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Yennayer à la mairie de Marseille : Les petits plats chez les grands

Yennayer à la mairie du 3e à Marseille : discours sur le vivre-ensemble, couscous rationné et repas par terre. Le moral ? Démonté
Yennayer à la mairie du 3e à Marseille : discours sur le vivre-ensemble, couscous rationné et repas par terre. Le moral ? Démonté

Nouvel An amazigh à la mairie du 3ᵉ arrondissement de Marseille : les discours promettaient le partage, les assiettes ont raconté une autre histoire.

 

Ce mercredi, comme chaque année, la mairie du 3 arrondissement de Marseille célébrait le Nouvel An berbère. La salle des fêtes bourdonnait de vie. Hommes, femmes, enfants. Beaucoup de femmes. Certaines très âgées. L’une même reliée à un respirateur. Tous étaient venus partager la soirée. Les chants emplissaient l’air. Une jeune fille, lumineuse, reprenait les classiques d’Idir, tandis que la salle battait des mains, reprenait les refrains. L’odeur du couscous, des pâtisseries maghrébines et des dattes circulait de table en table, promettant une fête gourmande et conviviale.

 

Puis vinrent les discours. Les représentants des associations kabyles de Marseille, l’équipe municipale et le maire lui-même, Anthony Krehmer, prirent la parole. Fils d’une mère kabyle et d’un père allemand, il vanta le mélange des cultures, rappela qu’il célébrait aussi le Nouvel An kurde, comorien ou capverdien. Il esquissa quelques mots en berbère, évoqua un futur centre culturel berbère à Marseille et célébra le vivre-ensemble. Tout semblait parfaitement réglé. Parfaitement poli.

Marseille, Yennayer au régime

Et puis… le buffet. Le moment où tout le monde va trinquer. L’heure des bulles. Des verrines et des toasts censés accompagner les échanges enflammés. L’instant d’égalité, où chacun se sent l’égal de l’autre, où Yennayer entre enfin dans le saint des saints des célébrations républicaines marseillaises. Que nenni.

 

C’est tout l’inverse qui se produit. La salle à manger, fière d’exhiber ses nappes et son buffet, se transforme en petit donjon. Deux agents de sécurité se postent à l’entrée. Pas question de se servir librement. On entre un par un, sous l’œil vigilant d’une dame qui semble compter chaque grain de couscous.

 

Yennayer à la mairie du 3ᵉ arrondissement de Marseille : chants, danses et familles réunies pour le Nouvel An amazigh, juste avant l’ouverture d’un buffet placé sous haute surveillance
Yennayer à la mairie du 3ᵉ arrondissement de Marseille : chants, danses et familles réunies pour le Nouvel An amazigh, juste avant l’ouverture d’un buffet placé sous haute surveillance

À l’extérieur, la scène est à la fois triste et saisissante. Une pluie fine tombe sur les convives éparpillés dans la cour. Certains mangent debout, assiette à la main. D’autres s’asseyent par terre, sur les bancs, sur les marches, sur le béton humide. Des portes de chapiteau ont été ouvertes pour s’abriter, mais là encore, pas de tables : seulement quelques chaises en plastique pour poser une assiette ou s’accouder. Certains ont déjà fini de manger, tandis que la file d’attente n’a pas bougé.

 

À l’intérieur, même spectacle. Service expéditif. Même pas le temps de choisir entre les gâteaux orientaux qui se font concurrence. Le salé ? Ration unique : un bout de pain kabyle, une pincée de salade algérienne. Et, pour clore le banquet, un minuscule bol de couscous, sans jus ni viande. Bref, le festin de Calypso, version mairie du 3ᵉ.

Un vivre-ensemble en mode sous-traitance

La maire, samedi soir oblige, n’est pas restée pour assister au spectacle. Plus tard, on nous expliquera que cette organisation visait à prévenir les débordements : l’an dernier, paraît-il, certains se seraient presque piétinés pour attraper une assiette. Version officielle. En creusant un peu, on finit pourtant par comprendre un tout autre mécanisme.

 

Pour se délester du sale boulot, la mairie du 3 arrondissement a externalisé l’organisation à l’association Soraya, elle-même sous-traitante de l’Acam Amazigh. L’argent circule ainsi de main en main : de la mairie à Soraya, puis de Soraya à l’Acam Amazigh. Soraya avance les fonds, l’Acam Amazigh fait les courses, la mairie rembourse plus tard. À force de transiter par autant d’intermédiaires, forcément, le petit peuple ne reçoit plus que des miettes.

Bref, ce qui devait être un moment pour remonter le moral s’est transformé en démonstration de morgue et de mépris. Reste une question à laquelle on n’a toujours pas de réponse : aurait-on traité ainsi une autre communauté, moins « exotique » ?

 

L’an dernier, à l’occasion des vœux du maire, la Ville de Marseille avait pourtant trouvé 100 000 euros pour honorer ses convives.
Le maire s’en était expliqué : le Nouvel An, disait-il, est ce temps de vœux et de cadeaux, fait pour « remonter le moral ».

 

Il arrive aussi, parfois, qu’on s’en serve pour le plomber. C’est ce qu’a fait la mairie du 3ᵉ arrondissement, avec ceux qui n’étaient manifestement pas du bon côté de la morale.

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