Entre deux déclarations incendiaires sur le Proche-Orient, un petit film bien senti contre le fric et le pouvoir, et son habituel coup de sang à l’Assemblée, François Ruffin a trouvé sa Terre sainte : le camping des Flots Bleus. Mercredi 8 juillet, face à la dune du Pilat, le député de la Somme s’est offert une plongée mystique dans la France en slip de bain.
Pas de tapis rouge ni de costume-cravate pour l’ex-tribun d’Amiens, mais du sable dans les sandales et un verre de Ricard à la main. Le voilà flanqué de Fabien Onteniente, le cinéaste qui a érigé le barbecue en art de vivre et le marcel en uniforme national. Deux esthètes de la « France d’en bas » réunis pour célébrer un grand moment d’élévation spirituelle : le droit au pastis pour tous.
La lutte des classes en short de bain
Pour l’occasion, Ruffin a sorti le grand jeu théorique. Oubliez Karl Marx et Jean-Luc Mélenchon, le nouveau théoricien de la gauche prolétarienne s’appelle Franck Dubosc. Devant un parterre de campeurs un peu surpris de voir débarquer un candidat à la présidentielle entre le concours de pétanque et l’élection de Miss Camping, le député a doctement analysé le premier opus de Camping (2006) :
« C’était un grand film de gauche ! L’histoire d’un bourgeois qui découvre la sociabilité populaire et qui, au final, s’y intègre. »
Gérard Lanvin appréciera son passage au laminoir de la dialectique picarde. On attend avec impatience la note de lecture de Ruffin sur Camping 3, probablement analysé comme une critique systémique du néolibéralisme en milieu dunaire.
Les Flots Bleus pour tous (mais surtout pour l’image)
Venu prêcher « le droit au beau » et « les Flots Bleus pour tout le monde », notre Robespierre des fins de mois s’est mué en Patrick Chirac des urnes. Le message est subtil : la France ne tient pas par ses élites déconnectées, mais par ses vacanciers qui luttent héroïquement pendant quinze jours contre les moustiques et les emplacements riquiquis.
Un populisme assumé, voire revendiqué avec la pudeur d’un coup de soleil sur le nez. Onteniente fuit les festivals parisiens, Ruffin fuit les salons dorés. Tous deux préfèrent les « vraies gens ». C’est bien connu, le Parisien n’est jamais vrai, il est en plastique.
Heureusement que la dune du Pilat est là pour veiller sur ce grand moment de communion électoralo-touristique. Elle ne demande ni diplôme ni compte en banque pour offrir sa vue. Juste un peu de patience pour écouter un député expliquer à des gens venus chercher le repos que leur mode de vie est une arme subversive contre le capitalisme.
Allez, « Vive le camping, vive la dune, et vive le peuple ! » Et n’oubliez pas le guide : pour la présidentielle, l’emplacement Ruffin est déjà réservé






