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Canicule : Le plan bon marshal

Coup de chaud sur la santé publique : vingt-trois ans après l’hécatombe de 2003 et malgré les milliards récoltés par la fameuse « journée de solidarité », l’État affronte les vagues de chaleur à coups de plans blancs activés dans la panique et de ventilateurs achetés au supermarché. Récit d’un grand naufrage thermique

En août 2003, la France étouffait sous quarante degrés le jour et vingt-cinq la nuit, tandis que ses dirigeants peaufinaient leur bronzage. Jacques Chirac philosophait au Canada, Jean-Pierre Raffarin dessoiffait la Haute-Savoie, et Jean-François Mattei, ministre de la Santé, gérait la crise depuis sa terrasse du Var. Face aux alertes des urgentistes, le ministre balayait d’un revers de main : « J’entends des estimations : 50 par-ci, 300 par-là ». Le déni aura coûté près de 19 000 vies.

Pour sécher les larmes des familles, la République a sorti sa meilleure arme : la paperasse. Dès 2004, l’exécutif lançait son Plan national canicule, assorti d’une idée de génie : la « journée de solidarité ». Les salariés étaient invités à travailler gratuitement le lundi de Pentecôte pour financer le grand « plan Marshall » promis aux Ehpad et aux hôpitaux. Les milliards devaient pleuvoir sur le troisième âge.

Vingt-trois ans plus tard, en cet été 2026, le plan Marshall a l’allure d’un vieux soufflé dégonflé. Les milliards de la Pentecôte ont été digérés par la tuyauterie des déficits publics et la gestion courante de l’assurance-maladie. Si les alertes météo fonctionnent mieux, l’adaptation des bâtiments est restée au point mort. Soixante pour cent du parc immobilier hospitalier est jugé vétuste. La climatisation demeure un privilège de riches, réservé aux blocs opératoires et aux services de réanimation.

Dans les chambres ordinaires, où le thermomètre taquine les 34 degrés, on ne compte plus les ventilateurs premier prix achetés à la hâte, les brumisateurs et les couvertures de survie scotchées aux fenêtres pour bloquer les rayons du soleil. Dans certains services, ce sont les soignants qui cotisent sur leurs propres deniers pour s’offrir un climatiseur mobile. Même les chantiers récents, comme le nouvel hôpital de Nantes, font l’économie d’une climatisation intégrale, officiellement au nom des « normes bioclimatiques », officieusement pour ne pas plomber la facture d’électricité. Quand le système de froid sature, ce sont les opérations qu’on annule.

De la droite à la gauche, tous les ministres qui se sont succédé depuis deux décennies ont préféré parier sur le caractère exceptionnel des vagues de chaleur. Le réchauffement climatique ayant transformé l’exception en routine estivale, le ministère de la Santé applique sa méthode favorite : la réaction thermique. On vient d’annoncer l’achat en urgence de 30 000 climatiseurs mobiles pour équiper les établissements d’ici la fin de l’été. Une aubaine pour les grands distributeurs, une goutte d’eau pour les patients.

L’essentiel est sauf : les grilles de vigilance sont prêtes, les numéros verts sont ouverts et les plans blancs s’activent dans la panique réglementaire. L’été prochain, on pourra republier le même article.

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