Le Correspondant

Entretien avec François Gibaud : « On s’occupera de tout ce qui se trouve sur le chemin de la sécurité »

François Gibaud, candidat aux élections municipales à Draguignan, dans le Var

Il a répondu à nos questions sans détour : François Gibaud se présente comme l’outsider de cette campagne dracénoise. Porteur d’un discours sécuritaire à tous les étages – caméras braquées jour et nuit, brigade canine chasse-drogue… – il saupoudre le tout de quelques miettes sociales : subventions aux associations, aides pour les plus fragiles. On le croirait tour à tour à gauche (soutien social), à droite (gestion rigoureuse), et parfois même un cran plus à droite de la droite (caméras partout). Certains y voient de l’opportunisme, d’autres un engagement sincère : une rupture avec le système Strambio, un refus du régime Schreck. Qu’en est-il vraiment ? Entretien.

 

 

Le Correspondant : Commençons par le sujet qui s’impose dans cette campagne. Draguignan est-elle une ville sûre ou y a-t-il vraiment de l’insécurité ?

 

 

François Gibaud : Draguignan, ce n’est pas juste deux rues, une place, un plein de marchés, un boulevard et deux rues piétonnes. Il y a des quartiers. L’insécurité est aussi peut-être dans les endroits qu’on n’attendait pas. De toute façon, on voit bien qu’au niveau du pays entier, il y a des insécurités, même dans les villages maintenant, puisqu’il y a des meurtres et d’autres choses qui se passent. Donc oui, il faut écouter les gens qui disent qu’ils ont un problème de sécurité et qu’ils se sentent en insécurité à partir d’une certaine heure, et selon le sexe – les femmes beaucoup plus que les autres.

 

 


 

« L’insécurité, ça touche les familles et pas que la police »

 


 

 

Le Correspondant : Vous parlez, pour le coup, plus d’un sentiment d’insécurité que d’insécurité réelle…

 

 

François Gibaud : De toute façon, quand il y a un sentiment d’insécurité, c’est basé sur quelque chose. Ce n’est pas une idée, ce n’est pas de la météo. L’insécurité existe vraiment et peut être ressentie parce qu’il y a des événements. C’est souvent basé sur quelque chose de précis. Pour moi, la sécurité ou l’insécurité ne touche pas que la police, pas que la drogue : ça peut toucher des familles, les drames familiaux, les violences faites aux femmes, etc. C’est un éventail énorme. Et c’est sur l’ensemble de cet éventail qu’on doit agir et être plus performants, avec plus de moyens ou une meilleure façon de travailler. C’est normal de faire en sorte que les gens soient en sécurité dans la vie.

 

 

Le Correspondant : Dans ce cas, que proposez-vous pour y remédier ?

 

 

François Gibaud : Première démarche : renforcer les caméras de vidéosurveillance et augmenter le nombre de personnes qui les vérifient. L’autre chose : rétablir l’éclairage de nuit. La  troisième chose – la police municipale, certainement : elle fonctionne avec des patrouilles aujourd’hui de trois personnes. Avec six policiers municipaux, ils font deux patrouilles. Moi, je pense qu’il faut revenir à deux : avec six personnes, on fait trois patrouilles. Il faut les faire venir le plus possible, le plus souvent en ville. On les voit dans les endroits sensibles et aux heures sensibles. La dernière chose : une chose de plus à apporter pour avoir un peu plus de sécurité : créer une brigade nouvelle, une brigade canine.

 

 

Le Correspondant : Quelle sera la mission de cette brigade canine ?

 

 

François Gibaud : Je sais qu’il y a des trafics en centre-ville. Des chiens dressés pour renifler ce genre de produits stupéfiants aideront à freiner tous les trafics qu’il y a sur la ville.

