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Un tigre dans le moteur d’à côté

De Miami aux palais de Bogota, le très bling-bling avocat Abelardo de la Espriella décroche la présidence. Au programme : le look de Trump, les prisons de Bukele et la tronçonneuse de Milei. Un cocktail explosif pour un pays coupé en deux.

Les électeurs colombiens viennent de s’offrir un président trois-en-un. À 47 ans, Abelardo de la Espriella n’est pas seulement le nouveau locataire du palais de Nariño : il est aussi américain, italien, et surtout, immensément riche. Cet avocat pénaliste, qui a fait fortune sur la côte caraïbe en défendant aussi bien des femmes battues que les pires escrocs à la Ponzi (David Murcia) ou les présumés prête-noms du régime vénézuélien (Alex Saab), a financé sa campagne sur ses propres deniers. Une broutille pour ce dandy bodybuildé qui adore rugir sur les réseaux sociaux. Pour séduire les foules, l’homme s’est métamorphosé en « Tigre » sur TikTok. Visiblement, en Colombie comme ailleurs, le ridicule ne tue plus ; il élit.

Le « Bukele » des Andes

Porté par le minuscule Movimiento de Salvación Nacional – un fossile de l’extrême droite des années 50 – le fringant quadra a réussi l’union des droites, du puissant et très pragmatique clan Char jusqu’aux débris de l’uribisme. Il faut dire que son programme de « sécurité » a de quoi faire frémir les nostalgiques de la démocratie apaisée. S’inspirant ouvertement du Salvadorien Nayib Bukele, le « Tigre » promet la mano dura : construction de mégaprisons, Code pénal revu à la hausse, et « liberté d’action » (comprendre : permis de cogner) pour les flics et les militaires.

Fini les négociations polies avec les dernières guérillas. Notre avocat avait juré de rétablir l’ordre en 60 jours chrono. Bon, après avoir jeté un œil sur la carte, il a admis que nettoyer un pays grand comme deux fois la France, truffé de jungles et de montagnes, prendrait « un peu plus de temps » que de vider les gangs d’un micro-État de la taille d’une région française. Détail technique.

Tronçonneuse et bénitier

Côté portefeuille, de la Espriella fait du copier-coller avec l’Argentin Javier Milei. Son obsession ? Tailler dans la « bureaucratie » à hauteur de 40 % pour sabrer les impôts. Pour la touche écologique, on repassera : le fracking, interdit sous la gauche, va reprendre de plus belle. Pour rassurer les marchés face à cette improvisation économique, il a tout de même glissé dans ses bagages un vice-président très chic : José Manuel Restrepo, aristocrate de la politique locale et ancien ministre des Finances d’Iván Duque. Un choix utile pour éponger les 7 % de déficit public laissés par la gestion Petro, quitte à raboter un peu la santé et l’éducation.

Sur le plan sociétal, le Tigre sort les griffes et les crucifix. Soutenu par les puissantes églises évangéliques, il veut abroger l’avortement (légal depuis 2022) et ne dédaigne pas, entre deux meetings, quelques blagues homophobes bien lourdes sur ses opposants.

America First, Colombie Next

Mais c’est en politique étrangère que le génie d’Abelardo éclate : son programme tient en deux mots : Donald Trump. Alignement total, amour inconditionnel pour Israël, haine viscérale des gauches locales, réarmement en matériel US et même, pour la route, une proposition de sortie de l’ONU. Le tout avec une indifférence polie pour le sort des migrants latinos aux États-Unis. Cocasse pour un président qui résidait encore à Miami il y a quelques mois.

Reste un léger problème de géographie électorale. La Colombie sort de ce scrutin coupée en deux morceaux presque parfaits. Les campagnes pauvres et les périphéries ont voté massivement pour la gauche d’Iván Cepeda (jusqu’à 81 % dans le Chocó), tandis que l’intérieur des terres a plébiscité le Tigre.

Le nouveau président va maintenant devoir frotter ses promesses de cow-boy à la réalité d’un Congrès majoritairement conservateur mais très sourcilleux sur la Constitution, et à une Cour suprême qui n’aime pas qu’on touche à ses arrêts. Bref, le Tigre est dans l’arène, mais la Colombie n’est pas encore tout à fait domptée.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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