Sur le papier, le Congrès mondial amazigh (CMA), né en août 1995 sous le très républicain régime de la loi 1901 à Saint-Rome-de-Dolan, c’est la crème de l’ONG propre sur elle. Défense des droits des minorités, autodétermination culturelle, parlotes policées à l’ONU et vitrine tirée à quatre épingles. Sauf que le vernis associatif a de sacro-saintes envies d’écaillage. Derrière les grands airs humanitaires, l’histoire sent carrément le graillon, la sueur des salons libyens et l’ombre portée de Mouammar Kadhafi. Une mécanique clandestine où les ambitions politiques se sont peu à peu dissoutes dans le secret des circuits financiers libyens. Une lune de miel qui a duré plus que de raison, et que le seul idéal militant a bien du mal à justifier.
Un témoin au cœur du dispositif : l’affaire de l’enveloppe
Tout commence par une scène digne d’un thriller politique, jouée dans la discrétion d’une chambre d’hôtel à Tripoli au cours de l’année 2006. Un messager entre, dépose une enveloppe volumineuse sans un mot, et file dans le couloir. À l’intérieur, selon deux témoins clés interrogés à des années d’intervalle sans s’être concertés, se trouvait un format standard du dictateur, soit 100 000 dollars en liquide.
Celui qui accepte aujourd’hui de lever le lièvre n’a pas découvert l’épisode a posteriori : il était dans la pièce. Khaled Zerrari, universitaire marocain et actuel co-président de l’organisation, déroule aujourd’hui le fil d’une liturgie d’État parfaitement orchestrée : l’attente sous la tente de Mouammar Kadhafi, la sécurité omniprésente, les caméras. C’est dans ce dispositif qu’interviendrait, selon ce témoignage direct, une figure centrale du régime libyen : Moussa Koussa, le puissant chef des services de renseignement extérieur, l’homme des basses œuvres et de la diplomatie parallèle de Tripoli.
« C’est lui qui nous a remis l’enveloppe », affirme aujourd’hui Zerrari.
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