 

 

Le Correspondant : Tout ce qui est gros délit relève du travail de la police nationale, et pas de la municipales. Mais dites-vous quand même aux Dracénois : « Moi, je vais prendre la décision de m’attaquer au trafic de drogue », en m’attaquant à certains commerçants, à certains bars où il y a des bagarres, parfois du sang, souvent de la drogue.

 

 

François Gibaud : Tout ce qui se trouve sur le chemin pour rétablir la sécurité, il va falloir s’en occuper. La cible, c’est l’insécurité, la faire baisser. Rendre les gens plus tranquilles. Apaisés. J’ai connu Draguignan, ce n’était pas du tout comme ça. On ne se sentait pas en insécurité du tout. Et à l’époque, il y avait plus de monde dans la rue, parce qu’il y avait le service militaire obligatoire et beaucoup de jeunes. Mais il n’y avait pas d’insécurité comme aujourd’hui. Oui, il faut la combattre. Et si ça passe par certains établissements ou certaines personnes, ça fera partie de la lutte contre l’insécurité.

 

 

Le Correspondant : Vous évoquez le renforcement des caméras de vidéosurveillance ? Ça marche vraiment, ça ?

 

 

François Gibaud : Mais vous savez quoi ? Si la vidéo ne marche pas, ce n’est peut-être pas plus mal : ça veut dire que peut-être la vidéo empêche qu’il y ait des choses qui se passent, puisque l’on est visible. Et puis ça peut être utilisé par un tribunal, récupéré par le procureur et lancer des procédures derrière. Donc peut-être qu’on juge l’inefficacité, mais imaginons ce qui se passerait s’il n’y avait pas les caméras. C’est ça qu’il faut se dire, et pas se dire : il y a les caméras mais comme il ne se passe rien, ça veut dire que ça ne sert à rien. Non, elles sont là, donc l’impact a été positif, il y a une baisse de l’insécurité.

 

 

Le Correspondant : À ce jour, on n’a absolument aucune étude faite en France pour prouver leur efficacité, ou l’inverse….

 

 

François Gibaud : Sur le principe, il n’y a pas d’innovation, on pense que les caméras sont utiles. Et à tel point qu’on veut les augmenter. La différence, c’est qu’on veut augmenter le nombre de caméras. On veut aussi sécuriser les parkings, parce qu’on voit les commerçants, on fait le tour des rues, et on a plusieurs exemples de personnes agressées dans les parkings, voitures brûlées. Donc on veut vraiment sécuriser les parkings.

 

 

Le Correspondant : Donc on augmente – comme beaucoup de villes de droite – même si aucune études officielle ne confirme l’efficacité des vidéos-surveillance.  D’autres mesures ?

 

 

François Gibaud : Aussi les nuisances sonores, on ne s’en occupe pas, et nous, on voudrait que ça soit un peu sous contrôle.

 

 

Le Correspondant : Vous allez faire comment ?

 

 

François Gibaud : On a des outils pour mesurer les décibels sur tout ce qui nuit à la qualité de vie des gens.

 

 

Le Correspondant : Concrètement, c’est quoi ? Une voiture qui passe, un policier en embuscade au coin d’une rue du centre-ville ?

 

 

François Gibaud : Oui, une espèce de canon avec un fusil : vous visez une moto ou quelqu’un qui fait du bruit, vous regardez les décibels. Et à ce moment-là, vous pouvez verbaliser. C’est de la civilité, comme pour les déjections canines où il n’y a quasiment pas de verbalisation. Je sais que c’est compliqué parce qu’il faut être présent au moment où le chien est là et que le maître ne le ramasse pas. Mais on fera ce qu’il faut.

 

 


 

« Une ville bien gérée, ça se voit dans la rue »

 


 

 

Le Correspondant : Je vous avoue que je ne comprends pas. D’un côté, vous dites qu’on n’a pas les moyens de recruter plus de policiers, mais qu’il y a pas d’insécurité ; de l’autre, vous voulez recruter des « flics de son ». Reste-t-il une place à la prévention dans votre programme ?

