Le Correspondant

Affaire Khelif : Game ovaires

Imane Khelif, championne olympique de boxe, au cœur d’une controverse scientifique et sportive sans précédent.

ENQUËTE. On a longtemps spéculé, accusé, nié… Aujourd’hui, la boxeuse algérienne Imane Khelif l’affirme : tout est naturel, documenté, et pourtant inattendu. Un corps XY, un phénotype féminin, et la science qui éclaire enfin le mystère.

 

Au Correspondant, on a parfois mauvaise réputation. Trop de documents. Trop de dates. Pas assez d’éléments de langage.
Cette fois pourtant, les faits rattrapent les démentis.

 

Dans une longue interview accordée à L’Équipe, publiée les 4 et 5 février 2026, Imane Khelif, championne olympique des –66 kg à Paris 2024, livre une confession calme… mais lourde de conséquences.

 

Elle y réaffirme ne pas être transsexuelle. Elle explique avoir suivi un traitement destiné à faire chuter son taux de testostérone. Elle se dit « entourée de médecins », suivie par « un spécialiste de renom », et recevoir « des hormones féminines ».

 

Puis un détail surgit, inattendu : le gène SRY, marqueur du chromosome Y, impliqué dans le développement sexuel embryonnaire.

 

Interrogée sur ce paradoxe — SRY actif et phénotype féminin — Imane répond simplement :
« Oui, et c’est naturel. »

 

Puis elle ajoute :
« Ma différence est naturelle. Je suis comme ça. Je n’ai rien fait pour changer la manière dont la nature m’a faite. »

 

SRY, le bouton «on» de la voie testiculaire

Petit rappel pour les lecteurs pressés — et pour les agences peu friandes de biologie.

 

Le gène SRY active SOX9 et pousse les gonades primitives vers des testicules. Ceux-ci produisent testostérone et hormone anti-müllérienne. Résultat : pas d’utérus, pas d’ovaires, orientation masculine du développement sexuel… sauf anomalie.

 

C’est exactement ce que Le Correspondant avait révélé dès novembre 2024, preuves médicales à l’appui.

 

Des rapports médicaux concordants

Nous avons publié un rapport conjoint du 16 avril 2023 – émanant de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Paris) et de l’hôpital Mohamed-Lamine-Debaghine (Alger) – qui établissait un caryotype 46,XY, la présence de testicules internes, l’absence d’utérus et d’ovaires, ainsi qu’un déficit en 5-alpha-réductase de type 2, une enzyme qui convertit normalement la testostérone en DHT, hormone indispensable à la différenciation des organes génitaux externes masculins.

 

Ces données ont été complétées en septembre 2025. Il manquait toutefois un élément : la confirmation explicite de la présence du gène SRY, désormais apportée par l’athlète elle-même.

 

Mais l’athlète ne dit pas tout. Gène fonctionnel ? Mutant ? Inactif ? Le mystère persiste, brouillé par ses « hormones féminines ».

 

Le rapport indien, pièce décisive

C’est là qu’un nouveau rapport que Le Correspondant a pu consulter – établi en Inde le 25 mars 2023 – vient écarter les derniers doutes.

 

Tout en décrivant les éléments connus – testicules mûrs, absence d’utérus, d’ovaires et de col utérin – l’examen de l’anatomie externe complète le tableau. Il pointe, sans détour, une absence de « tissu scrotal », indiquant une masculinisation incomplète.

 

Ces éléments convergent vers une seule explication, déjà documentée : un déficit en 5-alpha-réductase de type 2, et une différenciation testiculaire sous l’effet d’un gène SRY fonctionnel, avant de s’interrompre plus tard dans le processus. Ce qui explique un phénotype féminin ou peu virilisé, malgré un sexe chromosomique XY et des gonades testiculaires fonctionnelles.

 

« Je suis une fille »

C’est cette discordance qu’Imane Khelif confirme aujourd’hui :
« Je suis une fille. J’ai été élevée comme une fille, j’ai grandi comme une fille. ». Ce n’est ni une contradiction ni une énigme biologique. Mais un fait scientifique, brut, documenté.

 

Des taux hormonaux élevés avant traitement 

De même lorsque Khelif parle aujourd’hui de ses « hormones féminines », elle décrit un état médicalement induit. Son profil naturel antérieur ? Testostérone masculine, nettement au-dessus des normes féminines.

