Deux avocates se sont vues refuser l’accès à la maison d’arrêt de Draguignan après avoir refusé d’enlever leur soutien-gorge lors du contrôle de sécurité, un incident qui déclenche l’ire du barreau. Depuis 2016, au moins quatre affaires similaires ont été signalées en France.
La scène s’est déroulée ce lundi à la maison d’arrêt de Draguignan, dans le Var, et provoque une vive émotion au sein de la profession. Deux avocates se sont vu refuser l’accès à l’établissement pénitentiaire alors qu’elles venaient rencontrer leur client, détenu et convoqué prochainement devant un juge d’instruction. En cause : leur refus d’ôter leur soutien-gorge, dont les armatures métalliques faisaient sonner le portique de sécurité.
Selon des sources concordantes, il s’agirait d’une avocate inscrite au barreau de Draguignan, accompagnée d’une consœur de Nice. Contacté, le barreau de Nice n’a toutefois pas révélé l’identité de ces avocates, mais l’incident, selon nos sources, le bâtonnier a aurait été saisi, afin d’examiner les suites à donner à cette affaire.
Les faits se seraient produits ce lundi matin. Après les contrôles habituels — retrait des bijoux, manteaux et chaussures — le portique de sécurité continue de biper. En cause, les baleines métalliques des soutiens-gorge. La direction de la maison d’arrêt aurait alors exigé leur retrait. Les deux avocates auraient refusé, estimant cette demande humiliante et disproportionnée au regard de leur statut professionnel. L’accès à la détention leur est finalement refusé, le parloir annulé, et leur client privé de son entretien avec la défense à un moment jugé crucial de la procédure.
Une avocate : « C’est une atteinte flagrante à la dignité »
Sollicitée, une avocate du barreau de Fréjus, qui souhaite conserver l’anonymat, dénonce une pratique qu’elle juge inacceptable :
« C’est une atteinte flagrante à la dignité humaine et professionnelle. On demande à des femmes de se déshabiller partiellement pour exercer leur métier. Cela n’arrive jamais aux hommes. J’ai vécu la même situation il y a des années, j’en ai pleuré. Le bâtonnier doit se saisir du sujet. Ce sont des pratiques que beaucoup d’avocates qualifient d’archaïques et de sexistes. »
Une pratique dénoncée de longue date
L’épisode survenu à Draguignan n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, des avocates alertent sur des contrôles de sécurité pénitentiaires qu’elles estiment discriminatoires. En 2016, à Villefranche-sur-Saône, une avocate grenobloise avait dû retirer son soutien-gorge pour accéder à un établissement pénitentiaire. En 2022, à Varennes-le-Grand, une autre consœur avait relaté avoir été contrainte de se déshabiller sous le regard d’un surveillant. Plus récemment, en juillet 2024, Me Mélina Lamrhari, avocate au barreau de Nancy, s’était vu refuser l’accès à la prison de Metz-Queuleu pour des raisons similaires.
À plusieurs reprises, des organisations professionnelles ainsi que le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ont attiré l’attention des pouvoirs publics sur ces pratiques, évoquant un biais persistant dans l’application des règles de sécurité. Dès 2022, Mediapart faisait état d’une recrudescence de ces incidents dans différents établissements pénitentiaires français.
L’État déjà condamné par la justice
La juridiction administrative a commencé à se prononcer sur ces situations. En septembre 2024, la cour administrative d’appel de Toulouse a condamné l’État à verser 1 500 euros à une avocate contrainte d’enlever son soutien-gorge pour accéder à la prison de Seysses. Les juges ont estimé que cette exigence constituait une atteinte à la dignité et aux droits professionnels, une décision désormais fréquemment citée par la profession.
Malgré cette jurisprudence, les protocoles de contrôle demeurent inchangés dans de nombreux établissements. L’affaire de la maison d’arrêt de Draguignan pourrait à son tour donner lieu à un contentieux. En toile de fond, une interrogation persiste : comment concilier impératifs de sécurité et respect de la dignité de celles et ceux qui participent au fonctionnement de l’État de droit ? En l’absence de dispositifs de contrôle adaptés et de consignes nationales claires, les portiques continuent, eux, de faire retentir leurs alertes — et d’alimenter la colère.






