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Draguignan : dissidence en cascade chez Gibaud

Richard Strambio, Christophe Terras, François Gibaud et Philippe Schreck : quatre candidats aux élections municipales de 2026 à Draguignan
Richard Strambio, Christophe Terras, François Gibaud et Philippe Schreck : quatre candidats aux élections municipales de 2026 à Draguignan

À Draguignan, le premier tour des municipales 2026 a laissé des traces. L’élimination de François Gibaud et son ralliement éclair au RN ont provoqué une véritable dissidence en cascade chez ses colistiers. Après la prise de distance de Frédéric François, deux autres colistiers — Christophe Magda et Isabelle Dert Bono — ont décidé de sortir du silence. ils dénoncent la trahison, les promesses brisées et les loyautés malmenées. Un fiasco moral et politique.

 

À Draguignan, certaines alliances se nouent en catimini, d’autres explosent en plein jour. Celle de François Gibaud avec la liste RN de Philippe Schreck appartient résolument à la seconde catégorie. À peine éliminé au premier tour avec 6,87 % des voix, l’ancien adjoint aux finances de Richard Strambio n’aura pas perdu de temps : quelques heures auront suffi pour faire mentir une campagne entière. Une campagne “sans étiquette”, disait-on. Une campagne “indépendante”. Une campagne, surtout, qui jurait ses grands dieux ne jamais frayer avec le Rassemblement national.

 

Depuis, les digues cèdent une à une.

 

Après la prise de distance de Frédéric François, deux autres colistiers — Christophe Magda et Isabelle Dert Bono — ont décidé de sortir du silence. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, leurs mots se ressemblent au point de se confondre. Même désillusion, même colère froide, même constat : celui d’une trahison pure et simple.

 

Dans une déclaration que l’on pourrait croire écrite à quatre mains, les colistiers décrivent une promesse initiale limpide — pas de casseroles, pas d’alliance avec le RN — aujourd’hui balayée sans préavis. Tous deux affirment avoir appris la fusion… par la presse. Tous deux dénoncent un virage contraire à leurs valeurs. Tous deux regrettent d’avoir été embarqués, de bonne foi, dans une aventure politique qui s’achève en naufrage moral.

 

 

Le mot revient, lancinant : trahison.

 

Mais derrière l’indignation publique, l’amertume est plus intime. Christophe Magda évoque des proches qui “ne comprennent pas” comment il a pu se retrouver associé à une telle alliance. Il parle d’un engagement conditionné — et trahi — dès l’origine. Isabelle Dert Bono, elle, raconte une campagne menée tambour battant, des colistiers convaincus sur sa parole, et aujourd’hui des reproches qui remontent en cascade. “J’étais la caution”, dit-elle en substance. Une caution qui découvre, trop tard, que le contrat était déjà rompu.

 

Le grief central est limpide : la décision aurait été prise seul, sans consultation, sans information préalable. Une fusion éclair, presque clandestine, qui laisse derrière elle un sentiment d’instrumentalisation. “Il s’est servi de nous”, résume-t-elle. Et plus encore : “il a signé chez Schreck sans nous prévenir”.

 

 

Frédéric François, lui, paie la note sur un autre registre. Quarante ans de relations avec François Gibaud, le parrain de ses deux filles : difficile de faire plus imbriqué. Il a pu se libérer de cette loyauté contrainte, mais il garde une impression tenace : dans cette affaire, même les liens les plus personnels n’auront pas été épargnés.

 

À mesure que les langues se délient, un autre récit émerge, moins idéologique, plus prosaïque. Celui d’une stratégie personnelle. Selon plusieurs témoignages concordants, l’ambition de François Gibaud ne se limiterait pas à la mairie. Certains évoquent des promesses de postes — à la ville comme à l’agglomération — en cas de victoire du RN. D’autres rappellent une phrase lâchée en privé : devenir sénateur, “quoi qu’il en coûte”. Une ligne de conduite qui, manifestement, supporte assez bien les virages serrés.

 

Face à la tempête, les tentatives d’explication peinent à convaincre. Alain Vigier, proche de Gibaud, aurait tenté de calmer le jeu en assurant qu’il “n’y a rien de national” dans cette alliance, et donc “pas de coloration idéologique extrémiste”. Une défense qui, sur le papier, se veut rassurante.

 

Elle l’est d’autant moins que, dans le même temps, Jordan Bardella se félicitait publiquement de ces ralliements de la droite locale au RN, citant notamment Draguignan parmi les exemples. Pour corser le tout, des colistiers de Gibaud, quelques fidèles, devraient se rendre, ce soir, à la permanence de Philippe Schreck, pour prêter allégeance au parti. Difficile, dans ces conditions, de soutenir qu’il ne s’agit que d’un arrangement purement local, sans portée politique.

 

Le décalage est brutal. D’un côté, une ligne officielle qui nie toute dimension idéologique. De l’autre, un parti national qui revendique ouvertement l’opération. Entre les deux, des colistiers qui découvrent qu’ils ont servi, malgré eux, de marchepied.

 

Reste désormais l’électeur. Pris à témoin dans ce psychodrame, sommé de trancher dans un climat où les étiquettes apparaissent et disparaissent plus vite qu’elles ne s’impriment sur les bulletins. À l’approche du second tour, un front se consolide autour de Richard Strambio, porté autant par des convictions que par un réflexe de rejet.

 

Un seul mot d’ordre : voter pour l’honnêteté.

 

 

Isabelle Dert Bono et Christophe Magda n’y vont pas par quatre chemins : « Pas une voix pour le couple Gibaud-Schreck « .

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