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Fayard, mon combat

“Mein Kampf”, retapé et lifté. C’est la dernière trouvaille des éditions Fayard, qui publie une nouvelle version du livre d’Adolf Hitler, à grand renfort de plus de 3500 notes, censées “montrer sa toxicité” antisémite. A ce propos, la prose du Führer, version Fayard, ne s’appelle plus “ Mein Kampf ”, mais “Historiciser le mal”. Il a fallu lui trouver un nom plus moderne, pour éviter de tomber dans des clichés sensationnels. Mais surtout …  pour rester dans la visée du marketing littéraire, frappé cette fois d’une mission quasi divine : faire d’un bréviaire de la haine un plaidoyer pour la tolérance.

 

Pour le moment, la martingale passe mal. Moins d’un mois après sa sortie, le nouveau Mein Kampf a déclenché une croisade contre Fayard. En tête de gondole, le geignard de Jean Luc Mélenchon, toujours prompt à céder à ses hormones d’insoumis. Contre Fayard et son livre, il en a fait son nouveau combat : “ Mein Kampf est l’acte de condamnation à mort de 6 millions de personnes dans les camps nazis et de 50 millions de morts au total dans la deuxième Guerre Mondiale. Il est la négation même de l’idée d’humanité universelle. Non, pas de Mein Kampf…  ».

 

Pour lui casser sa margoulette, la directrice de Fayard, Sophie de Closet, a dépêché ses meilleurs guerriers sur France Culture, là où seuls ceux qui ont sautés des classes sont capables de s’expliquer. A l’avant-garde, Olivier Mannoni, le traducteur du livre. Pour les analphabètes, sachez qu’il n’est pas tombé du dernier campus de France. Il était la plume française de Freud, à l’origine de la traduction de « l’interprétation des rêves ».

 

Sur France Culture, il est chargé de tirer les choses au clair et de mettre fin au « cauchemar ». Voici un échantillon de son explication : « la recherche scientifique doit primer sur l’obscurantisme, elle doit l’emporter sur les passions les plus troubles, dont on ne peut jamais assurer qu’elles sont derrière nous ». C’est clair ? Peut-être pas. Puisque que Sophie de Closet s’est sentie obligée, le 19 avril, de convoquer une conférence de presse, dans les locaux du CNRS.

 

Cette fois, c’est par la voix et la caution du prestigieux Denis Preschanski, du haut de son statut de directeur du fameux centre de recherche, qu’elle a tenu à décapiter la polémique. Mais là encore, les explications sortent droit du dictionnaire de Sylvain Durif : « il fallait savoir de quoi on parle et redonner sa réalité, certes ennuyeuse et rébarbative, à un texte qui a été important ».

 

Traduction : le bouquin d’Hitler n’est pas le type de livre qu’on lit sur un quai de gare. Genre Guy Des Cars, en poche. Non, bien qu’il soit « illisible et incompréhensible », il reste « important ». Pour Fayard, il semble même plus important que les centaines de brillants manuscrits – non publiés – dont il est destinataire. Preuve, l’éditeur y a mis le cœur et les moyens : un traducteur, une dizaine de chercheurs et d’historiens et autant d’années de travail.

 

Le résultat fait rougir les journalistes de Libé – dont certains sont auteurs chez Fayard – qui ne tarissent pas d’éloges sur cette « couverture blanche sans photo d’Adolf Hitler, ni illustration. Et un titre sans la moindre ambiguïté ». « Une version critique jamais réalisé jusqu’à ce jour », dixit le Midi Libre. « Fruit de plusieurs années de travail » pour le Parisien. Bref, une pièce unique, à production limitée, grand standard scientifique, « avec des annotations, des explications et des commentaires ». Du lourd !

 

Convaincus ? En tous cas, pas ces chercheurs qui se sont fendus d’une déclaration dans le magazine Marianne. Comme l’historien du nazisme, Johann Chapoutot. Pour lui, pas de doute : cette nouvelle version « risque de créer un hitlerocentrisme », donc de poser une focale sur le personnage d’Hitler, qui n’aurait jamais pu assouvir sa folie, sans la complicité « du peuple ». Et, au-delà, « tout l’occident, qui avait baigné dans les thèses antisémites, colonialistes, racistes, impérialistes ».

Même son de cloche de la part de Claude Quetel, auteur de « Tout sur Mein Kampf » : « 35 00 notes, mais pour dire quoi ? », s’interroge-t-il, malicieusement : mais quel intérêt à commenter ce livre, « qui reste fruste, inculte, peut-être même dicté plus qu’écrit » ? 

 

Mais c’est encore une autre charge de Jean Luc Mélenchon, qui a fait péter les câbles de Sophie. Pour lui, « rééditer ce livre, c’est le rendre accessible à n’importe qui. Qui a besoin de le lire ? Quelle utilité à faire connaître davantage les délires criminels qu’il affiche ? Sa rediffusion, même avec des annotations, pourrait plaider pour la promotion de la haine. Chaque passage, contextualisé ou pas, pourrait semer, dans les esprits fragiles, de la sympathie envers Hitler.

 

C’est là où la directrice de Fayard s’est lancée, en personne, dans un road trip médiatique pour inverser la tendance. Car trop c’est trop : elle n’est pas là pour supporter la misère intellectuelle du monde. Certainement pas celle de cet agrégé de Mélenchon. Partout où elle est passée, dans le Figaro, libération, le monde, elle l’a dit et répété : le livre est là pour participer à l’effort national. Avec un seul but : « démontrer le caractère aberrant, délirant et criminel » du texte d’Hitler. Pour éduquer, instruire, afin de ne jamais reproduire.

 

Enfin, le message est clair. On est presque tenté de courir à Carrouf, pour acheter le pavé. Mais celà, c’était avant que Sophie ne déboule à Quotidien de Yann Barthès, pour prévenir : « ce livre n’est pas destiné à n’importe qui, mais aux historiens ». Donc à ceux qui ont usé leurs méninges à force de retourner l’idéologie du Führer ? C’est vrai qu’ils sont plus tentés de se faire déchiqueter dans les synagogues …

 

De fait, Sophie, qui ne plaisante pas avec les questions du fascisme, ne veut pas laisser le livre se vendre au rabais. Sa diffusion est limitée, précise-t-elle, « on ne peut pas le trouver dans les grandes surfaces, mais il sera disponible dans les librairies ». Et sur le net ..

 

Et puisqu’il est question de vigilance et de « rationnement », elle a dressé une petite liste des personnes autorisées à l’acheter : « les étudiants », mais aussi ... toutes « celles qui sont intéressées par le sujet ». A la seule condition qu’elles puissent dégainer la carte bleue et débourser 100 euro ( prix du bouquin ), le livre devient accessible. Sur simple clic.

 

Ce qui peut faire beaucoup de beau monde. Comme, par exemple, les fichés « S », les nationalistes, les identitaires, les islamistes, les nostalgiques du III ème Reich … Mais là encore, Sophie signe et persiste : tout est verrouillé, cadenassé, pour que son «  livre blanc » ne tombe pas entre les mains de monsieur Tout-le-Monde – car elle ne serait pas là pour le fric, ni pour se payer un coup de pub, mais pour «  historciser le mal » … 

 

Décidément, il faudrait une nouvelle machine Enigma pour décoder la démarche de Fayard.

 

 

 

 

 

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