Il est des lendemains qui déchantent plus vite qu’une promesse d’élu municipal en mal d’électeurs. À peine a-t-il eu le temps d’avaler sa défaite aux sénatoriales que le député Philippe Schreck (RN) se prend une nouvelle gamelle administrative.
Ce mardi 29 septembre, sous le soleil radieux de Toulon, la rapporteure publique Sabine Faucher a examiné les 28 pages du chef-d’œuvre juridique rédigé par l’artillerie locale de l’opposition. Bilan des courses : un magnifique feu vert pour le maintien en fonction du maire sortant, Richard Strambio, et un carton rouge bien appuyé pour le requérant. La justice administrative, avec cette froideur arithmétique qui sied si mal aux passions des patriotes, s’apprête à débouter le candidat d’extrême droite. C’est ce qu’on appelle un râteau de compétition.
Un « Mur de briques » réduit en poussière
Rappelons brièvement les faits pour nos lecteurs parisiens ou provinciaux trop occupés à compter leurs brins de muguet : au soir du 22 mars dernier, le brave Richard Strambio sauvait son fauteuil de maire de Draguignan pour 206 petites voix d’avance. Une paille, mais une paille suffisante pour provoquer chez monsieur Schreck une ire cosmique et l’écriture d’un recours de 28 pages, orchestré de main de maître par Maître Philippe Campolo.
Au menu de ce réquisitoire taillé pour faire trembler les chaumières : des agents communaux prétendument transformés en forçats de la nuit pour alimenter le site de la ville, une incursion mystique du maire à la prière de l’Aïd, et l’odieuse machination de notre journal, Le Correspondant, accusé d’avoir balancé un scud critique la veille du scrutin pour priver le candidat frontiste de tout droit de réponse.
Les grands stratèges de la plaine varoise avaient conçu un chef-d’œuvre d’inquisition. Hélas, la réalité possède cette cruauté poétique de réduire les cathédrales paranoïaques en poussière.
Ces fameuses publications nocturnes, exhibées sur le site de la mairie avec la sueur et les trémolos d’un complot ourdi dans l’ombre, ne sortaient pas du clavier incandescent d’un attaché de presse zélé. Non. Elles provenaient d’un bête robot d’agrégation automatique. Un algorithme mécanique, dénué de toute âme, qui se fiche éperdument de la carte du parti et des ambitions de grandeur locale. Une machine froide qui a au moins le mérite d’éviter à la commune un redressement de l’URSSAF pour travail dissimulé de serveur informatique.
Le scandale s’effondrait comme un soufflé raté, quand on sait que la Commission des Comptes de Campagne et de Financement Public, dans sa terrifiante lucidité, n’avait absolument rien trouvé à redire.
Mais le pompon est du côté de la laïcité bafouée. Accusé d’avoir violé les règles lors de la prière de l’Aïd au tennis couvert Henri-Girant, le maire est certes allé saluer la foule après la cérémonie, mais les tracts incriminés jonchaient le sol sans qu’il n’ait eu besoin de les toucher. Quant à l’imam, il a gentiment douché l’enthousiasme des plaignants en confirmant que les élus s’étaient sagement tenus à l’écart. De plus, tranche Sandrine Faucher, « la méconnaissance du principe de laïcité n’est pas de nature à altérer le scrutin ».
Du comptoir au tribunal.
Reste l’argument des encrettes aux abois muselant l’opposition, Cela » ne dévoile rien que les électeurs n’étaient déjà en mesure de connaitre », juge la rapporteure. Quant à l’heure de publication — dénoncée par l’opposition comme intervenue à 23h57, soit juste avant la fin de la trêve électorale —, l’horodatage officiel du Correspondant fait foi : l’article a en réalité été mis en ligne à 20h29, laissant plus de trois heures à l’édile frontiste pour répliquer.
Sauf que le redoutable tribun était à cette heure-là accoudé au comptoir du bar Why Not, fort occupé à célébrer la fin de campagne. Il est vrai qu’il est toujours plus délicat de rédiger un communiqué enflammé quand on a la bulle au nez.
Mais le malheur ne venant jamais seul, un drame se noue dans l’ombre des couloirs municipaux.
Selon un document officiel consulté par Le Correspondant, François Gibaud — l’ancien adjoint aux finances qui avait marié sa liste à celle de Schreck au second tour — fait lui aussi l’objet d’un examen minutieux de ses comptes de campagne par la fameuse CNCCFP.
On lui reproche d’avoir confondu un tout petit peu son modeste portefeuille avec les deniers de sa propagande électorale. Si le soufflé retombe mal, c’est une charmante petite inéligibilité qui pourrait s’ouvrir sous ses grandes jambes. Une façon élégante d’entraîner ses fidèles dans sa chute, laissant notre grand timonier Schreck un peu plus seul sur le pont.
L’agonie du suspense s’étirera encore sur quelques semaines : le tribunal administratif rendra sa sentence le 21 octobre. Mais soyons intellectuellement honnêtes : de suspense, il n’y a point : plus de mystère, plus de caverne, plus de monstre du Loch Ness.
Comme votre serviteur vous l’avait prédit avec la modestie qui le caractérise, il y a fort à parier que les juges se garderont bien de désavouer leur rapporteure. C’est d’usage. La justice administrative a horreur du vide juridique.
Bilan des courses pour notre cher parlementaire : une tempête parfaite en pleine canicule, achevant de transformer sa saison en un authentique calvaire — après l’humiliation municipale et la déconvenue sénatoriale. Il ne lui manque plus qu’un ultime sursaut de maladresse pour parfaire l’œuvre : rater le rendez-vous des prochaines législatives. Ce sera alors le grand retour, le sac sur l’échine, du Palais-Bourbon à Draguignan.





