Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Barjols : La sortie des artistes

Par un simple courrier adressé aux commerçants, la mairie de Barjols impose désormais un préavis de trois mois pour les concerts et animations. Une innovation administrative qui présente un avantage incontestable : faire commencer la saison estivale une fois l'été terminé.

À Barjols, l’été arrive. Les cigales chantent, les touristes débarquent, les terrasses se remplissent. Et à la mairie, quelqu’un a manifestement décidé qu’il était temps de mettre un peu d’ordre dans ce dangereux déferlement de convivialité.

Dans un courrier adressé aux cafetiers et restaurateurs, la maire Cathy Venturino-Gabelle rappelle que les concerts, retransmissions sportives, animations festives et autres manifestations de joie devront désormais être signalés à la mairie. Jusque-là, rien de très révolutionnaire. Sauf que la demande doit être formulée… trois mois à l’avance.

Trois mois.

Le courrier est daté du 15 juin.

Autrement dit, les professionnels découvrent qu’il est désormais trop tard pour organiser quoi que ce soit pendant l’été. Le délai imposé repousse mécaniquement toute nouvelle animation à la mi-septembre. Une date qui présente l’avantage de coïncider avec la fin de la saison touristique, lorsque les visiteurs sont repartis, les terrasses se vident et que le village retrouve sa quiétude naturelle.

La mesure est d’une efficacité redoutable : sans interdire le moindre concert, elle les fait disparaître pendant la seule période de l’année où ils ont réellement un intérêt économique.

Les professionnels découvrent ainsi une innovation administrative prometteuse : l’interdiction sans interdiction.

Les juristes consultés se grattent la tête. Aucun texte national ne semble avoir eu l’idée d’imposer un tel délai pour une animation de bistrot ou une retransmission de match. Même certaines manifestations autrement plus sensibles bénéficient de délais plus raisonnables. À Barjols, en revanche, un guitariste en terrasse semble désormais relever d’une préparation comparable à celle d’un sommet international.

Mais le courrier réserve une autre curiosité.

La maire précise que les animations organisées à l’intérieur même des établissements doivent également être « portées à la connaissance » de la municipalité.

L’expression est élégante. Presque poétique.

Le problème est que le maire dispose certes d’un pouvoir de police lui permettant d’intervenir lorsqu’un établissement génère effectivement des nuisances. En revanche, le Code général des collectivités territoriales ne lui confère pas spontanément un droit de regard préalable sur chaque chanteur, DJ ou écran géant installé dans un local privé.

Le verbe choisi est habile. Il ne dit pas exactement « autorisation ». Il ne dit pas non plus « simple information ». Il flotte dans cette zone grise où l’administration excelle parfois : celle où chacun comprend ce qu’il doit faire sans que personne n’ose vraiment écrire qu’il y est obligé.

Encore plus étonnant : cette nouvelle doctrine municipale semble voyager par courrier simple.

Car un courrier, même frappé du sceau républicain, ne remplace pas un arrêté municipal. En droit administratif, les obligations opposables ne poussent pas spontanément dans les lettres à en-tête. Elles doivent s’appuyer sur un texte publié, identifiable et susceptible d’être contesté.

La question devient donc presque indiscrète : quel est exactement le fondement juridique de cette missive ? Arrêté municipal ? Délibération du conseil ? Décision réglementaire publiée ?

Ou simplement une recommandation présentée avec suffisamment de conviction pour ressembler à une règle ?

La mairie explique vouloir concilier animation du village et tranquillité des habitants. Objectif parfaitement respectable. Personne ne conteste qu’un maire puisse réguler l’occupation du domaine public ou intervenir contre les nuisances sonores.

Mais entre préserver la paix publique et placer les concerts sous contrôle administratif préventif, il existe une nuance que les tribunaux administratifs ont parfois tendance à prendre très au sérieux.

En attendant, les cigales, comme les commerçants de Barjols, découvrent les joies d’un concept révolutionnaire : l’été après l’été

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles
Ce ne sont pas des pompiers de métier, mais des volontaires. Le visage noirci par la cendre, épuisés par des jours de lutte, ils continuent d'éteindre les derniers foyers. Dans les coulisses de l'incendie, la solidarité ne connaît pas de répit

Les sentinelles du Haut-Var

Au lendemain des incendies dévastateurs qui ont ravagé le Haut-Var, c’est toute une communauté qui s’est dressée face au feu, loin des projecteurs. Entre les sentinelles surveillant les fumerolles sous les cendres, l’élan spontané des réseaux sociaux et la formidable machine de solidarité menée par les habitants, notre reporter nous plonge au cœur d’une renaissance. Récit poignant

60 000 migrants marocains à l’assaut de Ceuta

En une nuit, 60 000 personnes ont déferlé sur l’enclave espagnole, Ceuta, faisant au moins 34 morts. Une ruée orchestrée via WhatsApp et TikTok, qui nourrit déjà les théories d’une invasion préméditée par Rabat. L’Europe s’embrase, entre renforts militaires et menaces de suspendre l’Espagne de Schengen.

Rabat goudronne pour l’oncle Donald

Après les médailles remises entre camarades de promo et les décorations en toc épinglées à la va-vite, la diplomatie mondiale franchit un nouveau cap dans

Des cendres et des caprices

Pendant que Barjols brûle de rage et de braises, la mairie préfère guerroyer contre la solidarité. Entre ego municipal et amateurs au front, la politique locale montre qu’elle n’a pas besoin d’étincelles pour mettre le feu aux poudres.

Tunisie : « Dégage ! » — le retour d’un slogan

Convocation musclée de l’ambassadrice de France, manifestations à Tunis pour l’anniversaire du « coup de force » de 2021, dépendance croissante à l’Algérie : cinq ans après avoir concentré les pouvoirs, le président tunisien fait face à une contestation persistante et à des signes d’essoufflement, sans qu’un basculement paraisse imminent

Var : Le feu franchit une nouvelle ligne

Point de milieu de journée — lundi 27 juillet 2026 La situation reste extrêmement tendue sur le front du Gros Bessillon en ce début d’après-midi.

— Publicité —
Ce ne sont pas des pompiers de métier, mais des volontaires. Le visage noirci par la cendre, épuisés par des jours de lutte, ils continuent d'éteindre les derniers foyers. Dans les coulisses de l'incendie, la solidarité ne connaît pas de répit

Les sentinelles du Haut-Var

Aucun commentaire

Au lendemain des incendies dévastateurs qui ont ravagé le Haut-Var, c’est toute une communauté qui s’est dressée face au feu, loin des projecteurs. Entre les sentinelles surveillant les fumerolles sous les cendres, l’élan spontané des réseaux sociaux et la formidable machine de solidarité menée par les habitants, notre reporter nous plonge au cœur d’une renaissance. Récit poignant

Lire la suite »

60 000 migrants marocains à l’assaut de Ceuta

Aucun commentaire

En une nuit, 60 000 personnes ont déferlé sur l’enclave espagnole, Ceuta, faisant au moins 34 morts. Une ruée orchestrée via WhatsApp et TikTok, qui nourrit déjà les théories d’une invasion préméditée par Rabat. L’Europe s’embrase, entre renforts militaires et menaces de suspendre l’Espagne de Schengen.

Lire la suite »