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 Mongolie : le remake d’une démocratie défaillante

Invalidation de vote, veto présidentiel, justice aux ordres : la saga politique mongole tourne en rond, entre scandales miniers et luttes de clans. Pendant que l’élite s’entretue, la population se noie dans la pauvreté et l’injustice.

 

En octobre 2025, la Mongolie, vaste pays de steppes et de minerais, s’enlise dans une crise politique qui ferait passer une telenovela parlementaire pour un traité d’équilibre institutionnel. Le 22 octobre, la Cour constitutionnelle suprême a invalidé la destitution du Premier ministre Gombojavyn Zandanshatar, au motif de “vices formels” — une expression élégante pour dire que la majorité au pouvoir a encore trouvé moyen de sauver l’un des siens.

 

Dans ce pays où la poussière des mines se mêle depuis longtemps à celle des scandales, la décision de la Cour n’est pas une surprise : c’est une habitude nationale. En invalidant un vote du parlement dominé par le Parti du peuple mongol (MPP), la justice mongole a offert un répit à un gouvernement fracturé, corrodé par la corruption et tenu debout par l’instinct de survie d’une élite politique qui s’accroche à ses privilèges comme un chameau à sa gourde.

 

Cette crise n’est que la suite d’une série d’effondrements à répétition, conséquence directe des protestations monstres de mai et juin 2025 qui avaient fait tomber le précédent Premier ministre, Luvsannamsrain Oyun-Erdene. Son crime ? Un fils trop ostentatoire et une population trop pauvre pour le tolérer. Les sacs de luxe et la Mercedes de la belle-fille avaient suffi à embraser Oulan-Bator, où des milliers de jeunes sont descendus dans la rue, armés de smartphones et d’un ras-le-bol générationnel. 59 000 signatures plus tard, Oyun-Erdene quittait son poste, non pas pour corruption prouvée, mais pour avoir incarné un symbole : celui d’une classe dirigeante qui prêche la sobriété tout en sirotant son champagne au charbon.

 

Le 13 juin, l’homme censé ramener la stabilité, Gombojavyn Zandanshatar, ancien président du parlement, prenait les commandes d’un gouvernement de coalition (MPP, Parti démocrate, HUN) aussi solide qu’un cheval sur la glace. Quelques mois plus tard, le vernis craquait déjà. Au cœur du conflit : la mainmise sur les richesses minières du pays – charbon, cuivre, or – et la gestion de contrats plus opaques qu’un ciel de tempête sur le désert de Gobi. Dans un pays où 90 % des exportations reposent sur le sous-sol, le pouvoir se mesure à la tonne. Zandanshatar, autoproclamé réformateur modéré, s’est rapidement retrouvé piégé entre les factions du MPP, accusé de protéger des amis, de placer des proches, et de fermer les yeux sur les détournements.

 

Le 17 octobre, ses propres députés lui ont planté un couteau parlementaire dans le dos : motion de censure votée à une courte majorité, sur fond d’accusations de “corruption passive” et de “dysfonctionnements institutionnels”. Mais en Mongolie, un Premier ministre ne tombe jamais vraiment, il trébuche jusqu’à ce qu’un allié le relève. Et ce fut le rôle du président Ukhnaagiin Khürelsükh, fidèle du MPP et vieux routier du pouvoir, qui opposa son veto trois jours plus tard, invoquant des “vices procéduraux graves”. Traduction : l’arithmétique parlementaire ne plaît pas à la présidence. Officiellement, il s’agissait de protéger la Constitution ; en réalité, de préserver le MPP d’un effondrement qui aurait pu provoquer des élections anticipées.

 

Puis vint le 22 octobre, et la consécration du théâtre institutionnel : la Cour constitutionnelle, d’un ton docte, déclara le vote “inconstitutionnel” et rappela “l’esprit démocratique” de la procédure. Une unanimité rare, et d’autant plus savoureuse qu’elle consacre le maintien d’un Premier ministre que tout le monde accuse, mais que personne n’ose renverser.

 

Cette décision, applaudie par les cadres du MPP et dénoncée par la rue, a le goût amer d’une justice aux ordres. Depuis 2016, le MPP règne sans partage et la Cour suprême n’a jamais démenti sa réputation de servante fidèle du pouvoir. Dans un pays classé 121e sur 180 par Transparency International, la corruption n’est plus une dérive : c’est une méthode de gouvernance.

 

Les conséquences ne se feront pas attendre. L’économie mongole, tirée par le charbon et le cuivre, pourrait bientôt s’essouffler. Les investisseurs étrangers, déjà échaudés par l’instabilité chronique, hésitent. Pékin, principal client, observe avec une satisfaction silencieuse ce voisin dépendant et désorganisé, pendant que Washington et Bruxelles brandissent leurs “aides conditionnelles à la bonne gouvernance”.

 

Sur le plan intérieur, la jeunesse urbaine, éduquée, connectée et exaspérée, pourrait bien reprendre la rue. Car derrière le théâtre institutionnel, c’est la même histoire qui se rejoue : celle d’un pays riche en ressources mais pauvre en équité, où la mine sert les élites et affame les masses.

 

Zandanshatar, sauvé par les juges et protégé par le président, gouverne désormais un pays où la légitimité se compte en décrets, non en confiance. Le MPP, lui, s’enfonce dans ses contradictions : socialiste dans les discours, capitaliste dans les contrats, familialiste dans la distribution des postes. “La démocratie mongole”, vantée comme modèle post-soviétique, ressemble de plus en plus à une parodie constitutionnelle : des institutions qui fonctionnent en apparence, mais dont chaque rouage est graissé à la connivence.

 

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