À Barjols, François Volpi ne promet pas la lune. Il préfère les projets concrets, parfois modestes, parfois audacieux. Ancien adjoint à la culture devenu opposant, ce trentenaire énergique veut transformer le village à coups d’idées pragmatiques — de la reconversion des tanneries à un Ehpad coopératif, en passant par une sécurité repensée.
À Barjols, petit village du Haut-Var où les tanneries semblent somnoler depuis un siècle, les ambitions municipales passent généralement inaperçues. Mais François Volpi, 39 ans, ne connaît pas le mot « discret ». Il a décidé d’en faire son terrain de conquête. Pas de discours grandiloquent, pas de costume de sauveur providentiel. Juste un homme avec une idée fixe et une énergie qui ne connaît guère de pause.
Son mantra ? « Faire, faire, faire. » Trois syllabes qui tournent en boucle dans son esprit et dans le village. Ceux qui le connaissent le confirment : ce n’est pas une posture de campagne, « c’est presque une mécanique intérieure », glisse une habitante, mi-amusée, mi-perplexe. « Il est partout, il s’agite dans tous les sens… et parfois, on se demande s’il dort ou s’il vit dans une autre dimension. »
Le 15 mars prochain, il se présentera face à la mairesse sortante, Cathy Venturino Gabelle. Son credo : attraper les problèmes du quotidien, les retourner comme des crêpes, et tenter de les résoudre. Sans ménagement pour les habitudes locales, sans indulgence pour la lenteur confortable qui caractérise Barjols
Une équipe façon “start-up municipale”
C’est dans cet esprit qu’il a monté sa liste : « Aimer Barjols, Village d’Avenir ». Une équipe sans bannière partisane affichée — ce qui, dans un village, relève moins de la stratégie que du bon sens. Autour de lui, un mélange inattendu : fonctionnaires, commerçants, artistes, jeunes actifs et retraités. Bref, un échantillon assez fidèle de la sociologie locale.
Leur réunion de travail ressemble parfois davantage à une petite start-up municipale qu’à un comité électoral classique. Les idées fusent. Chaque proposition passe au crible : coût, utilité, impact pour les habitants. On décortique, on corrige, on ajuste. Il y a toujours quelqu’un pour lever la main, pointer un angle mort ou proposer la solution qui manquait. Ce n’est pas toujours fluide. Mais ça discute. Beaucoup.
Le principe est simple : un village n’est pas l’affaire d’un seul décideur. Volpi défend l’idée d’une gouvernance plus ouverte, avec des relais citoyens capables de faire remonter les problèmes et de participer aux décisions. Fini, selon lui, les arbitrages derrière des portes closes. L’idée est séduisante. Sa mise en pratique reste à prouver — comme souvent en politique locale.
Car Volpi préfère les projets concrets aux envolées lyriques.
L’agir selon Volpi
Une aire pour camping-cars à l’entrée du village ? Pas très glamour, mais utile pour désengorger le centre et faire passer quelques touristes devant les commerces.
Une modification des horaires de stationnement dans le centre-ville ? Une évolution construite avec les usagers et les commerçants — à rebours des grandes décisions prises d’en haut, souvent accusées d’ignorer les réalités du terrain et les besoins du quotidien.
Et puis les transports : un seul bus par jour, ce n’est pas suffisant pour ceux qui travaillent hors de Barjols ou n’ont pas de voiture. Volpi propose de changer d’intercommunalité pour accéder à des lignes plus nombreuses, des correspondances plus fréquentes, et des navettes vers les zones d’emploi — bref, mutualiser les moyens pour que chacun puisse se déplacer sans dépendre de sa voiture.

Rupture avec la majorité municipale
Le parcours de François Volpi explique en partie cette approche méthodique. Diplômé en droit public, ancien attaché parlementaire passé par l’Assemblée nationale, il a ensuite occupé plusieurs fonctions dans les collectivités territoriales. À Barjols, il a longtemps travaillé avec la majorité municipale sortante.
Jusqu’à la rupture.
