Par les temps qui courent, le sport algérien ne marche plus : il court à sa perte. Mais rassurez-vous, il le fait avec méthode, sous la haute bienveillance de Walid Sadi. L’homme est un magicien de la bureaucratie, à la fois président de la Fédération algérienne de football et ministre des Sports. Un cumul des mandats qui lui permet au moins d’avoir deux fois plus de bureaux pour classer les dossiers des désastres nationaux.
Dernier exploit en date : l’envoi illico des Fennecs dans les cages au Mondial 2026. Face à la Suisse, l’Algérie a brillé par une possession de balle d’un calme olympien, une défense en carton-pâte et un score final de deux buts à zéro pour la Nati. Rideau. Riyad Mahrez raccroche ses crampons, et le peuple, lui, raccroche ses derniers espoirs en se posant la question qui fâche : c’est ça, le fameux renouveau ?
Au rayon football, la recette du chef Sadi reste immuable. On change les hommes, mais on garde la même soupe froide. L’ère Belmadi a été liquidée dans un fracas juridique digne des plus belles scènes de ménage, entre accusations de trahison, indemnités contestées et bras de fer contractuel. Le champion d’Afrique 2019 a été prié d’aller voir ailleurs si le gaz y était moins cher.
Du tableau de bordel au banc des accusés
Pour remplacer le banni en février 2024, Sadi est allé chercher Vladimir Petkovic, un Suisse né à Sarajevo dont le CV, s’il est honorable, n’a jamais fait se relever la nuit les amoureux du beau jeu. Jugez plutôt du palmarès brut de ce technicien pragmatique : sept ans à la tête de la sélection suisse pour échouer sagement en huitièmes de finale à l’Euro 2016 et au Mondial 2018 ; un passage très moyen aux Girondins de Bordeaux conclu par un licenciement en bonne et due forme après une série de fiascos ; et quelques piges tout aussi discrètes en Turquie.
Pour trouver trace d’un trophée, il faut remonter à une Coupe d’Italie glanée avec la Lazio de Rome. Bref, l’homme est un bon gestionnaire de crise, fiable mais sans génie, qui n’a jamais déclenché la moindre révolution tactique légendaire. En choisissant ce profil, Sadi a clairement misé sur la sécurité douillette. Résultat : une qualification sans éclat pour le Mondial et une sortie de route immédiate en seizièmes. C’est stable, certes, mais désespérément plat.
Pendant ce temps, les coulisses de la fédération ressemblent de plus en plus à un couloir de prison. Les anciens présidents comme Zetchi, Amara ou Zefizef se croisent désormais sous mandat de dépôt. Au programme : enquêtes pour détournements de fonds publics, contrats suspects et primes évaporées. Sadi avait promis de passer le karcher ? Pour l’instant, le climat reste copieusement pourri, et les audits spectacles servent surtout de paravent aux éliminations précoces.
Si sur la pelouse ça patauge, sur le ring, ça tangue. Imane Khelif, devenue l’icône officielle des affiches ministérielles, traîne ses polémiques et une usure visible à l’œil nu. Heureusement, la relève survit, mais en mode système D. Pour ramener une ceinture WBO, la boxeuse Ichrak Chaïb a dû compter sur les poings de son entraîneur, Nasser Yefsah, plutôt que sur les ronds de la Fédération. Pas de soutien à temps, galères administratives en pagaille. En clair : quand un athlète gagne en silence sans un dinar de l’État, le ministère récupère le selfie. Quand il perd, c’est de sa faute.
La calculette magique du Ministère
Le chef-d’œuvre de la gestion Sadi reste sans conteste le grand mystère de la multiplication ou plutôt de la division des primes. La présidence annonce en grande pompe l’octroi de vingt millions de dinars pour encourager les troupes. Une fois passée à la moulinette des méandres administratifs et des poches intermédiaires, la montagne accouche d’une souris verte. Selon les révélations de l’émission Fazouine Sport, les athlètes touchent sur le terrain la modique somme de cent quatre-vingts mille dinars en liquide. Le reste a tout simplement disparu dans le triangle des Bermudes de la bureaucratie algéroise.
Le bilan Sadi en somme ? Une communication étincelante sur les réseaux sociaux, des purges spectaculaires pour amuser la galerie, et un encéphalogramme plat sur le terrain. Sadi répète à l’envi qu’il a hérité d’un « bordel ». C’est possible. Mais il a visiblement décidé d’y ajouter ses propres cloisons.
Allez l’Algérie… mais vivement qu’on passe du grand cirque à la saine gestion. Sinon, les cages risquent de rester fermées à double tour.






