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Le lycée Averroès : Poste avancé de l’islam politique

J’ai connu le lycée Averroès à une époque où son vernis de respectabilité brillait encore dans les colonnes de la presse bien-pensante. C’était le premier lycée musulman sous contrat avec l’État, et il se targuait d’être un modèle de réussite. J’y avais mené une enquête pour le magazine Marianne – un long reportage publié en 2004, sous le titre « Au cœur du premier lycée musulman de France ».

 

Ce que j’avais découvert alors n’avait rien à voir avec l’image d’Épinal que certains voulaient imposer. Les élèves, brillants pour beaucoup, se sentaient pourtant pris dans l’étau d’une éducation islamique qu’ils n’avaient pas choisie. Ce n’était pas une école de la République. C’était un enclos, avec pour horizon le dogme.

 

Quand Marianne a publié mon enquête, le lycée Averroès a choisi de répondre non pas par le débat, mais par la menace judiciaire. Il nous a attaqués en diffamation. Leur avocat ? Me. Jean-Louis Brochen, le mari de Martine Aubry. Quand l’école islamique est défendue par l’époux de la maire de Lille, cela donne une idée du réseau de soutiens dont jouissait Averroès.

 

Mais la justice a tranché : ils ont perdu. Et ce détail, que bien des commentateurs oublient volontiers, est une balise importante dans l’histoire de cet établissement. La justice a reconnu que les faits exposés dans mon article étaient suffisamment solides pour résister à l’épreuve du droit. Ce n’était pas une cabale. C’était un signal d’alarme.

 

Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau parle du lycée Averroès comme d’un « bastion de l’entrisme islamiste ». Et soudain, le ton change. Le masque tombe. Le vernis craque. Il aura fallu des années, des rapports internes enterrés, des alertes discréditées, des enseignants tétanisés ou muselés, pour qu’un ministre ose enfin prononcer les mots justes.

 

Car les faits sont têtus : supports pédagogiques puisés dans la littérature frériste, discours d’imams proscrits, pression sociale sur les jeunes filles, mélange toxique entre performance scolaire et endoctrinement insidieux. Ce lycée n’a jamais été un havre de tolérance : c’était, comme le dit aujourd’hui Retailleau, un outil d’infiltration culturelle et idéologique, financé par l’argent des contribuables.

 

En décembre 2023, la préfecture du Nord avait décidé de résilier le contrat d’association liant Averroès à l’État, invoquant de « graves manquements aux principes fondamentaux de la République ». Le tribunal administratif de Lille vient d’annuler cette décision, au motif que la procédure était entachée d’irrégularités. C’est le droit. Mais ce n’est pas une preuve d’innocence : c’est une faille juridique. Et les réseaux islamistes savent s’y faufiler avec habileté.

 

Retailleau annonce un rapport accablant fondé sur les renseignements des services. Il évoque un « islamisme politique conquérant » qui infiltre à bas bruit les associations, les clubs, les écoles, les mairies. Il a raison. Et il arrive bien tard.

 

Mais qu’on ne dise pas qu’on ne savait pas. Qu’on ne feigne pas de découvrir la mécanique du frérisme en 2025. Les pièces du puzzle étaient là depuis vingt ans. Nous les avions montrées, nommées, exposées. On nous accusait de stigmatiser. Aujourd’hui, les mots du ministre reprennent exactement ceux que nous écrivions hier. Le réveil est brutal. Mais il n’efface pas les années de déni.

 

À Averroès, on préparait l’avenir, certes, mais pas celui de la République. L’objectif n’a jamais été de former des citoyens libres, mais des croyants encadrés. Et l’éducation, quand elle devient vecteur de captation idéologique, n’est plus un droit. C’est une prise d’otages.

 

Bruno Retailleau souhaite que l’État fasse appel. Il serait temps que la République arrête de payer pour sa propre subversion.

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