 

François Gibaud : Oui. Il faut aussi de la présence humaine et de la prévention. Vous savez, le social, c’est dans notre programme. On veut soutenir sous forme de subventions. On veut soutenir des associations qui, concrètement, apportent quelque chose sur le terrain, parce que c’est très dur comme mission. Et c’est quelque chose qu’on veut continuer à soutenir, voire à renforcer, quelque chose qui permet d’avoir des résultats. Mais la prévention seule ne suffit pas. Parce qu’on ne peut pas remplacer les familles qui ne remplissent pas leur rôle – c’est compliqué, on ne peut pas faire d’ingérence. On peut espérer que les gens soient attentifs à leurs enfants. Mais s’ils dépassent les limites, il va falloir protéger ceux qui ont besoin d’attention.

 

 

Le Correspondant : Votre bras droit et colistier, Monsieur Alain Vigier, était l’homme « sécurité de la mairie ». Adjoint au maire depuis 2014, c’est lui qui s’occupait de tout ce qui est en lien avec la sécurité dans la ville. Mais vous vous plaignez aujourd’hui de l’ancienne municipalité et du manque de sécurité … Là encore, on a du mal à comprendre.

 

 

François Gibaud : Pendant les mandats, nous n’avons pas eu les coudées franches pour agir. On a tenu tant bien que mal et, aujourd’hui, on veut être plus performant en sécurité par notre travail, avec ma propre équipe. C’est à nous aujourd’hui de réagir immédiatement. On ne va pas dire qu’on va faire une sécurité à 100 %. Ça serait de la bêtise. Ça n’existe pas, ça n’existera jamais. Il faut s’améliorer, savoir prendre les problèmes, leur donner leur importance et les traiter en priorité. C’est ça qu’il faut faire.

 

 

Le Correspondant : Mieux vaut tard que jamais… Passons au sujet suivant : le problème du PTE à Draguignan, le fameux PTE, qui s’est arrêté avant même d’avoir commencé. La ville doit payer des indemnités – plusieurs millions d’euros. Vous étiez vous-même adjoint à l’économie. Avec le recul, considérez-vous que c’était finalement un mauvais projet ?

 

 

François Gibaud : Pas forcément. L’idée était de centraliser le traitement des déchets, ce qui augmentait mécaniquement les volumes et donc l’activité de l’entreprise. Dans le montage prévu, la structure devait être une société commerciale proche d’une société privée, mais les collectivités y détenaient des actions, avec une minorité de blocage. Cela nous permettait de garder un droit de regard sur la gestion.

 

 

L’objectif n’était pas de faire du profit, mais de pouvoir financer les investissements et rembourser les emprunts, car ce type d’infrastructure coûte très cher. En passant par une structure de ce type, on cherchait aussi à éviter une nouvelle hausse de la taxe sur les ordures ménagères, qui avait déjà augmenté. D’autant que l’État applique une taxe sur les déchets qui augmente chaque année avec le tonnage.

 

 

Dans ce contexte, cela me paraissait être un moyen de contenir, au moins pour quelques années, le risque d’augmentation de la fiscalité locale. Économiquement, l’idée me semblait donc viable.

 

 

Le Correspondant : Depuis l’arrêt du chantier, Draguignan se retrouve avec un problème de gestion des déchets. Quel constat en faites-vous ?

 

 

François Gibaud : Sur les déchets, il n’y a pas trente-six solutions. D’abord il y a la collecte, puis la question essentielle : qu’en fait-on ? Le tri est donc fondamental. La taxe de l’État dont je parlais s’applique aux ordures ménagères non triées. Tout ce qui est recyclé n’y est pas soumis. Donc plus on améliore le tri, moins le volume d’ordures ménagères taxées est important, et plus la facture diminue. Il faut donc continuer à développer le tri : les points d’apport volontaire, les bacs de couleurs, tout le dispositif existant. Mais malgré cela, il restera toujours des déchets à traiter. À mon sens, il faut un centre capable de les prendre en charge, dans une structure spécialisée, avec une gouvernance qui permette aux collectivités de garder un droit de regard — par exemple au conseil d’administration avec une minorité de blocage. Le principe me paraît sain.

