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Angleterre : 19 000 vies livrées au régime taliban

Un soldat britannique, un e-mail mal adressé, et voilà 19 000 anciens collaborateurs afghans de l’armée du Royaume-Uni exposés aux représailles des Taliban. Londres a tenté d’étouffer le scandale pendant deux ans. Résultat : une panique d’État, quelques exfiltrations honteuses… et des milliers de laissés-pour-compte, trahis par ceux qu’ils ont servis.

 

C’est une bévue aux allures de trahison. Près de 19 000 Afghans ayant collaboré avec l’armée britannique, parfois au péril de leur vie, ont vu leurs noms, adresses, numéros de dossiers et membres de famille balancés dans la nature. L’ennemi ? Une simple erreur de mail. Le résultat ? Une cible peinte en rouge sur leurs dos, offerte aux Taliban sur un plateau numérique.

 

À l’origine de ce carnage bureaucratique : un soldat posté à Regent’s Park, QG feutré des forces spéciales britanniques. Il croyait envoyer une liste restreinte à quelques bénéficiaires du programme de relocalisation ARAP. Il a expédié la base de données entière. Et celle-ci, comme tout bon secret mal gardé, a fuité… jusqu’en Afghanistan.

 

Facebook, Kalachnikovs et juridisme mou
Ce n’est pourtant qu’un an et demi plus tard, en août 2023, que Whitehall commence à percuter. Une association découvre les fichiers sur Facebook. Panique au sommet de l’État : on appelle d’urgence la Haute Cour de justice pour bâillonner la presse. Priorité : éviter que les Taliban ne tombent sur les données… ou que le public ne découvre que le ministère de la Défense a laissé fuiter l’identité de ses alliés afghans.

 

La presse est donc muselée pendant presque deux ans. L’ordonnance vient d’être levée. Bienvenue dans la première démocratie occidentale à imposer un black-out judiciaire pour ne pas avoir à regarder ses lâchetés en face.

 

Tremblements, enterrements, et excuses molles
L’histoire n’a pas attendu le Times pour faire des morts. Certains Afghans ont disparu, d’autres se terrent. Des familles entières sont en fuite. Ahmed, ex-interprète des forces britanniques, a pu rejoindre Londres. Mais ses frères, restés sur place, n’ont pas eu cette chance : ils ont été tués après une perquisition des Taliban. La faute à une liste envoyée à la mauvaise adresse.

 

Dans le lot des recommandations officielles aux Afghans encore sur place : “Ne pas accepter d’inconnus sur les réseaux sociaux” et “ne pas répondre aux appels suspects”. À défaut de les protéger, autant leur livrer une fiche de survie pour planqués.

 

Quant au soldat fautif, il a été déplacé. Pas viré, pas jugé. Juste… déplacé. Le ministre de la Défense, John Healey, a jugé qu’une “chasse aux sorcières” serait inappropriée. Il a préféré des “excuses sincères”. Pour 19 000 vies mises en danger, l’option “mea culpa” low cost.

 

La fuite, les chiffres, et le grand vide
Depuis la catastrophe, 6 900 Afghans ont été exfiltrés en catimini. Il en reste 9 500. Le programme “Afghanistan Response Route”, monté sur le tard en avril 2024, prévoit de s’arrêter là. Coût total de l’opération : 400 millions de livres, une somme rondelette pour un sauvetage inachevé.

Le reste ? Bonne chance, et bonne planque.

 

Justice à deux vitesses
L’État britannique, pourtant si prompt à donner des leçons de transparence et de droits humains, se voit désormais menacé de poursuites par des avocats représentant les victimes. Adnan Malik, du cabinet Barings Law, assure que des meurtres ciblés ont déjà eu lieu. Pendant ce temps, Londres continue de répéter qu’il est “hautement improbable” que cette fuite accroisse aujourd’hui les risques. En langage clair : “Circulez, il est trop tard de toute façon”.

 

Un abandon sous scellés
Tout ça aurait pu passer sous silence. Mais les fuites – les vraies, cette fois – finissent toujours par remonter. Comme cette colère sourde, celle de ceux qu’on a enrôlés, puis oubliés. Ceux à qui l’on a promis protection, et qu’on a transformés en variables d’ajustement diplomatique.

 

De Kaboul à Londres, la tragédie afghane s’écrit désormais en pièces jointes. Et les excuses officielles, elles, tiennent en une ligne : “Il ne fait plus le même travail.”

 

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Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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