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L’affaire Sansal ou l’humiliation en héritage

De la gifle du dey d’Alger en 1827 à la condamnation de Boualem Sansal en 2025, l’humiliation reste le carburant préféré des postures martiales de l’extrême droite. À chaque crise avec Alger, la droite s’étrangle, les extrêmes montent au front, et la nostalgie coloniale s’habille en défense de la culture. Pendant ce temps-là, un écrivain croupit en prison et un député parle déjà d’aller le « chercher ». L’Histoire bégaie…

 

Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, vient d’être condamné, en appel, à cinq ans de prison pour « outrage aux institutions ». Dans le camps des ultra de la droite, cette affaire rallume une vieille mécanique : celle de la France blessée dans son honneur. Immédiatement, on s’empare du dossier comme d’un chiffon rouge. Marine Le Pen parle d’un camouflet infligé à notre culture française, Éric Ciotti dénonce une diplomatie à genoux, Éric Zemmour fustige l’abandon de l’héritage républicain. Un refrain connu, entonné sur le ton de la plainte offensée, où la victimisation sert de marchepied à la revanche.

 

Mais le mot « humiliation » ne surgit jamais par hasard dans le lexique géopolitique français. Il ne dit pas seulement la nostalgie, il prépare la guerre. C’est un vieux mot de ralliement national, une rhétorique testée et recyclée, qui sous-entend toujours qu’il faudrait réagir. Par la force, s’il le faut. Depuis deux siècles, le sentiment d’humiliation est le carburant préféré des aventures militaires françaises, surtout lorsqu’il s’agit d’Algérie.

 

Retour aux origines. En 1827, un diplomate français, Pierre Deval, est giflé à Alger par le dey Hussein d’un coup d’éventail. Un geste mineur, mais interprété comme un outrage insupportable à l’honneur national. Trois ans plus tard, Charles X envoie ses troupes. Sidi-Ferruch, le débarquement, la chute du dey : la colonisation commence officiellement sous le drapeau froissé de l’humiliation. Officieusement, il s’agit surtout d’intérêts économiques, d’une diversion politique intérieure, et d’un besoin de restaurer un prestige impérial en déclin.

 

Aujourd’hui, les troupes restent à la caserne, mais la rhétorique n’a pas bougé. Chaque geste d’Alger (expulsion de diplomates, annulation de la visite de Tebboune en France, refus de reprendre les OQTF par Alger ) est perçu comme une gifle symbolique. Dans les cercles droitiers, ces événements sont mis en scène comme autant d’affronts à la grandeur française, et la réaction suit un script bien rôdé : indignation, invectives, exigences de représailles.

 

Dans ce scénario, Boualem Sansal devient bien plus qu’un écrivain : il est l’étincelle d’un vieux baril de poudre. Après sa condamnation, Alger refuse un visa à son avocat, accélère la procédure, et confirme la peine, tandis que Paris hausse la voix, mollement. Tebboune, dans un geste ironique, gracie plus de 6 000 détenus… sauf lui. La réponse algérienne semble presque chorégraphiée : chaque geste français appelle une contre-mesure, chaque posture une rigidité accrue. Rien ne bouge, sauf l’hostilité.

 

Et l’escalade continue. En France, le ton monte. Ici, promesse de gel des avoirs, là une annulation de coopération. Ca et là, la menace de l’abrogation des accords de 68. Puis vient ce qui, dans l’histoire diplomatique, marque toujours un tournant : l’irruption du langage militaire. Un élu de la Nouvelle Calédonie, Nicolas Metzdorf, vient de franchir le Rubican, en appelant publiquement à aller « chercher » Sansal, c’est-à-dire… intervenir militairement. Cette déclaration, à peine commentée, déplace la séquence dans un autre registre. On n’est plus dans la protestation politique, mais dans le scénario d’une confrontation assumée, où l’exécutif n’a plus besoin de parler : les seconds couteaux s’en chargent.

 

Ce cycle d’humiliations revendiquées et de répliques crispées montre à quel point le discours de l’extrême droite française sur l’Algérie reste empêtré dans ses vieux réflexes. À chaque poussée de tension, on ressort les mêmes figures, les mêmes indignations, la même grammaire. La France a beau ne plus avoir d’empire, elle continue d’en jouer la dramaturgie avec, cette fois, un écrivain pour éventail et un député en général d’opérette.

 

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