 

 

Le Correspondant : Mais avez-vous un projet concret pour régler le problème ?

 

 

François Gibaud : Nous avons l’intention de relancer les études sur ce sujet afin d’apporter une réponse durable. L’idée serait de s’orienter vers un centre dédié au traitement des déchets. Aujourd’hui, l’un des coûts majeurs reste le transport : envoyer les déchets jusqu’à Pierrefeu revient extrêmement cher. Il faut mettre fin à cette hémorragie financière. L’objectif serait donc de limiter ces coûts en s’appuyant sur une structure spécialisée, éventuellement privée, qui porterait une partie du risque.

 

La collectivité pourrait, par exemple, mettre à disposition le terrain et choisir stratégiquement un emplacement qui limite les nuisances. Cela permettrait d’équilibrer les comptes sans augmenter la taxe sur les ordures ménagères. Par ailleurs, l’énergie produite pourrait être valorisée, notamment via un réseau de chaleur, ce qui contribuerait aussi à réduire les coûts.

 

 

Le Correspondant : Si je comprends bien, vous considérez qu’il faut régler ce problème, mais le projet n’est pas encore totalement arrêté et vous prendrez la décision plus tard… Vous savez, au moins, quelle erreur ne (re)feriez-vous pas ?

 

 

François Gibaud : L’emplacement, il faut le choisir stratégiquement, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas d’impact sur les habitants autour. Ça, c’est très important. Ensuite, choisir le bon interlocuteur qui va prendre ce flambeau et s’installer, parce qu’on fait confiance qu’on va donner tout un tas de déchets. Il faut que ce soit des professionnels, vraiment aguerris. Et ça, c’est très facile à les cibler. Et donc, amener une sécurité sur à la fois la stabilité de la taxe sur les ordures ménagères et le traitement des déchets qui soit éloigné au possible des habitations et pérenne dans le temps.

 

 

Le Correspondant : Une question qui revient souvent sur Internet : allez-vous remettre en place les éboueurs, comme cela existait auparavant ? Certains habitants disent qu’aujourd’hui ils doivent prendre leur voiture pour aller aux points d’apport volontaire, ce qu’ils trouvent peu écologique et assez contraignant.

 

 

François Gibaud : Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est apporter une solution pour les personnes âgées ou handicapées. C’est une remarque que j’entends régulièrement. Les points d’apport volontaire, avec les grands conteneurs, ne sont pas toujours faciles d’accès pour tout le monde. Il faudrait donc réfléchir à un service spécifique, par exemple un système de ramassage à domicile pour ces publics. On pourrait imaginer un dispositif avec des jeunes ou un service municipal dédié pour aller récupérer les déchets directement chez les personnes qui ne peuvent pas se déplacer.

 

 

Le Correspondant : Venons-en aux transports. Comment comptez-vous les améliorer ? Va-t-on privilégier la voiture, le vélo, ou autre chose ?

 

 

François Gibaud : Il faut d’abord rappeler que la compétence transport relève de l’agglomération, notamment pour l’interurbain. Cela dit, il y a clairement des améliorations à apporter, en particulier sur les horaires et les plages de circulation. Plusieurs habitants m’ont signalé des problèmes très concrets : des trains qui arrivent à la gare des Arcs alors que le bus est déjà parti, ou bien des personnes qui finissent leur travail à 19 heures alors que le dernier bus est passé à 18 h 30.

 

 

Il faut donc revoir l’organisation des horaires pour qu’ils correspondent mieux aux besoins réels des usagers. C’est essentiel. Par ailleurs, Draguignan doit rester accessible, notamment grâce à une liaison efficace avec la gare des Arcs. Si l’on constate que certaines plages horaires ne sont pas couvertes, il faudra peut-être augmenter le nombre de bus, mais seulement si cela s’avère nécessaire.

