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Gouvernement Lecornu, l’éternel recyclage

France's Minister of Armed Forces Sebastien Lecornu arrives to attend the Coalition of the Willing Summit, at The Elysee presidential Palace in Paris, on September 4, 2025. European leaders and Ukrainian President Volodymyr Zelensky meet in Paris on September 4, 2025, in a new effort to pile pressure on Russia's President Vladimir Putin after he vowed Russia will fight on in Ukraine if no peace deal is reached. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Paris, 5 octobre 2025. Les Tuileries se parent de rouille automnale et l’Élysée, fidèle à sa tradition, nous sert son potage réchauffé : le gouvernement Lecornu. Après le naufrage éclair de son prédécesseur, voici donc Sébastien Lecornu, ex-ministre des Armées et macroniste pur jus, parachuté à Matignon pour tenir… exactement ce qu’on a déjà vu. Démissions en chœur, nominations en fanfare et recyclage massif de la vieille garde. Douze ministres sortants réintégrés dans leurs postes, dans un casting qui sent le déjà-vu. Pourquoi changer une équipe qu’on ne veut pas changer ? La question traverse les couloirs du Palais Bourbon et fait écho à ce cirque récurrent : Bayrou hier, Barnier avant, Attal plus loin encore, dont le gouvernement, victime collatérale de la dissolution de 2024, avait déjà goûté aux joies d’un Parlement ingouvernable. Même ministères, mêmes têtes, mêmes intrigues, mêmes motions de censure suspendues comme une épée de Damoclès.

 

Un contexte de crise perpétuelle 

Rappelons les faits pour ne pas nous perdre dans ce kaléidoscope de remaniements. Tout démarre avec la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, annoncée par Macron le 9 juin 2024 : un pari risqué qui aboutit à un Parlement sans majorité absolue et à des gouvernements condamnés à l’intervalle. Le cabinet Borne avait déjà démissionné en janvier 2024, laissant Gabriel Attal hériter d’un chaos qu’il n’a pas choisi. Il propose sa démission le 7 juillet 2024 et celle-ci est acceptée le 16 juillet, cantonnant son équipe aux affaires courantes jusqu’à un nouveau gouvernement. Michel Barnier est nommé Premier ministre le 5 septembre 2024, mais son gouvernement tombe, dès le 4 décembre pour un budget jugé trop austère, record de brièveté sous la Ve République. François Bayrou prend le relais le 13 décembre 2024, mais il est renversé le 8 septembre 2025 après un vote de confiance raté, à l’approche du budget 2026. Lecornu, fidèle macroniste, est parachuté le 9 septembre 2025, héritant d’un Matignon en sursis.

 

Il lui faut 26 jours pour composer son aréopage, à force de « longues tergiversations » avec les partis. Les Républicains, après avoir flirté avec l’abstention, rallient la coalition avec une « participation exigeante », promettant de peser sur l’agenda. Résultat ? Une déclaration de politique générale prévue le 7 octobre, sous la menace d’une énième censure. Oui, la censure – ce mot-clé de la Ve République – rôde déjà : mêmes oppositions, mêmes griefs (budget 2026, retraites, écologie), mêmes cibles. Pourquoi ? Parce que l’équipe est la même. On dénonce les « inégalités », on promet la « stabilité », mais on recycle les mêmes profils qui ont déjà essuyé les plâtres.

 

Retours en grâce

Sur les 18 ministres annoncés ce 5 octobre, c’est un festival de statu quo et de recyclage ostentatoire. Bruno Le Maire, pilier de Bercy depuis 2017, passe aux Armées, libérant le poste économique pour Roland Lescure, fidèle macronien. Élisabeth Borne reste à l’Éducation nationale, Gérald Darmanin conserve la Justice, Bruno Retailleau garde l’Intérieur – un trio reconduit sans un cil. Rachida Dati squatte la Culture, Catherine Vautrin fusionne Travail et Santé. Éric Woerth, vétéran sarkozyste, revient aux Territoires. Manuel Valls, ministre des Outre-mer depuis décembre 2024, conserve son portefeuille – un statu quo salué par les élus ultramarins pour sa continuité sur la Nouvelle-Calédonie et la vie chère.

 

Quelques jeunes pousses, Naïma Moutchou (IA et Numérique) et Mathieu Lefèvre (Relations avec le Parlement), font office de vitrine « moderne ». Mais globalement, c’est du réchauffé : 67 % des postes clés occupés par des figures rodées, issues des équipes Attal, Barnier ou Bayrou. Les ministères « gros » – Économie, Intérieur, Armées – restent aux mêmes mains. Pourquoi ? Stabilité, dit l’Élysée. Inertie, répliquent les critiques.

 

Farce d’automne

La « censure contre les mêmes personnes » ? C’est le refrain de la Ve République. Barnier l’a payée en décembre 2024, Bayrou en septembre 2025, pour des budgets jugés « austères » par la gauche et « trop mous » par l’extrême droite. Même cibles : macronistes purs, accusés de « technocratie déconnectée ». LFI et RN, alliés improbables, visent déjà Lecornu : « Même équipe, mêmes erreurs », tonne un député insoumis. Retailleau promet une fermeté anti-insécurité, mais les mêmes voix crient au « recyclage sécuritaire ». Censure ou simple usure ? Les motions tombent comme les feuilles d’automne : l’Assemblée morcelée refuse ce statu quo.

 

Pourquoi ce manège ? 

Changer pour ne pas changer : voilà le paradoxe macronien. Lecornu, en recyclant, mise sur l’expérience pour franchir le cap du budget 2026. Les LR apportent un vernis de droite, les centristes la loyauté. Mais est-ce tenable ? Les sondages montrent une France lassée : 60 % des Français doutent de la longévité de cette équipe. Même cirque que sous Bayrou (trop fragile) ou Barnier (trop court) : on nomme pour calmer, on recycle pour ne pas froisser, et on attend la prochaine bourrasque.

 

Entre attendant, Matignon tourne… et la France stagne.

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