration, Boualem Sansal n’a pas seulement changé de maison d’édition. L’écrivain franco-algérien, figure critique du pouvoir d’Alger et récemment libéré après un an de détention en Algérie, se retrouve au centre d’une lecture politico-diplomatique de son parcours. Une affaire où un contrat d’édition devient, presque mécaniquement, un révélateur des tensions franco-algériennes et des fractures du champ culturel français.

Lire la suite »

Protection de l’enfance : la crise devient adulte

Aucun commentaire

Bonne nouvelle : la protection de l’enfance a enfin décroché son rond de serviette parmi les priorités du gouvernement. Mauvaise nouvelle : il aura fallu le cercueil d’une fillette de 11 ans pour lui faire une place à table. Depuis, l’exécutif découvre avec une émotion toute neuve l’existence d’alertes ignorées, de signalements perdus dans les tuyaux et de services débordés. Quant au manque de moyens, aux éducateurs introuvables et aux dossiers qui s’entassent, ils étaient déjà là. Comme les rapports qui le disaient.

Lire la suite »