 

 

Ensuite, à l’intérieur de la ville, il y a aussi la question des mobilités douces. Il manque clairement des pistes cyclables, et c’est un point sur lequel il faudra progresser.

 

 


 

 » Il faut regarder les besoins réels des habitants « 

 


 

 

Le Correspondant : Quand vous parlez d’augmenter éventuellement le nombre de bus, avez-vous déjà une idée du budget ou du nombre de véhicules nécessaires ?

 

 

François Gibaud : Quand on va revoir l’organisation, on ne partira pas du nombre de bus existants. Il faut d’abord regarder les besoins réels des habitants : à quelles heures ils doivent se déplacer, notamment le matin et le soir pour aller travailler. Les bus doivent être présents à ces moments-là. L’objectif est que Draguignan reste une ville où l’on peut habiter tout en se déplaçant facilement pour travailler.

 

 

Pour l’interurbain, c’est l’agglomération qui est compétente. Dans la ville, il faudra aussi regarder la question du stationnement. Une étude avait conclu que l’offre était suffisante, mais beaucoup d’habitants disent encore avoir des difficultés à se garer. Il faudra donc réévaluer les besoins et améliorer la signalétique de certains parkings peu utilisés. Le système des abonnements doit aussi être revu, car certains paient sans être sûrs d’avoir une place.

 

 

Le Correspondant : D’accord. Et concernant les mobilités douces : est-ce que vous souhaitez encourager le vélo, par exemple en développant davantage de pistes cyclables à Draguignan ? Et où ?

 

 

François Gibaud : L’impact carbone de la voiture est aujourd’hui bien démontré, donc il est évident que cela doit être pris en compte. Ensuite, il y a effectivement des endroits où l’on pourrait développer des pistes cyclables. Mais cela suppose de repenser l’aménagement de certaines rues.

 

 

Prenons l’exemple du boulevard Carnot : aujourd’hui, on y trouve la chaussée, des places de stationnement et les trottoirs. Si l’on veut créer une piste cyclable, il faudra forcément réorganiser cet espace. Cela peut passer par une nouvelle disposition des places de stationnement ou par un aménagement plus optimisé.

 

 

L’idée est de faire les choses de manière précise et réfléchie, afin de dégager des pistes cyclables qui permettent notamment de relier les quartiers périphériques au centre-ville.

 

 

Le Correspondant : Donc vous dites que vous êtes pour la mobilité douce, pour la défense de l’écologie, mais on ne touche pas à la voiture… Peut-on concilier les deux ?

 

 

François Gibaud : Le transport, c’est un ensemble : circulation, parkings, bus, vélo… et bien sûr l’impact écologique. La voiture reste indispensable pour certains déplacements, mais il faut adapter la circulation et les modes de transport pour tenir compte de l’écologie et de l’impact climatique. Ce n’est pas un chantier qui se fait en un jour. Regardez Paris : la transformation de la ville a pris du temps, a provoqué des mécontentements, mais le résultat a changé profondément la mobilité.

 

 

À Draguignan, on pourrait s’inspirer de cette logique, sans forcément aller aussi loin. Pour l’instant, il faudra améliorer la circulation, les places de parking et les transports en commun, en tenant compte des besoins globaux de toutes les communes de l’agglomération. Cela passera probablement par des études, des bilans et des audits. Ensuite, selon les résultats, on pourra revoir le plan de circulation, identifier où créer des pistes cyclables et voir si certaines places de stationnement peuvent être réduites de façon adaptée.

