Ils ont tous leur sensibilité, leurs projets, leurs envies : les candidats aux municipales. Mais lui est souvent présenté comme le cheval perdant. Peu connu du grand public, jamais vraiment aux commandes, rien ne semblait prédestiner François Gibaud à une carrière politique. Bref, pas vraiment le CV classique du futur maire.
Et pourtant, ce lundi à 19 heures, à la salle Saint-Exupéry de Draguignan, il tiendra son premier meeting de campagne. À vrai dire, son premier meeting tout court.
Ancien basketteur reconverti en adjoint à l’économie, il a claqué la porte de la mairie de Draguignan, il y a un mois, avec une idée qui, dans les couloirs de l’hôtel de ville, a fait sourire : défier deux vieux briscards de la politique locale, le maire sortant, Richard Strambio, et le député RN, Philippe Schreck.
Au premier, il reproche une gouvernance un peu trop verticale — « jupitérienne », dit-il. Au second, une absence totale de projet. Sur le premier point, chacun jugera. Sur le second, l’intéressé a parfois donné un coup de main à la critique.
Schreck promet souvent ce qui ne peut pas être fait… et propose parfois ce qui ne sert pas à grand-chose. Sa première idée, s’il arrivait aux commandes ? Déposer une gerbe de fleurs sur les stèles de la ville. Touchant pour les morts, là où les vivants espèrent qu’on s’occupe de leur frigo.
C’est précisément ce type d’écart que Gibaud pointe. Pas en sortant le bazooka. Sa méthode est plus tranquille : montrer ce qui ne fonctionne pas et expliquer, presque calmement, qu’on pourrait faire autrement.
Sur la sécurité — sujet préféré de presque tous les candidats, à l’exception du plus mesuré, Christophe Terras — il refuse de transformer Draguignan en caserne à ciel ouvert. Pas de recrutement massif de policiers municipaux, ni de discours alarmiste. Les chiffres, rappelle-t-il, ne montrent pas d’explosion de la délinquance. Mais il ne nie pas la réalité des bars et des ruelles où la drogue circule trop facilement.
Son idée : une brigade canine. Dissuasive et persuasive à la fois. Parfois, un chien suffit là où les discours s’épuisent.
Autre chantier : l’emploi. Faire baisser le chômage, mais sans arroser la ville de subventions. Sa recette est plus classique : attirer des entreprises avec une exonération temporaire de taxe foncière, à condition qu’elles embauchent localement.
Et puis Gibaud a une particularité qui détonne dans cette campagne : il parle « peuple ». Il vit « peuple ». Et il dit réfléchir pour « le peuple ».
Là où il n’a pas encore potassé ses dossiers, il s’adapte. Les horaires des bus ? Il les changera pour que chacun s’y retrouve. Les routes ? Il les remettra en route. L’argent ? Il sait où le trouver. Certains y verront une naïveté touchante, mais l’homme est pragmatique.
Car, dans le même échange, l’ancien basketteur peut aussi dérouler ses tableaux comme un instituteur devant son CM2 : chiffres bruts, chiffres nets, effectifs, ratios, projections. Les colonnes s’alignent, les pourcentages défilent. On n’y comprend pas toujours grand-chose, mais on sent très nettement que lui, en revanche, a compris.
Dans un paysage politique local souvent coincé entre slogans trop grands et promesses trop petites, ce mélange hybride — instinct populaire d’un côté, tableaux et chiffres bien préparés de l’autre — ressemble presque à une petite bouffée d’air.
Ce soir, à 19 heures, salle Saint-Exupéry. Conseil aux curieux : prenez vos calculettes et venez à jeun. Au programme : une belle assiette de chiffres, une louche de mots… et, pour aider à digérer, quelques verres de vin.






