Le Correspondant fait le choix de ne pas voter pour l’extrême. Dans cet esprit, la rédaction appelle les Dracénois à faire barrage à Philippe Schreck et à se prononcer pour l’un des candidats qui ont accepté le débat démocratique et l’examen de leurs propositions.
À Draguignan, à quelques jours des élections municipales de 2026, trois candidats ont accepté de se prêter à l’exercice exigeant d’un entretien approfondi avec Le Correspondant. Richard Strambio, le maire sortant qui brigue un troisième mandat, François Gibaud, son ancien adjoint passé dans l’opposition, et Christophe Terras, porteur d’une vision plus sociale et écologique, ont chacun détaillé leur diagnostic et leurs propositions. Ces échanges permettent de dessiner un paysage clair : ce qui rassemble ces trois hommes, ce qui les oppose, mais aussi les atouts et les faiblesses de chacun.
Ce qui les unit d’abord, c’est un attachement évident à la ville et une conscience partagée des défis qui pèsent sur le quotidien des Dracénois. Tous reconnaissent que la question de la sécurité, même perçue différemment selon les sensibilités, pèse sur les préoccupations des habitants. Tous constatent également l’échec du projet PTE et la nécessité de trouver une solution durable pour la gestion des déchets sans faire exploser la taxe. Tous pointent la crise du logement, avec plus de 3 000 demandeurs dans l’agglomération, et l’urgence d’améliorer les transports pour désenclaver certains quartiers et fluidifier la circulation. Enfin, tous affirment vouloir agir sans alourdir la pression fiscale et revendiquent une approche pragmatique, ancrée dans les réalités locales plutôt que dans les postures nationales.
Ce qui les sépare, en revanche, est profond et dessine trois visions distinctes de l’avenir de la ville. Richard Strambioincarne la continuité : il défend son bilan après douze ans à la tête de la municipalité, assume les erreurs du PTE tout en expliquant les contraintes, et mise sur une police municipale renforcée ainsi qu’une coopération étroite avec l’État pour la sécurité. François Gibaud place la sécurité au cœur de son projet : davantage de caméras, une brigade canine anti-stupéfiants, des patrouilles nocturnes renforcées et une verbalisation stricte des nuisances. Il propose aussi de relancer un projet de traitement des déchets mieux gouverné et d’offrir des exonérations fiscales ciblées pour attirer des entreprises.
Christophe Terras inverse la priorité : pour lui, la sécurité passe d’abord par la prévention sociale, les travailleurs de rue, les animateurs jeunesse et une meilleure prise en compte de la santé mentale. Il rejette la vidéosurveillance qu’il juge inefficace et liberticide et place l’écologie et la démocratie participative au centre, avec des pistes cyclables systématiques, un tri renforcé des biodéchets et même un service communal de couches lavables.
Chacun porte des forces évidentes. Richard Strambio dispose d’une expérience administrative considérable : il a traversé crises sanitaires, inondations et réforme des déchets, obtenu des subventions importantes pour le centre-ville et modernisé la déchèterie. François Gibaud apporte un discours très concret : il chiffre ses propositions, détaille des mesures opérationnelles comme trois patrouilles au lieu de deux ou une brigade canine, et assume son passé d’adjoint tout en prenant ses distances avec la gestion actuelle.
Christophe Terras propose, lui, une vision de long terme : une ville pensée sur quinze ans, fondée sur l’intelligence collective des habitants et sur des solutions déjà expérimentées ailleurs, comme le tri poussé des biodéchets à Annecy ou l’intégration systématique des pistes cyclables lors des rénovations urbaines.
Mais chacun porte aussi ses limites. Richard Strambio reste fragilisé par les retards accumulés : après deux mandats, la piscine demeure à l’état d’étude, les logements sociaux avancent lentement et le PTE a coûté plusieurs millions d’euros en pénalités sans résultat tangible.
François Gibaud doit encore dissiper le soupçon d’opportunisme : ancien adjoint chargé des finances, il critique aujourd’hui ce qu’il a lui-même contribué à gérer, et certaines propositions — notamment la relance du projet déchets — restent floues sur leur calendrier précis. Quant à Christophe Terras, son projet souffre d’un manque de chiffrage : il évoque de nombreux dispositifs sociaux mais peine parfois à préciser leur coût, et son rejet quasi total des outils répressifs peut apparaître décalé face à l’existence de trafics bien réels.
Un quatrième candidat, Philippe Schreck, n’a pas souhaité participer à cet exercice pourtant simple : répondre à des questions précises sur un programme municipal. Le député du Rassemblement national, qui conduit une liste baptisée « Draguignan autrement », a préféré décliner l’invitation du Correspondant. C’est regrettable, car l’exercice démocratique consiste précisément à confronter ses idées aux questions concrètes.
À défaut, le candidat s’exprime surtout en meetings et en slogans. Il dénonce des « dépenses folles » sans toujours entrer dans le détail des solutions. Et lorsque le programme apparaît, les approximations suivent. Sur la question du théâtre et de son financement, ses affirmations se sont révélées pour le moins discutables.
Sa première mesure mise en avant ressemble davantage à un geste symbolique — un dépôt de gerbe de fleurs — qu’à une réponse aux préoccupations quotidiennes des habitants. Pendant que les autres candidats se tuent à chercher des solutions pour les transports, le logement ou les services publics, lui s’attarde longuement sur l’idée d’installer des fleurs sur un rond-point. La poésie municipale a son charme, mais elle règle rarement les problèmes d’une ville.
Plus troublant encore, son programme sur le logement semble naviguer à vue. Philippe Schreck propose de réduire les logements sociaux tout en promettant de développer les logements étudiants, oubliant au passage un détail pourtant élémentaire : les logements étudiants appartiennent précisément au parc social. À ce stade, on perçoit davantage le slogan que la rigueur administrative.
Or gérer une ville n’est pas un exercice d’éloquence ni une scène de théâtre. Draguignan mérite mieux qu’une politique réduite aux effets de tribune. Administrer une municipalité exige de savoir ce que l’on dit, et surtout de savoir comment le faire.
C’est pourquoi Le Correspondant, pour des raisons simples de santé démocratique, invite les Dracénois à choisir parmi les trois candidats qui ont accepté de venir expliquer leur projet, répondre aux questions et exposer leurs idées sans esquive : Richard Strambio, François Gibaud ou Christophe Terras. Le choix appartient aux électeurs. Mais au moins il aura été éclairé.