 

 


 

« Aujourd’hui, on dépense pour des projets culturels que personne ne fréquente »

 


 

 

Le Correspondant : Dans le cadre de cette logique, on l’imagine, vous allez refaire la voirie – une promesse de votre campagne de 2020, avec le maire sortant…

 

 

François Gibaud : Oui, les routes, les trottoirs, toute la voirie doivent être pris en compte. Les habitants paient une taxe, et lorsqu’ils sortent de chez eux, ils se retrouvent parfois avec des trottoirs ou des chaussées en mauvais état. C’est injuste. L’argent des contribuables doit servir en priorité à améliorer le quotidien, pas uniquement à financer des projets culturels ou autres lieux qu’ils ne fréquentent pas forcément.

 

 

Pour moi, une ville bien gérée se voit dans la rue : des rues sécurisées et propres, des parkings suffisants, des voiries en bon état… c’est déjà plus de la moitié du travail accompli pour assurer une bonne gestion.

 

 

Le Correspondant : Vous dites « des lieux culturels où les gens ne vont pas ». Estimez-vous que la culture est secondaire ? Comme le théâtre, le musée…

 

 

François Gibaud : Le musée a été réalisé pendant le deuxième mandat et a absorbé un budget phénoménal. Résultat : de nombreux équipements sont en panne, et ce n’est pas seulement la voirie ou les trottoirs qui accusent du retard, mais aussi les installations sportives et d’autres infrastructures. Il faut donc remettre tout cela à niveau. Il y a plusieurs objectifs, et le premier est économique. Avec le taux de chômage et la pauvreté, il est indispensable de créer des zones attractives pour les entreprises, générer de l’emploi et, par ricochet, améliorer le pouvoir d’achat.

 

 

Le Correspondant :Allez‑vous donc sacrifier le musée, comme le RN s’attaque au reste des lieux  culturels de la ville  ?

 

 

François Gibaud : Nous allons conserver le musée : il ne sera pas transformé en logements ou en commerces. Draguignan s’est doté de musées, et c’est très bien, mais on peut les gérer différemment. Par exemple, on peut y impliquer les jeunes pour favoriser l’ouverture d’esprit. Revoir la programmation. Cela reste le patrimoine de la ville. Aujourd’hui, il y a un sacrifice financier, et demain, il y en aura probablement un autre. Il ne s’agit donc pas de sacrifier la culture pour la sécurité : les deux sont essentiels. La sécurité est la première des libertés, mais la culture reste au cœur de notre identité, nous sommes le pays des Lumières.

 

 

Le Correspondant : On ne vous a beaucoup entendu parler de sécurité, mais on ne vous a pas encore entendu vous exprimer sur vos projets culturels lors de vos différentes interventions…

 

 

François Gibaud : Nous avons de nombreux projets. Aujourd’hui, la scène culturelle locale manque de diversité, notamment pour la musique. Prenez le rap : ce n’est pas seulement un genre musical, c’est une culture qui n’a souvent pas de véritable scène ici. Beaucoup de jeunes artistes doivent se déplacer ailleurs pour se produire.

 

Il en va de même pour les groupes locaux de rock ou d’autres styles qui n’ont pas toujours accès aux festivités. Je pense qu’il faut cibler ces talents locaux et leur offrir une vraie scène, avec des espaces de répétition et des occasions de se produire devant un public.

 

Mon rêve, personnellement, serait de créer un festival musical qui devienne reconnu, à l’image des Vieilles Charrues, qui ont commencé dans un petit village. L’idée, c’est de diversifier la culture et de donner une visibilité aux artistes locaux, tout en offrant au public des événements variés et accessibles.

 

Le Correspondant : Et pour clore, avant de vous laisser la parole libre sur votre projet phare, sans interruption : vous promettez beaucoup en ce moment – sécurité renforcée, économie boostée, voirie refaite… On croirait presque que vous chassez à gauche, à droite et, même, sur certains thèmes, à l’extrême droite. N’y a-t-il pas un risque que la moitié de ces engagements ne soient pas tenus, comme on l’a vu ailleurs ? Pourquoi vous faire confiance aujourd’hui, alors que vous avez passé deux mandats entiers aux côtés du maire sortant, en charge des finances, sans avoir imposé ces changements plus tôt ?

