Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Iran : l’émeute des prix

Cherté de la vie, monnaie en lambeaux, bazars fermés et campus en ébullition : depuis la fin décembre, la colère économique déborde en Iran et se mue en défi politique. Une protestation née des caisses vides qui commence à viser le sommet du pouvoir.

 

Tout est parti de l’addition. Trop salée. Le 28 décembre, à Téhéran, des commerçants ferment boutique. Le rial s’effondre, l’inflation flambe à plus de 42 %, manger devient un luxe. Très vite, la colère quitte les étals pour gagner la rue. Et, comme souvent en Iran, elle change de ton : des slogans contre la vie chère, on passe aux cris contre le régime. Le Grand Bazar, cœur battant de la révolution de 1979, baisse le rideau. Symbole lourd, message clair.

 

L’économie iranienne est en chute libre. Le rial a perdu près de la moitié de sa valeur en un an, étranglé par les sanctions et miné par une gestion erratique. À cette spirale s’ajoutent pénuries d’eau, pollution mortelle, corruption systémique. Un cocktail explosif. Les vidéos affluent sur les réseaux : « Mort au dictateur », « Mort à Khamenei ». La rue ne chuchote plus.

 

À partir du 30 décembre, le feu se propage. Les universités entrent dans la danse — Téhéran, Sharif, Amirkabir. Puis les villes : Ispahan, Machhad, Kermanshah, Hamedan. Gaz lacrymogènes, charges, heurts nocturnes. Le 31, les autorités décrètent une quasi-fermeture du pays, officiellement pour le froid et l’énergie. Officieusement, pour étouffer la foule.

 

Le 1er janvier, le régime annonce un premier mort officiel : un membre des Bassidj tué à Kouhdasht. Treize autres blessés. Des bâtiments publics attaqués, à Fassa notamment. Sur les réseaux, les mots s’emballent : appels à la grève, manifestations nocturnes, slogans monarchistes, chants pour Reza Pahlavi. Même le complexe gazier de South Pars est touché. Quand les travailleurs s’en mêlent, le pouvoir écoute — ou tremble.

 

La réponse officielle oscille. Le président Masoud Pezeshkian reconnaît des « demandes légitimes » et promet le dialogue. Le procureur général tolère les rassemblements « pacifiques », tout en brandissant la menace de l’ingérence étrangère. Sept arrestations annoncées, accusées de manipulations venues d’Occident. Sur le terrain, pourtant, les raids dans les dortoirs et les interpellations d’étudiants racontent une autre histoire : la main de fer n’est jamais loin.

 

L’Iran a déjà connu ces secousses. En 2019, le prix de l’essence avait ensanglanté le pays. En 2022, la mort de Mahsa Amini avait fissuré le régime. Cette fois, la nouveauté tient à l’alliance : commerçants, étudiants, ouvriers. Trois forces qui, réunies, ont déjà fait l’histoire. À l’extérieur, Israël affiche son soutien, ajoutant une couche géopolitique à une crise d’abord sociale.

 

Révolution ? Le mot est prématuré. Mais la fracture est là. Une économie exsangue a ouvert la brèche, la politique s’y engouffre. Si le régime ne propose que l’hiver, la matraque et les discours sur l’ennemi extérieur, la rue risque de revenir. Plus nombreuse. Plus déterminée. Et cette fois, le prix à payer pourrait être celui du pouvoir.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles

« On ne découpe pas, on enterre »

À Alger, le débat politique se mène parfois à coups de pelle. Hakim Laâlam, chroniqueur du Soir d’Algérie, vient ainsi d’imaginer le cercueil de Ferhat Mehenni, opposant kabyle exilé en France. Une plaisanterie ? Peut-être. Mais lorsqu’un journaliste enterre son adversaire avant même qu’il soit mort, la satire commence à sentir le cadavre.

Ce ne sont pas des pompiers de métier, mais des volontaires. Le visage noirci par la cendre, épuisés par des jours de lutte, ils continuent d'éteindre les derniers foyers. Dans les coulisses de l'incendie, la solidarité ne connaît pas de répit

Les sentinelles du Haut-Var

Au lendemain des incendies dévastateurs qui ont ravagé le Haut-Var, c’est toute une communauté qui s’est dressée face au feu, loin des projecteurs. Entre les sentinelles surveillant les fumerolles sous les cendres, l’élan spontané des réseaux sociaux et la formidable machine de solidarité menée par les habitants, notre reporter nous plonge au cœur d’une renaissance. Récit poignant

60 000 migrants marocains à l’assaut de Ceuta

En une nuit, 60 000 personnes ont déferlé sur l’enclave espagnole, Ceuta, faisant au moins 34 morts. Une ruée orchestrée via WhatsApp et TikTok, qui nourrit déjà les théories d’une invasion préméditée par Rabat. L’Europe s’embrase, entre renforts militaires et menaces de suspendre l’Espagne de Schengen.

Rabat goudronne pour l’oncle Donald

Après les médailles remises entre camarades de promo et les décorations en toc épinglées à la va-vite, la diplomatie mondiale franchit un nouveau cap dans

Des cendres et des caprices

Pendant que Barjols brûle de rage et de braises, la mairie préfère guerroyer contre la solidarité. Entre ego municipal et amateurs au front, la politique locale montre qu’elle n’a pas besoin d’étincelles pour mettre le feu aux poudres.

Tunisie : « Dégage ! » — le retour d’un slogan

Convocation musclée de l’ambassadrice de France, manifestations à Tunis pour l’anniversaire du « coup de force » de 2021, dépendance croissante à l’Algérie : cinq ans après avoir concentré les pouvoirs, le président tunisien fait face à une contestation persistante et à des signes d’essoufflement, sans qu’un basculement paraisse imminent

— Publicité —

« On ne découpe pas, on enterre »

Aucun commentaire

À Alger, le débat politique se mène parfois à coups de pelle. Hakim Laâlam, chroniqueur du Soir d’Algérie, vient ainsi d’imaginer le cercueil de Ferhat Mehenni, opposant kabyle exilé en France. Une plaisanterie ? Peut-être. Mais lorsqu’un journaliste enterre son adversaire avant même qu’il soit mort, la satire commence à sentir le cadavre.

Lire la suite »
Ce ne sont pas des pompiers de métier, mais des volontaires. Le visage noirci par la cendre, épuisés par des jours de lutte, ils continuent d'éteindre les derniers foyers. Dans les coulisses de l'incendie, la solidarité ne connaît pas de répit

Les sentinelles du Haut-Var

Aucun commentaire

Au lendemain des incendies dévastateurs qui ont ravagé le Haut-Var, c’est toute une communauté qui s’est dressée face au feu, loin des projecteurs. Entre les sentinelles surveillant les fumerolles sous les cendres, l’élan spontané des réseaux sociaux et la formidable machine de solidarité menée par les habitants, notre reporter nous plonge au cœur d’une renaissance. Récit poignant

Lire la suite »