 

Le Correspondant s’en déjà fait l’écho : avant les Jeux olympiques de Paris, son taux mesurait 6,6 nmol/L. En 2023, à son retour d’Inde, elle était dans la fourchette masculine basse, bien au-delà des normes féminines (< 0,7 ng/mL).

 

Daté de 7 avril 2023, 13h17, un rapport du Dr Lamazière  de l’hôpital, du Kremlin Bicètres en donne le détail : testostérone (14,7 ng/mL ≈ 51 nmol/L), androstènedione à 1,69 ng/mL (norme haute pour une femme), 17-hydroxyprogestérone à 5,19 nmol/L (légèrement élevée), bêta-OH Δ4-androstènedione à 2,25 nmol/L (intermédiaire modéré), et déhydroépiandrostérone (DHEA) à 1,12 nmol/L (basse, indiquant une production principalement gonadique plutôt que surrénalienne massive).

 

Depuis, elle reçoit triptoréline (Décapeptyl), analogue GnRH, pour supprimer la testostérone endogène et créer un profil hormonal féminin, artificiel mais conforme aux règles.

 

Du déni aux confirmations tardives

Mais lorsque Le Correspondant avant publié son enquête, tout est nié. L’entourage crie à la manipulation. Aucun médecin parisien. Aucun « bobo chromosomique ». Son avocate promet des plaintes. Des conférences de presse sont organisées. Les mots « fake news » et « cyberharcèlement » fusent, plus vite qu’un crochet du droit.

 

OpenCorriere della Sera, Libération… découvrent le sujet à reculons. Le Conseil de presse du Québec se saisit même du cas Joseph Facal,  pour avoir relayé nos informations dans le journal de Montréal — « fausses », évidemment.

 

Imane Khelif multiplie alors les plateaux. À la RAI, elle assure qu’elle « n’a rien ». Sur Canal+, elle fond en larmes. Elle dénonce un complot et attaque Le Correspondant en justice.

 

Les institutions suivent la même ligne : CIO, Fédération algérienne de boxe, Comité olympique algérien. À la surprise générale, même le rapport médical de l’IBA, du 23 mars 2023 – qui a établi le caryotype XY – est contesté par le camp Khelif et qualifié de « faux document ». Pourtant, ce même résultat sera confirmé de manière indépendante par des analyses réalisées à Paris, bien avant les confession de Khelif ( le SRY ne se pose quasiment que sur le chromosome Y). 

 

Et aujourd’hui ?

Mustapha Berraf, président de l’ACNOA, n’en démord toujours pas. Récemment, sur la chaîne El Hayat, il crie au complot, vise « des Algériens de l’étranger », et désigne indirectement l’auteur de ce texte (il ne le nomme pas) qu’il qualifie d’anti-algérien, allant jusqu’à réclamer sa déchéance de nationalité.

 

C’est dans ce contexte qu’Imane Khelif reprend la parole dans L’Équipe.
Le discours a changé. Poli, recadré, maîtrisé.
Elle ne nie plus. Elle se dit incomprise. Et surtout, elle refuse d’être enfermée.

 

Elle parle de transparence. D’équité.
Elle affirme même accepter désormais des tests génétiques longtemps refusés.

 

Mais les silences pèsent plus lourd que les mots.

 

Car pendant que le discours s’épure, les arrangements se multiplient.
Imane Khelif a obtenu de la Fédération française de boxe l’autorisation de combattre chez les professionnelles. Une décision rendue possible par une faille bien connue : la réglementation française n’exige aucun certificat de féminité. La même brèche qui lui avait déjà ouvert la porte des Jeux de Paris.

 

Puis viennent les révélations de Berraf, dans El Hayat Tv. Le président de l’Acnoa se rend à Milan pour rencontrer « un ami très influent, grand actionnaire de Ferrari ». Pour : « tout arranger rapidement » afin de permettre à Khelif de remonter sur le ring aux Jeux méditerranéens, qui se dérouleront en Italie.

 

En parallèle, toujours selon Berraf, la diplomatie algérienne s’active. Cap sur les Jeux Olympiques de 2028. L’enjeu : infléchir la position américaine, « convaincre l’administration Trump », alors même que le Congrès a adopté, le 3 février, le H.R. 1028, réaffirmant le sexe biologique à la naissance comme critère des catégories féminines. Le président algérien serait personnellement impliqué, selon Berraf.

 

Ainsi, tout en reconnaissant une particularité biologique, une voie parallèle est empruntée pour rester dans la catégorie féminine.

 

La transparence est invoquée.
Mais elle s’arrête manifestement là où commencent les coulisses.

 

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