Le Correspondant

Investigation Info off Documents Dossiers
Journal d'investigation
Toutes nos enquêtes paraissent le samedi

Bangladesh : éternel replay

Shafiqur Rahman, chef du Jamaat-e-Islami Bangladesh, s’exprime devant la presse à Dhaka à l’issue de la 13ᵉ élection générale, le 12 février 2026
Shafiqur Rahman, chef du Jamaat-e-Islami Bangladesh, s’exprime devant la presse à Dhaka à l’issue de la 13ᵉ élection générale, le 12 février 2026

Comment éliminer le père fondateur sans que le pays ne devienne orphelin ? Juste avant le week-end, le Bangladesh a testé sa propre formule : des élections législatives « libres » après que Sheikh Hasina a décidé que rester éternelle au pouvoir. Résultat : un concours de popularité dynastique, avec Tarique Rahman en chef de file, et une jeunesse étudiante qui observe, pancartes et hashtags en main.

 

 

Le 12 février 2026, les Bangladais ont eu le droit à leur dose annuelle de suspense démocratique : des élections législatives « libres » depuis que Sheikh Hasina a décidé que rester au pouvoir pour l’éternité, c’était trop classique. Avec 127 millions d’électeurs et un taux de participation urbain qui ferait pâlir n’importe quelle ville européenne, le scrutin ressemblait à un grand concours de popularité… pour dynasties politiques.

 

 

Et le gagnant est… le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), dirigé par Tarique Rahman, fils de Khaleda Zia, qui récupère plus de 200 sièges sur 299. Soit une majorité des deux tiers, ce qui permet de tout changer, mais surtout de ne rien changer vraiment. Derrière, le Jamaat-e-Islami, allié au petit nouveau NCP – le parti des étudiants révoltés de 2024 –, récupère quelques miettes, histoire que l’opposition puisse encore pousser des cris d’indignation sur X

 

 

Ces élections, supervisées par le Nobel de la paix Muhammad Yunus, ont été l’occasion de tester un concept inédit : la « renaissance démocratique sous supervision bienveillante ». Concrètement, Yunus a tenté de réformer la Constitution, limiter les mandats et installer un gouvernement intérimaire neutre. Résultat : des réformes adoptées, des élections organisées, et quelques accusations de fraudes et de violences… juste de quoi faire croire que la démocratie est un sport extrême.

 

 

Retour sur le feuilleton historique : bégums et généalogies politiques

Pour comprendre la joie des urnes, il faut remonter à 1971. Le Bangladesh naît dans le sang et les larmes, sous la houlette de Sheikh Mujibur Rahman. Coupé de tout, entre Pakistan et Inde, le pays se construit vite, très vite… et se fait assassiner son père fondateur en 1975. S’ensuit une valse militaire : Ziaur Rahman, Khaleda Zia, Ershad, Hasina… un vrai catalogue de dirigeants tous plus charismatiques que démocratiques.

 

 

Depuis les années 1990, la « bataille des bégums » – Hasina contre Khaleda – a transformé la politique en sport de combat : boycott d’élections, corruption, campagnes de rue violentes et alliances improbables avec des islamistes repentis ou opportunistes. Le tout sous le regard inquiet d’une jeunesse qui commence à se demander si le clientélisme n’est pas inscrit dans l’ADN national.

 

 

Quand les étudiants font trembler les palais

La révolution étudiante de 2024 n’était pas un feu de paille. La réinstauration des quotas pour descendants de vétérans de 1971 a déclenché un mouvement massif. Des centaines de morts plus tard, Hasina fuit, Yunus arrive, et tout le monde se regarde en attendant le prochain épisode. Les étudiants se retrouvent propulsés dans la politique officielle via le NCP. Les réseaux sociaux n’ont jamais été aussi fiers de leurs hashtags.

 

Le retour du fils prodigue du Bangladesh

Après 17 ans d’exil, Tarique revient de Londres avec la promesse d’« anti-corruption » et de « reconstruction nationale ». Traduisons : on va faire comme avant, mais en plus élégant et avec quelques graphiques PowerPoint. Son BNP règne désormais en maître, laissant au Jamaat une opposition polie, mais ferme… suffisamment pour donner l’impression qu’il existe une alternative politique.

 

 

Le vrai suspense : islamisme soft, climat dur, et dynasties éternelles

Les Bangladais se trouvent désormais face à un dilemme classique : stabilité relative avec un BNP dynastique, ou risque de nouvelles turbulences avec des islamistes qui parlent de justice sociale mais ont un passé… disons, peu reluisant. Pendant ce temps, le pays lutte contre l’inflation, le changement climatique et les tensions régionales avec l’Inde, histoire de ne pas s’ennuyer.