Adjoint à la culture entre 2020 et 2023, il finit par claquer la porte avec fracas. Divergences de méthode, désaccords politiques, tensions internes : la fracture devient impossible à colmater. La crise municipale débouche sur des élections partielles en 2024. Sa liste frôle alors les 47 % des voix, sans parvenir à l’emporter.
Depuis, les deux camps s’observent avec une cordialité toute relative.
Le pari des tanneries culturelles
Le désaccord le plus emblématique concerne l’avenir des anciennes tanneries, ces friches industrielles qui hantent encore l’histoire du village. Cathy Venturino Gabelle souhaite y développer du logement. Volpi propose un autre chemin : utiliser les financements du programme « Petite Ville de Demain » pour réhabiliter les nombreux logements vacants et lutter contre l’insalubrité.
Les tanneries, selon lui, pourraient devenir autre chose : un grand pôle culturel.
Dans ses cartons, l’idée est ambitieuse : ateliers d’artistes, lieux d’exposition, et à terme une école de beaux-arts. Il assure même que plusieurs institutions culturelles seraient prêtes à accompagner le projet. Mais les friches industrielles posent souvent des contraintes : études de sol (pollution potentielle liée à l’activité passée), délais administratifs longs, et coûts imprévus qui peuvent dépasser les subventions.
Volpi le sait : il commencer plus modestement, en proposant la création d’une grande salle d’expositions, plus facile à financer et immédiatement utile pour les associations et les artistes locaux.
Un Ehpad coopératif
Autre projet, plus inattendu :un Ehpad coopératif. L’idée est simple sur le papier : soignants, résidents et collectivités deviendraient collectivement actionnaires de l’établissement. Les éventuels bénéfices seraient réinvestis dans l’amélioration du cadre de vie ou dans la baisse des coûts pour les familles.
Un modèle atypique, mais qui répond à un problème bien réel : Barjols n’a plus de maison de retraite depuis quatre ans.Les anciens doivent souvent partir à Brignoles, loin de leur village et de leurs proches.
La médiation plutôt que la matraque
Et puisqu’il n’est visiblement pas du genre à s’arrêter en si bon chemin, Volpi avance aussi une autre idée, pas moins originale sur la question de la sécurité. Plutôt que de multiplier les recrutements de policiers municipaux, il propose de réinventer une forme de police de proximité — à sa manière.
Pas de casquettes, pas de taser, pas de sirènes. Mais des intermédiaires de terrain, présents dans le village, chargés de signaler les tensions, d’apaiser les situations et surtout d’accompagner les jeunes.
L’idée est simple : plutôt que de laisser certains adolescents tourner en rond dans les rues, parfois bruyants, parfois provocateurs, créer des relais capables de dialoguer, d’orienter, de prévenir avant que les petits agacements du quotidien ne se transforment en vrais problèmes de tranquillité publique. Une sorte de médiation active, plus sociale que répressive, qui mise sur la présence humaine plutôt que sur la seule logique sécuritaire.
Mais, précise-t-il, cette approche ne se substitue évidemment pas à l’action de la police. Elle en constitue plutôt la première étape : un travail de contact, de repérage et d’apaisement, assuré par des intermédiaires de terrain.
Il insiste : lorsque la situation l’exige, les forces de l’ordre prennent le relais et viennent compléter ce travail avec les moyens qui sont les leurs. Autrement dit, la médiation pour prévenir et désamorcer les tensions ; la police pour intervenir et faire respecter la loi lorsque cela devient nécessaire.
Le pari du réalisme
Alors oui, Volpi ne promet ni révolution municipale ni miracle budgétaire. Sa méthode tient davantage du bricolage méthodique que de la grande politique : optimiser ce qui existe, réparer ce qui dysfonctionne, avancer pas à pas.
Un réalisme têtu. Parfois clivant. Souvent énergique.
À quelques jours du scrutin, les Barjolais devront trancher : entre l’assurance tranquille du système en place… et l’activisme obstiné d’un homme qui préfère manifestement l’action aux discours.
Réponse le 15 mars.






