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Le Correspondant

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Chronique d’un brasier annoncé

Six morts déjà. L'Algérie replonge dans le cauchemar des feux de forêt qui, année après année, s'enkystent dans le paysage, frappant avec une violence particulière la Kabylie. Les bilans macabres de 2021, 2022 et 2023 reviennent hanter les mémoires. Une fois encore, des habitants se retrouvent à combattre les flammes à mains nues, tandis que les Canadair promis depuis 2021 continuent de briller surtout par leur absence

Depuis ce 8 juillet 2026, l’Algérie replonge dans le cauchemar. Une énième canicule extrême, avec des pointes à 49°C dans le Sud et des températures frôlant les 48°C à Tizi Ouzou, a suffi pour réveiller les enfers. Bilan provisoire de ce mois de juillet : plus de 1 400 départs de feu recensés à l’échelle nationale et au moins six morts dès les premiers jours, dont le jeune bénévole Mohand Oulhadj, arraché aux siens le 15 juillet à Beni Mouhli.

Pendant ce temps, les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Scène tristement familière : des villageois kabyles armés de simples branches d’arbres, de couvertures mouillées et de tuyaux d’arrosage de potager tentent de contenir un mur de flammes. Le dispositif officiel ? Une maigre consolation. Malgré les 19 000 sapeurs-pompiers et les quelques appareils engagés, le compte n’y est pas. Et pour cause : on nous rejoue la même partition depuis 2021.

Cinq ans de promesses en fumée

Rappelez-vous. En août 2021, la Kabylie vivait la saison la plus meurtrière de son histoire avec plus de 100 morts. Face au désastre, le président Tebboune dégainait la grande promesse cathodique : l’acquisition imminente d’une flotte de bombardiers d’eau.

Quatre ans plus tard, l’inventaire de ces effets d’annonce relève du tragi-comique. Entre les appels d’offres annulés, les commandes russes de Beriev Be-200 plombées par un an de retard et des appareils le plus souvent en panne, et un accord avec l’Espagne torpillé par une querelle diplomatique sur le Sahara occidental, les Canadair promis se font toujours désirer.

En mars 2026, la presse algérienne elle-même s’interrogeait, résignée, en demandant où ils étaient. Résultat, l’été 2026 se traite toujours à coups d’hélicoptères et d’avions de location au compte-gouttes. Sans compter l’orgueil diplomatique de 2021, où Alger avait trouvé le moyen de refuser net deux Canadair proposés par le roi du Maroc, préférant ignorer l’aide voisine tout en acceptant 30 000 euros de la mairie de Paris.

La tragédie dans la tragédie : l’affaire Djamel Bensmail

Au milieu de cette panique généralisée, le 11 août 2021, un drame ignoble s’est noué à Larbaâ Nath Irathen. Djamel Bensmail, un artiste peintre et militant du Hirak venu spontanément prêter main-forte aux sinistrés, s’était présenté de lui-même au commissariat après avoir été accusé à tort d’être un pyromane. Une foule l’en a arraché pour le lyncher à mort sous les yeux de policiers totalement dépassés. Un crime abject qui a valu par la suite des dizaines de condamnations très lourdes, de la peine capitale à la réclusion à perpétuité.

C’est ici que le vernis institutionnel craque complètement. Car si l’État est totalement invisible pour protéger les forêts et acheminer des moyens aériens dignes de ce nom, il redevient soudainement omnipotent dès qu’il s’agit de mener sa guerre politique.

Dès l’été 2021, le pouvoir s’est engouffré dans la brèche des incendies et du meurtre de Djamel Bensmail pour pointer du doigt le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé organisation terroriste quelques semaines plus tôt, ainsi que le Maroc et Israël. Une aubaine politique inespérée.

Comme le documentent Amnesty International et divers observateurs, ce climat de paranoïa nationale a fourni au régime le prétexte rêvé pour verrouiller la région. A coup de réformes du code pénal élargissant la notion de terrorisme, la machine judiciaire s’est emballée pour muscler toute dissidence. Journalistes, militants berbéristes, simples citoyens ayant émis un avis discordant : des dizaines de voix ont été réduites au silence, jetées en prison ou visées par des mandats d’arrêt internationaux, à l’instar de Ferhat Mehenni.

Pendant que les flammes grignotent chaque année un peu plus le territoire kabyle et que les habitants éteignent le feu avec leurs seaux d’eau, le pouvoir a manifestement choisi sa priorité.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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