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Le Pen à l’Élysée : le pari inconscient de Mélenchon

En réclamant la démission d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon croit rejouer 1789. Mais son baroud révolutionnaire pourrait bien offrir au Rassemblement national le duel rêvé : celui d’une France fatiguée, réduite à choisir entre la lassitude et la colère

 

La France politique ressemble de plus en plus à une partie d’échecs jouée par des insomniaques. À peine nommé Premier ministre le 6 octobre, Sébastien Lecornu a jeté l’éponge douze heures plus tard, faute d’avoir trouvé un seul pion prêt à le suivre. Dans ce décor d’État éclaté, Jean-Luc Mélenchon s’est engouffré dans la brèche comme un vieux général flairant la poudre. Depuis sa tribune improvisée, il a exigé la démission d’Emmanuel Macron, accusé de n’avoir plus de légitimité.

 

« Il faut aller au cœur du problème », tonne-t-il, l’œil brillant, comme si le cœur du problème n’était pas précisément lui. Car, enfin, si Macron tombait demain, qui ramasserait les morceaux ? LFI, à bout de souffle, ou le RN, qui guette le cadavre du macronisme depuis des mois, prêt à s’en repaître avec des couverts en argent ?

 

Mélenchon n’en est pas à son premier coup de clairon. En août déjà, il promettait une nouvelle procédure de destitution pour le 23 septembre, en pleine crise Bayrou. Depuis, rien. L’homme se nourrit de symboles : il n’a pas de majorité, mais il a des phrases. Et pendant qu’il réclame la tête du président, son propre mouvement s’effrite à la vitesse d’un slogan oublié.

 

Dans les sondages, LFI ne survit plus que par habitude : 8 % en février, 10 % en juin, un peu moins chaque mois, comme une bougie qu’on laisse se consumer dans une salle de réunion vide. Les Français n’en veulent plus. Un sondage Odoxa du 2 octobre affirme que 58 % des électeurs sont prêts à « faire barrage » à LFI, contre 46 % au RN. C’est dire si la gauche radicale est devenue le nouveau croquemitaine.

 

Mélenchon se persuade qu’en criant plus fort, il reprendra la main. Mais la main n’y est plus. Les divisions internes, les accusations d’antisémitisme, les procès en autoritarisme : tout y passe. Le Vieux Lion de Marseille ressemble désormais à un orateur sans foule, à un tribun qui ne fait plus frissonner que les micros. Son score présidentiel probable – 12 à 13 % selon les derniers sondages – en dit long : Glucksmann le dépasse désormais, et la gauche, fidèle à sa tradition, se déchire comme d’habitude au moment de mourir.

 

Pendant ce temps, le Rassemblement national est dans l’angle mort. Marine Le Pen et Jordan Bardella observent la scène avec le sourire discret des vautours patients. Les chiffres leur donnent raison. 33 % aux législatives hypothétiques, 36 % à la présidentielle : le RN avance tranquille, porté par un ras-le-bol national que même Macron ne tente plus de désamorcer. L’inflation, la dette, la fatigue démocratique : tout nourrit le monstre. Bardella martèle ses slogans sur l’immigration et la sécurité comme un disque rayé qui se vend toujours. Le pays est fatigué, donc prêt à tout croire. Le RN n’a plus besoin de convaincre : il suffit d’attendre que les autres s’effondrent.

 

Alors, si Macron démissionne, que se passe-t-il ? La Constitution prévoit une élection présidentielle dans le mois. LFI ferait un score marginal, le RN raflerait la mise, et la gauche se partagerait le cadavre électoral en trois morceaux : Mélenchon pour la colère, Glucksmann pour la morale, et les écologistes pour le compost. Bref, le scénario parfait pour Bardella.

 

Le pari mélenchoniste n’est donc pas un plan : c’est un coup de dés désespéré, un dernier baroud pour exister encore un peu avant la fin. Il croit renverser Macron, il ne ferait que l’embaumer.

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