 

 

Le Bangladesh est donc à la croisée des chemins : soit il réussit un vrai retour à la démocratie, soit il continue sa valse des bégums, en remixant dynasties, islamistes et étudiants révoltés pour le plus grand bonheur des éditorialistes occidentaux. Yunus peut ranger son Nobel, Tarique peut ranger ses valises londoniennes, et la jeunesse ? Elle range ses pancartes et attend le prochain épisode… probablement avec un nouveau hashtag.

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

Suivez-nous

l’instant t

Marianne se fait claquer la porte au nez

Paris perd le Burkina, après la Centrafrique, après le Mali, après le Niger. Et le Quai d’Orsay « prend acte », comme toujours, avec la mine déconfite du conjoint cocu feignant l’indifférence. Entre accusations de complotisme et basculement sous influence russe, récit d’un naufrage géopolitique annoncé.

Tripoli, 2005. Le président du Congrès mondial amazigh (CMA), Belkacem Lounès, reçu par le colonel Mouammar Kadhafi. Selon le co-président actuel de l'organisation, Khaled Zerrari, ce voyage aurait jeté les bases d'un premier accord financier

ONG : Les secrets très libyens du Congrès mondial amazigh

Comment une ONG établie en France, sous le régime très républicain de la loi 1901, s’est-elle dissoute dans les réseaux clandestins de Tripoli, entre enveloppes de cash et alertes anti-blanchiment de Tracfin ? Le Correspondant retrace la mécanique d’une lune de miel secrète entre les dirigeants du CMA et la dictature de Kadhafi. Un naufrage associatif où l’idéal militant aurait fini par servir de monnaie d’échange

VAR : trop net pour être clair

Elle devait mettre fin aux erreurs d’arbitrage. Elle a surtout appris au football à les documenter proprement, à les ralentir, à les disséquer image par image — sans jamais vraiment les corriger. L’épisode Algérie–Argentine du Mondial 2026 en donne une nouvelle illustration : un match validé par écran interposé, contesté par ceux qui restent au bord du cadre.

Faites entrer Rizet

Pour relier deux sujets sans rapport, certains cherchent un pont. Dominique Rizet a préféré l’impasse.

Maâti Monjib, l’histoire en suspens

Historien, universitaire et figure critique du champ intellectuel marocain, Maâti Monjib incarne depuis plusieurs années une trajectoire où l’engagement académique et politique se heurte à une série de procédures judiciaires et de restrictions administratives. Entre suspensions professionnelles, interdictions de déplacement et contentieux financiers contestés, son parcours se transforme en une longue mise en tension entre liberté de recherche et encadrement du pouvoir.

Ghali pioche dans la poche des mioches

Face au trou budgétaire de la Métropole, Samia Ghali a trouvé un gisement inattendu : les enfants et les retraités. Les fraudeurs peuvent dormir tranquilles, les minots et les papys sont appelés à sauver les finances marseillaises.

Accord États-Unis–Iran : une trêve historique aux contours encore flous

Signé à distance le 18 juin 2026 par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian, le protocole d’accord entre Washington et Téhéran ouvre une période de soixante jours de négociations destinée à mettre fin à plusieurs mois de conflit régional. Présenté comme une avancée diplomatique majeure, le texte contient cependant de nombreuses ambiguïtés et laisse en suspens plusieurs dossiers explosifs, du nucléaire iranien à la place d’Israël dans le nouvel équilibre régional.

Marianne se fait claquer la porte au nez

Aucun commentaire

Paris perd le Burkina, après la Centrafrique, après le Mali, après le Niger. Et le Quai d’Orsay « prend acte », comme toujours, avec la mine déconfite du conjoint cocu feignant l’indifférence. Entre accusations de complotisme et basculement sous influence russe, récit d’un naufrage géopolitique annoncé.

Lire la suite »
Tripoli, 2005. Le président du Congrès mondial amazigh (CMA), Belkacem Lounès, reçu par le colonel Mouammar Kadhafi. Selon le co-président actuel de l'organisation, Khaled Zerrari, ce voyage aurait jeté les bases d'un premier accord financier

ONG : Les secrets très libyens du Congrès mondial amazigh

Aucun commentaire

Comment une ONG établie en France, sous le régime très républicain de la loi 1901, s’est-elle dissoute dans les réseaux clandestins de Tripoli, entre enveloppes de cash et alertes anti-blanchiment de Tracfin ? Le Correspondant retrace la mécanique d’une lune de miel secrète entre les dirigeants du CMA et la dictature de Kadhafi. Un naufrage associatif où l’idéal militant aurait fini par servir de monnaie d’échange

Lire la suite »

VAR : trop net pour être clair

Aucun commentaire

Elle devait mettre fin aux erreurs d’arbitrage. Elle a surtout appris au football à les documenter proprement, à les ralentir, à les disséquer image par image — sans jamais vraiment les corriger. L’épisode Algérie–Argentine du Mondial 2026 en donne une nouvelle illustration : un match validé par écran interposé, contesté par ceux qui restent au bord du cadre.

Lire la suite »