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Au Kansas, Allah n’a pas droit de City

Ils avaient invoqué le ciel, défié Messi et débarqué au Kansas avec l'enthousiasme des grands soirs. Les Fennecs ont surtout découvert une vieille vérité du football : les promesses se font avant le match, les comptes se règlent après. Face à une Argentine emmenée par un Lionel Messi en mode contrôle fiscal, l'Algérie a encaissé trois rappels à l'ordre. Et quelques certitudes avec

Les Fennecs avaient emporté leurs crampons, leurs drapeaux, leurs rêves et quelques « Incha’Allah » de réserve. Ils sont revenus avec trois buts dans la musette et une leçon de réalisme signée Lionel Messi.

Dans le grand stade de Kansas City, où l’on célèbre d’ordinaire les exploits des Chiefs et les liturgies du football américain, l’Algérie faisait son entrée dans le Mondial 2026. Une entrée qui ressemblait davantage à une sortie de secours.

Avant le match, les réseaux sociaux avaient abondamment relayé les images des joueurs algériens en prière sur la pelouse. Mains levées vers le ciel, regards recueillis, invocations murmurées. Une préparation spirituelle qui n’a rien de choquant : chacun consulte qui il veut avant les grands rendez-vous. Certains appellent leur agent, d’autres leur préparateur mental. Les Fennecs, eux, avaient choisi une ligne plus directe.

Quelques jours plus tôt, le jeune Ibrahim Maza avait annoncé la couleur : « Nous allons battre Messi, Incha’Allah. » Formule classique sous nos latitudes, mais qui avait déclenché quelques poussées de fièvre chez les supporters argentins. Sur les réseaux, certains avaient aussitôt placé Messi à proximité du Tout-Puissant et Maradona quelque part entre saint patron et divinité locale. Les théologiens apprécieront.

Le problème, c’est qu’au moment de vérifier les prophéties, c’est toujours le terrain qui tient le rôle du tribunal.

Et le tribunal a parlé.

À la 17e minute, Messi ouvre le score. À la 60e, il récidive. À la 76e, il boucle le dossier. Trois buts, trois signatures, trois coups de tampon sur le passeport algérien. Une soirée de travail propre et sans bavure pour l’Argentin, venu célébrer sa 200e sélection comme d’autres soufflent les bougies d’un anniversaire.

Pourtant, l’Algérie avait cru tenir son miracle. Dès la 8e minute, Farès Chaïbi trompait Emiliano Martínez d’une frappe qui glaçait momentanément les tribunes argentines. Les supporters algériens exultaient déjà. Le Kansas entendait presque les klaxons de Bab El Oued. Puis le drapeau de l’arbitre assistant s’est levé. Hors-jeu.

Fin de l’apparition.

Le miracle avait été annulé pour vice de procédure.

Ensuite, le match a repris son cours normal, c’est-à-dire celui que Messi avait prévu.

Aïssa Mandi, capitaine lucide au milieu du naufrage raisonnable des siens, a résumé l’affaire avec une sobriété toute administrative : « Ils ont un joueur qui ne pardonne pas. » On ne saurait mieux dire. Les Fennecs n’ont pas été ridicules. Ils ont couru, tenté, résisté par moments. Mais entre une équipe courageuse et un génie du football, le ballon choisit souvent son camp.

Rien n’est toutefois perdu. Une victoire contre la Jordanie permettrait encore d’entretenir l’espoir. Dans les compétitions internationales, l’espérance est souvent le dernier sponsor qui quitte le terrain.

Reste cette image presque bouddhique des joueurs algériens sur la pelouse, entre recueillement et télépathie silencieuse. Mais le football possède sa propre religion, beaucoup moins mystique et infiniment plus cruelle. Elle ne promet ni salut ni récompense céleste. Elle exige simplement du talent, du sang-froid et, de préférence, un certain Lionel Messi dans l’effectif.

Au Kansas, Allah n’a pas le droit de cité. Son Messi, si.

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