Passer au contenu principal

Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi
— Publicité —

Encore un journaliste au cachot

Arrêté dans un café, le 7 juillet, par la police politique, le journaliste Mourad Atmimou vient allonger une liste noire longue comme le bras : celle des professionnels des médias traqués, ciblés par des rafles et jetés au cachot sans procès. Une routine répressive devenue la marque de fabrique du régime d’Abdelmadjid Tebboune, depuis son parachutage au pouvoir en décembre 2019

L’arrestation du journaliste Mourad Atmimou, survenue le mardi 7 juillet à Tizi-Ouzou, illustre la systématisation d’une doctrine sécuritaire sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune : la judiciarisation systématique de la critique politique et du traitement de l’actualité électorale. Faute de pouvoir convaincre, l’appareil d’État algérien choisit de judiciariser le débat public. Le régime transforme la critique en délit et l’analyse journalistique en menace existentielle

Selon des sources locales concordantes, des agents de police en civil ont appréhendé le journaliste dans un établissement public de Tizi-Ouzou, avant son transfert vers le commissariat d’Azazga à bord d’un véhicule banalisé. La procédure a débuté par la saisie immédiate de ses terminaux numériques, transmis dans la foulée au Service central de lutte contre la cybercriminalité.

Le grief officiel est d’une limpidité chirurgicale, puisqu’il reproche à l’intéressé des « publications opposées aux élections ». Sa famille a dû mobiliser en urgence un collectif d’avocats, qui inclut Maîtres Yamina Alili et Hakim Saheb, dans l’attente de sa présentation devant un parquet.

Ancienne figure de la chaîne Dzaïr TV, où il animait l’émission en langue kabyle Tizi n wassa-a jusqu’à la fermeture du média en 2019, Mourad Atmimou s’d’était replié sur les plateformes numériques et YouTube. Il y assurait une couverture indépendante de l’actualité politique et culturelle de la Kabylie, et il s’affranchissait du contrôle des instances de régulation étatiques. C’est précisément cette parole directe, non filtrée par les canaux officiels, que le pouvoir ne tolère plus.

Cette arrestation intervient dans un contexte post-électoral immédiat. Les élections législatives du 2 juillet ont enregistré un taux de participation historiquement bas, établi officiellement autour de 21 %. En Kabylie, ce désengagement électoral a pris les proportions d’un boycott quasi total, véritable référendum silencieux et cinglant contre le système en place. Pour l’appareil d’État, l’analyse journalistique de cette désertion n’appartient plus au champ sociologique, elle constitue un acte d’hostilité.

Cinq ans après le reflux du Hirak, la contestation s’est déplacée de la rue vers la sphère numérique et le refus de vote. Incapables de séduire les électeurs, les autorités ont adapté leur arsenal répressif. Le pouvoir déplace le curseur du droit commun vers le droit pénal d’exception et criminalise les observateurs qui expliquent pourquoi les urnes restent vides.

Le mode opératoire documenté dans l’affaire Atmimou répond à un protocole désormais standardisé et d’une efficacité redoutable. Tout débute par une interpellation par des agents en civil, sans convocation préalable, ce qui s’apparente à un enlèvement institutionnel. S’ensuivent une garde à vue opaque et la saisie du matériel informatique.

Les enquêteurs recourent alors à des qualifications pénales larges et interchangeables comme « atteinte à l’unité nationale » ou « fausses nouvelles », afin de permettre un placement en détention provisoire automatique. En Algérie, la détention préventive se substitue à la peine. Elle neutralise le professionnel et purge la sanction avant même la tenue d’un semblant de procès.

L’affaire Atmimou s’inscrit dans une chronologie lourde, ce qui confirme que le ciblage des professionnels des médias n’est pas une série d’accidents de parcours, mais une politique d’État délibérée. Les exemples récents démontrent l’ampleur de cette purge. Ihsane El Kadi, le fondateur de Radio M a vu son média dissous et a purgé près de deux ans de prison avant d’obtenir une grâce présidentielle.

Hassan Bouras a subi une nouvelle interpellation en avril 2026, tandis qu’Abdelwakil Blamm reste poursuivi sous des qualifications liées à la législation antiterroriste. Le même sort a frappé Omar Ferhat et Sofiane Ghirous, de l’organe Algeria Scoop, placés en détention après la diffusion de contenus vidéo critiques.

Même la presse internationale n’échappe pas à cette grille de lecture, comme le montre la lourde peine infligée au journaliste français Christophe Gleizes après son enquête sur la JS Kabylie. Quant à Mustapha Bendjama, son quotidien au sein du journal Le Provincial se résume désormais à un harcèlement judiciaire continu et des procès à répétition.

