Un maire de droite décomplexée, ça gère sa commune en bon père de famille, en grand ordonnateur des ronds-points fleuris et en gardien de la tranquillité des résidences secondaires. Mais à Saint-Raphaël, Frédéric Masquelier a décidé d’étendre ses compétences au rectorat et à la gestion des carrières de l’État.
Sa nouvelle cible ? Emmanuelle Cocusse, une dame qui cumule les provocations : elle est inspectrice de l’Éducation nationale et, comble de l’audace, cheffe de file de l’opposition municipale sous la bannière écolo-gauchiste « Ma Ville ma Planète ». Un nom de liste qui, déjà, donne des boutons à la majorité locale.
Jusqu’ici, la dame exerçait ses talents pédagogiques du côté de Gap. Un peu loin pour agacer le premier édile au quotidien. Pendant la campagne des municipales, Sa Majesté Masquelier — avocat de profession, LR version Lisnard de Cannes, soutenu par le RN sans être RN (disons crypto…) — aimait d’ailleurs ricaner dans les meetings en la traitant de « touriste ».
Un profil politique taillé pour le bras de fer
Seulement voilà : l’authentique enfant du pays a eu la mauvaise idée de vouloir rentrer au bercail. Elle a demandé sa mutation officielle, en bonne et due forme, dans la circonscription académique de Fréjus-Saint-Raphaël. Le motif ? Se rapprocher de sa vieille maman. Un rapprochement familial tout ce qu’il y a de plus légal, validé par l’administration centrale. Mais pour le maire, ce fut l’alerte rouge. L’ennemie jurée dans les murs, à portée de conseil municipal ? Pas question.
« Depuis quand un maire choisit-il les profs et les inspecteurs de sa circonscription ? »
Voyant débarquer cette opposante jugée un poil trop « pugnace » et efficace, notre édile s’est transformé en standardiste frénétique. Préfet, rectrice, inspecteur d’académie… Tout le monde a eu droit au coup de fil du patron. On a remué ciel et terre. Selon les mauvaises langues des couloirs de la mairie, il n’aurait manqué que le numéro direct du ministre ou un SMS à l’Élysée pour bloquer ce terrible péril rouge et vert.
Pour justifier cette ingérence de haut vol, l’élu LR n’a pas hésité à jeter publiquement le discrédit sur l’impartialité de la future fonctionnaire, sous-entendant qu’une inspectrice d’opposition ne saurait être neutre. Un procès d’intention avant même qu’elle n’ait posé son premier carton sur son nouveau bureau.
Le Code électoral face aux caprices politiques
Une posture ironique pour un homme de loi : si l’on devait interdire aux fonctionnaires de siéger sur les bancs des conseils, on viderait tout bonnement les conseils municipaux de France ! Pourtant, un coup d’œil à l’article L237 du Code électoral (et non pénal, bien sûr !), modifié en 2021 puis en 2025, suffit à clouer le débat juridique. Rien n’interdit à un fonctionnaire de l’Éducation nationale d’être candidat et donc élu dans la ville où il travaille.
Cette incompatibilité s’applique aux policiers ou aux postes de direction d’établissements communaux (comme les EHPAD), mais absolument pas aux agents du rectorat.
Cette manœuvre d’intimidation un peu lourde a eu un effet magique, presque biblique : réussir l’union sacrée de la gauche et des régionalistes varois. Du jamais vu depuis l’invention de la bouillabaisse.
En l’espace de trois jours, les communiqués de soutien ont fleuri plus vite que les terrasses de café en juillet. La France Insoumise locale dénonce une « dérive effrayante » et fustige ce « grand manitou » des mutations.
Les Écologistes varois s’insurgent contre un « abus de pouvoir » et des « méthodes autoritaires » visant à faire plier quiconque ose émettre la moindre critique. Même le Partit Occitan (POc) est sorti de sa réserve depuis Toulon pour condamner la « tentative d’ingérence », rappelant au passage que la prof avait jadis soutenu les cours de provençal à l’école. On attend encore la réaction du syndicat des directeurs d’école.
Il faut dire que le climat social à la mairie de Saint-Raphaël est déjà un poil lourd, plusieurs enquêtes étant en cours concernant le « mal-être » des agents de la commune. Visiblement, le maire a décidé d’exporté ses méthodes de management au personnel de l’État. Reste à savoir si le rectorat saura rappeler à l’élu que le grand livre des mutations de la République n’est pas le registre de ses caprices politiques.
En attendant, sur la Côte d’Azur, la rentrée scolaire s’annonce déjà très chaude.