 

 

François Gibaud : Être passé par la mairie n’est pas éliminatoire. Ce n’est pas parce qu’on a été dans la majorité qu’on doit être assimilé à tout ce qui a été fait ou pas fait. Tout dépend de la délégation. Moi, j’avais les finances. Pour réaliser les projets, il faut de l’argent : emprunts, recettes, subventions. J’ai facilité des investissements sans augmenter la pression fiscale sur les Dracénois. J’ai tenu bon. Si je n’avais pas été là, il y aurait peut-être eu une explosion des impôts.

 

 

On est élu pour ses idées, mais aussi pour travailler en équipe. Mais si l’on est en contradiction profonde sur ses idées au sein de l’équipe, il n’y a pas d’autre choix que de se retirer ou de se taire. J’ai été loyal jusqu’au bout. Mais à la fin du mandat, j’ai dit : « Soit on vire la moitié de l’équipe, soit je me retire. » J’ai choisi de partir, tout en terminant ma délégation.

 

 


« Les exonérations ciblées ne volent pas les emplois ailleurs »

 


 

 

Le Correspondant : Pourquoi avoir attendu la fin du mandat pour le faire ? Quand on n’est pas d’accord, pas content, c’est plus honnête de partir, non ?

 

 

François Gibaud : Être élu, c’est avoir une responsabilité vis-à-vis des électeurs : finir le travail jusqu’au bout, même si l’on n’est pas d’accord sur tout.

 

 

Le Correspondant : Nous arrivons à la fin de cet entretien. Comme dit précédemment, nous donnons la parole à tous les candidats pour s’exprimer librement sur le projet qui leur tient le plus à cœur. Vous ne serez pas interrompu. À vous la parole…

 

 

François Gibaud : Mon idée est de faire venir des entreprises à Draguignan pour booster l’économie de la ville. L’économie tire la sécurité à la hausse, et la sécurité, à son tour, favorise un centre-ville animé et vivant. Un centre-ville à la fois animé et sécurisé est bénéfique pour tous.

 

 

Pour motiver ces entreprises, nous allons leur accorder des exonérations temporaires – ce que nous appelions autrefois les « zones franches », qui n’existent plus – car la commune peut, en partenariat avec l’agglomération, proposer des exonérations sur la taxe d’entreprise, la CFE ou la CVAE.

 

Des entreprises à forte valeur ajoutée travaillant pour la défense – l’armée étant présente à Draguignan – peuvent s’implanter ici. Elles embauchent, se développent et génèrent de l’activité. Ces entreprises ne faisaient pas partie du tissu local auparavant, donc leur arrivée ne nous retire pas de recettes existantes. Mais au bout de cinq ans, lorsqu’elles seront solidement implantées, nous récupérons les nouvelles taxes et les emplois générés. Cela permet de redynamiser le pouvoir d’achat et de relancer l’économie locale, tout en créant des opportunités pour les habitants.

 

Ces exonérations ciblées ne sont pas aléatoires : nous choisissons les entreprises et nous nous assurons qu’elles créent des emplois nouveaux, plutôt que de capter des emplois existants ailleurs. Cela génère de nouvelles embauches et une dynamique réelle pour la ville.

 

J’ai vu ce type de transformation ailleurs, y compris à l’étranger. Dans des petites villes côtières, des villages de pêcheurs ont attiré des entreprises particulières qui ont embauché localement. Cela a changé la géographie sociale de ces villes, introduit des cadres et modifié la population. Je ne prétends pas que cela va révolutionner Draguignan, mais c’est une réponse concrète à un problème réel : le chômage et la pauvreté pénalisent les commerçants, créent de l’insécurité et favorisent l’autarcie économique et l’économie souterraine dans certains quartiers. Il faut agir pour éviter que ces dynamiques ne s’installent durablement.

 

 

Le Correspondant : Merci beaucoup, M. Gibaud, pour ces explications détaillées et votre temps.

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