L’ancien Premier ministre Édouard Balladur s’est éteint ce lundi à Paris, à l’âge de 97 ans. Sa famille en a fait l’annonce à l’AFP, précisant qu’une messe serait célébrée dans la plus stricte intimité familiale, sans autre précision sur les circonstances de son décès.
Avec lui disparaît l’une des dernières grandes figures de la Ve République, dont le nom reste indissociable d’une cohabitation charnière et d’une rivalité présidentielle restée célèbre : celle qui l’opposa, en 1995, à son ancien allié devenu adversaire, Jacques Chirac.
Un long parcours au sommet de l’État
Né le 2 mai 1929 à Smyrne (aujourd’hui Izmir, en Turquie), au sein d’une famille d’origine arménienne installée de longue date dans les échanges avec la France, Édouard Balladur grandit à Marseille où les siens se réinstallent dans les années 1930. Diplômé de Sciences Po et de l’École nationale d’administration, il entame sa carrière au Conseil d’État avant de rejoindre les cabinets ministériels, au service de Georges Pompidou dès le milieu des années 1960.
Secrétaire général adjoint puis secrétaire général de l’Élysée sous la présidence Pompidou, il s’éloigne un temps de la sphère publique pour diriger des entreprises, avant de revenir en politique dans le sillage du RPR et de Jacques Chirac, dont il devient l’un des proches. Il occupe le ministère de l’Économie et des Finances de 1986 à 1988, durant la première cohabitation.
Matignon, 1993-1995 : le sommet d’une carrière
C’est en mars 1993, à la faveur d’une large victoire de la droite aux élections législatives, que François Mitterrand le nomme Premier ministre, ouvrant une deuxième cohabitation. Édouard Balladur dirige le gouvernement jusqu’en mai 1995, dans un contexte de récession économique et de chômage élevé. Malgré des mesures d’austérité et une hausse des impôts, il conserve une popularité remarquable, au point d’être un temps donné favori pour la présidentielle de 1995.
Cette popularité le conduit à se présenter à l’élection présidentielle, provoquant une rupture spectaculaire avec Jacques Chirac, son « ami de trente ans » et rival de toujours au sein du RPR. La campagne, d’une intensité rare, se solde par l’élimination de Balladur dès le premier tour, puis par la victoire de Chirac. Cet épisode marquera durablement la vie politique française et scellera la fin des ambitions présidentielles de l’ancien Premier ministre.
L’ombre de l’affaire Karachi
La dernière partie de la vie publique d’Édouard Balladur aura été assombrie par l’affaire dite « Karachi ». Ce dossier, lié à des soupçons de rétrocommissions perçues sur des ventes d’armes (sous-marins au Pakistan, frégates à l’Arabie saoudite) au bénéfice de sa campagne présidentielle de 1995, avait conduit à sa mise en examen en 2017 pour complicité d’abus de biens sociaux et recel. Jugé en 2021 devant la Cour de justice de la République, alors âgé de 91 ans, il avait toujours nié toute implication, affirmant que les fonds en espèces de sa campagne provenaient de la vente d’objets promotionnels lors de meetings. Il avait finalement été acquitté en mars 2021, tandis que son ancien ministre de la Défense, François Léotard, écopait d’une peine de prison avec sursis.
Une figure controversée mais respectée
Homme de dossiers réputé pour son flegme et son sens de l’État, Édouard Balladur avait poursuivi une activité intellectuelle après sa vie politique active, publiant plusieurs ouvrages, dont un essai consacré à Charles de Gaulle. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, il demeurait une voix écoutée sur les questions institutionnelles, ayant présidé en 2007 le comité de réflexion sur la réforme des institutions à la demande de Nicolas Sarkozy.
Son épouse, Marie-Josèphe Delacour, avec laquelle il avait eu quatre fils, est décédée en 2025.
Les réactions politiques, à droite comme à gauche, devraient affluer dans les prochaines heures pour saluer la mémoire de cet homme d’État qui aura marqué près de six décennies de vie publique française.






