Djaffer Il s’en est fallu de peu, de très peu. La pétition « Argentina Out », lancée pour réclamer l’exclusion à vie de la sélection albiceleste, s’est finalement refermée sur le score astronomique de 23.316.108 signatures issues de 170 pays. Un raz-de-marée numérique qui a échoué à quelques encablures du record absolu détenu depuis 1997 par « Jubilee 2000 » et ses 24 millions de citoyens réclamant l’annulation de la dette des pays pauvres.
Le texte, d’une vitriolante clarté, résumait le sentiment général : pourquoi le reste du monde devrait-il disputer la compétition alors que le vainqueur est déjà connu ? Restée lettre morte sur le rectangle vert, l’Argentine ayant bien joué sa finale à New York, la fronde s’est achevée sur une pointe d’amertume savoureuse : la FIFA nous a ignorés, mais l’Espagne a tenu ses promesses, merci à l’Espagne.
De New York à Kansas City : l’art de faire tousser les arbitres
Car sur le terrain, le Mondial 2026 aura ressemblé à un vaste film de gangsters où l’Albiceleste jouait les premiers rôles avec la bénédiction de la maison. Dimanche 19 juillet, en prolongation, l’Espagnol Neco Williams voyait son but décisif être injustement refusé pour une prétendue faute de Leandro Paredes, après une énième approximation de l’arbitrage.Nicolas Delesalle
Un épilogue sous haute tension qui venait parachever un tournoi cousu de fil blanc, jalonné par les semelles d’une violence rare de Lionel Messi sur le mollet d’Aïssa Mandi lors du match d’ouverture contre l’Algérie, récompensées par un simple coup franc, ou encore par les interventions successives d’Alexis Mac Allister oubliées par les hommes en noir. On citera aussi cette fameuse pirouette réglementaire face à la Suisse, transformant un jaune suisse en jaune pour simulation après intervention de la VAR, provoquant l’ire générale et l’accusation d’un tournoi truqué hurlée depuis Le Caire.
Et comme un bonheur ne vient jamais seul, l’enquête ouverte par le FBI en pleine compétition pour blanchiment d’argent et fraude bancaire visant les comptes de la Fédération argentine est venue parfaire le tableau. Une belle brochette de casseroles, même si Buenos Aires crie haut et fort son innocence derrière le bouclier de la présomption d’innocence.
Le vrai pyromane est à Zurich
Pourtant, focaliser toute la haine du globe sur les crampons de Messi et les magouilles de Buenos Aires relève de l’aveuglement volontaire. Si ce Mondial 2026 s’est transformé en foire d’empoigne, le principal responsable a un nom : Gianni Infantino.
Le grand manitou de la FIFA a eu droit à un bain de foule pour le moins revigorant lors de la demi-finale France-Espagne, copieusement hué par 70.000 spectateurs dès l’apparition de son visage sur les écrans géants d’Arlington. Entre sa proximité affichée avec Donald Trump, couronnée par un ubuesque Prix de la Paix de la FIFA remis en décembre dernier alors que l’armée américaine pilonnait l’Iran, et les soupçons d’ingérence géopolitique sur le tournoi, l’institution a définitivement piétiné ses propres statuts de neutralité.
Pendant que l’arbitrage flotte dans un flou artistique permanent et que les prix de la billetterie achèvent d’écœurer les supporters populaires, la multinationale FIFA se frotte les mains avec 9 milliards de dollars de revenus engendrés par cette formule élargie à 48 équipes, soit près de deux milliards de plus qu’au Qatar.
Vingt-trois millions de citoyens furieux voulaient expulser l’Argentine de la carte du football. En visant l’Albiceleste, ils ont sans doute oublié de regarder à qui profitait vraiment le crime.




