Le Correspondant

Gibaud : « Il a trahi tout le monde »

De nombreux colistiers de François Gibaud se retirent de la liste, apres le ralliement du candidat à la liste de Philippe Schreck, candidat RN aux municipales à Draguignan

Éliminé au premier tour avec 6,87 % des voix, François Gibaud a choisi de rebondir… dans les bras du député RN Philippe Schreck. Une fusion éclair qui déclenche aujourd’hui une violente tempête politique à Draguignan, jusque dans les rangs de ses propres colistiers.

 

À Draguignan, les alliances se font parfois à la vitesse d’un communiqué de presse. Et parfois aussi dans un fracas politique digne d’un épisode de série municipale. Dernier rebondissement : le ralliement express de François Gibaud, ancien adjoint aux finances de la mairie de Draguignan sous le mandat de Richard Strambio, à la liste du député RN Philippe Schreck.

 

Une décision qui a déclenché, en quelques heures, une onde de choc dans la capitale dracénoise. Pour le maire sortant, qui dirige la ville depuis 2014, l’affaire est simple : scandale, indignation… et trahison.

 

Le ralliement qui a fait trembler la campagne

L’information avait d’abord été révélée par Le Correspondant. Elle a ensuite été officialisée lors d’une conférence de presse commune : François Gibaud et Philippe Schreck, côte à côte, sourire de circonstance et poignée de main pour la photo souvenir.

 

Un virage politique brutal pour celui qui, quelques jours plus tôt, défendait encore sa propre liste, « Une économie forte pour une ville forte », présentée comme divers droite et indépendante.

 

Le verdict du premier tour, le 15 mars 2026, avait pourtant été sans appel :
6,87 % des suffrages. Élimination sèche.

 

Moins de vingt-quatre heures plus tard, changement de cap. Fusion avec la liste RN. Les deux hommes évoquent alors « de nombreux points d’accord » : sécurité, sport, voirie, économie locale. Une convergence politique qui, manifestement, n’avait pas été annoncée à tout le monde.

 

Les colistiers découvrent la nouvelle… dans la presse

Le véritable séisme n’est pas venu de l’opposition, mais de l’intérieur même de l’équipe Gibaud. Ce mardi matin, plusieurs anciens colistiers publient un communiqué incendiaire signé notamment par François Frédéric.

 

Le texte est d’une rare brutalité politique :

 

« La presse informe d’une fusion des listes de M. Gibaud et M. Schreck. En tant que colistier de M. Gibaud au premier tour, je me désolidarise de cette décision qui a été prise sans concertation aucune avec l’ensemble de l’équipe. Une fusion que nous avons appris par la presse et que nous sommes plusieurs à regretter. Nous sommes des Dracénois de tous horizons qui se sont fédérés pour soutenir ce projet cohérent et indépendant pour Draguignan. Il n’a jamais été question de fusionner avec l’une ou l’autre des autres listes. Je remercie tous les Dracénois à l’écoute et intéressés et les sympathiques colistiers très investis qui ont permis à ce projet que nous avons créé ensemble d’exister. »

 

En politique locale, les mots sont rarement aussi directs. Ici, ils claquent comme une porte.

 

Réunion de crise et ambiance électrique

Selon plusieurs participants, une réunion de crise s’est tenue en ville. L’atmosphère y aurait été, disons… peu conviviale.

 

« Nous n’avons jamais été informés de ses intentions. Nous avons appris cette fusion par la presse, notamment par Le Correspondant », raconte l’un des participants.

 

Un autre se montre encore plus catégorique : « Je n’ai jamais été proche du RN. Je les combats depuis toujours. Ce n’est certainement pas aujourd’hui que je vais renier mes convictions. »

 

Dans ces témoignages, une accusation revient sans cesse : la décision aurait été prise sans consulter l’équipe.

 

Gibaud assume, ses anciens alliés explosent

Face à la bronca, François Gibaud défend sa décision durant la réunion. À ses côtés, son bras droit Alain Vigier — ancien conseiller sous Strambio, passé par Debout la France et considéré comme proche du RN.

 

Selon les colistiers, l’argument de Gibaud tient en une phrase : « Richard Strambio ne m’a rien proposé. » Mais pour plusieurs de ses anciens colistiers, l’explication ne convainc guère.

 

« Nous sommes tombés des nues », confie l’un d’eux. « Plusieurs de nos propositions disparaissent complètement : la culture, les aides pour les jeunes, le BAFA… Non seulement nous ne rendons pas service aux Dracénois, mais nous nous retrouvons en plus à rejoindre la liste de Philippe Schreck. »

 


 

Dans cet enregistrement, l’ancien adjoint et candidat divers droite s’en prend frontalement au projet municipal du député RN, qu’il juge « irréaliste » et « déconnecté des finances locales ». Sécurité, dépenses, promesses de campagne : Gibaud passe au crible les propositions de Schreck… et ne ménage pas ses critiques. Ecoutez ici.

 


 

Certains disent même ressentir un malaise personnel :

« Nous avons mobilisé nos familles, nos proches, nous nous sommes engagés dans cette campagne. À plusieurs reprises, des électeurs nous disaient qu’ils ne voteraient jamais pour quelqu’un capable de trahir. Nous le défendions pourtant, parce qu’il nous avait assuré qu’il n’irait jamais s’allier avec ceux qui prônent la haine. »

 

Le mot revient encore : trahison.

 

Le calcul politique… et le verdict des urnes

Pour François Gibaud, l’équation est limpide : exister au second tour.

Pour ses anciens partenaires, l’affaire ressemble plutôt à un projet indépendant sacrifié sur l’autel d’une ambition personnelle. Certains vont même plus loin : selon eux, ce rapprochement aurait été préparé bien en amont avec Philippe Schreck.

 

« Avec le recul, il y avait des signaux que nous n’avons pas su voir », explique l’un d’eux. « Cela se percevait dans certaines fréquentations, mais aussi dans l’orientation de certains projets. Il ne voulait pas entendre parler de culture, encore moins de social. Nous avons dû mener de véritables discussions pour rééquilibrer le programme et parvenir à un projet qui prenne en compte l’ensemble des Dracénois. »

 

Dans cette campagne déjà électrique, le ralliement pourrait redistribuer les cartes. Ou au contraire fracturer davantage un électorat déjà très fragmenté.

 

Réponse dans les urnes, le 22 mars 2026.

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