Cette politique de la terre brûlée médiatique se traduit directement dans les rapports des observateurs internationaux. Au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, l’Algérie a chuté à la 145ᵉ place sur 180 pays en 2026, se positionnant juste derrière le Pérou. L’ONG y décrit un espace informationnel qui n’a jamais été aussi détérioré. Parallèlement, Amnesty International et Human Rights Watch alertent régulièrement sur l’extension du code pénal, notamment l’article 87 bis, qui permet de requalifier de simples délits de presse en infractions terroristes.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

— Publicité —
Les derniers articles

Encore un journaliste au cachot

Arrêté dans un café, le 7 juillet, par la police politique, le journaliste Mourad Atmimou vient allonger une liste noire longue comme le bras : celle des professionnels des médias traqués, ciblés par des rafles et jetés au cachot sans procès. Une routine répressive devenue la marque de fabrique du régime d’Abdelmadjid Tebboune, depuis son parachutage au pouvoir en décembre 2019

FIFA-Trump : L’histoire secrète du carton rouge annulé

CONFIDENTIEL. C’est le secret le mieux gardé du Mondial 2026. En coulisses, l’administration Trump a déployé pendant 96 heures ses réseaux et l’appareil d’État pour faire plier Gianni Infantino. Objectif : annuler par tous les moyens le carton rouge de l’attaquant star américain avant le choc face à la Belgique. Récit exclusif d’un coup de force géopolitique qui a pulvérisé les règles de la FIFA.

La leçon de la Garra Guaraní

À Philadelphie, lors des huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2026, l’équipe de France s’est heurtée à bien plus qu’une simple formation de football : elle a affronté le mythe de la Garra Guaraní. Battu d’un souffle sur un penalty de Kylian Mbappé (1-0), le Paraguay a opposé aux Bleus une grande résistance physique et psychologique. Plus qu’une prestation tactique, cette rencontre mémorable de l’Albirroja incarne le réveil d’une identité nationale singulière, forgée dans les tragédies de l’Histoire et sublimée sur le rectangle vert.

Le coup de « Soleil » de Frédéric Masquelier

À Saint-Raphaël, le maire LR Frédéric Masquelier s’improvise DRH de l’Éducation nationale. Paniqué à l’idée de voir son opposante municipale mutée dans sa propre cour, l’édile a fait chauffer le téléphone rouge auprès du « préfet et de la rectrice pour tenter de faire interdire le retour au pays de cette prof » jugée trop « pugnace ». Une ingérence en haute altitude administrative qui a réussi un miracle : unifier toute la gauche varoise contre les manières de grand manitou de l’hôtel de ville.

Le coup de grâce de Walid Sadi

Vert de rage, foot en cage et boxe en cale sèche : le sport algérien glorifie son « cumulard en chef ».

Recours de Schreck : Ce que mijotent les juges dans l’ombre du tribunal

Trois mois après le psychodrame des municipales, les magistrats du tribunal administratif de Toulon épluchent enfin les 28 pages de la protestation électorale déposée par l’opposition. Entre accusations de propagande nocturne, visites pastorales inattendues et coups de griffe médiatiques, les coulisses de ce recours révèlent une bataille juridique bien plus complexe — et savoureuse — que prévu. Plongée exclusive dans les pièces secrètes du dossier qui pourrait faire basculer le destin de la ville

— Publicité —

Encore un journaliste au cachot

Aucun commentaire

Arrêté dans un café, le 7 juillet, par la police politique, le journaliste Mourad Atmimou vient allonger une liste noire longue comme le bras : celle des professionnels des médias traqués, ciblés par des rafles et jetés au cachot sans procès. Une routine répressive devenue la marque de fabrique du régime d’Abdelmadjid Tebboune, depuis son parachutage au pouvoir en décembre 2019

Lire la suite »

FIFA-Trump : L’histoire secrète du carton rouge annulé

Aucun commentaire

CONFIDENTIEL. C’est le secret le mieux gardé du Mondial 2026. En coulisses, l’administration Trump a déployé pendant 96 heures ses réseaux et l’appareil d’État pour faire plier Gianni Infantino. Objectif : annuler par tous les moyens le carton rouge de l’attaquant star américain avant le choc face à la Belgique. Récit exclusif d’un coup de force géopolitique qui a pulvérisé les règles de la FIFA.

Lire la suite »

La leçon de la Garra Guaraní

Aucun commentaire

À Philadelphie, lors des huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2026, l’équipe de France s’est heurtée à bien plus qu’une simple formation de football : elle a affronté le mythe de la Garra Guaraní. Battu d’un souffle sur un penalty de Kylian Mbappé (1-0), le Paraguay a opposé aux Bleus une grande résistance physique et psychologique. Plus qu’une prestation tactique, cette rencontre mémorable de l’Albirroja incarne le réveil d’une identité nationale singulière, forgée dans les tragédies de l’Histoire et sublimée sur le rectangle vert.

Lire la suite »