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« Qu’ils aillent se faire nuancer ! »

Une vingtaine de cadavres à Boutcha et à Irpin. L’affaire divise. Certains parlent de massacre, imputé aux forces russes, d’autres accusent le gouvernement ukrainien d’avoir lui-même tiré sur son peuple, pour charger les Russes et obliger les Européens à s’impliquer dans la guerre. Un homme ne décolère pas. C’est le journaliste Jean-Marie Montali, ancien directeur au Figaro et au Parisien, qui a passé sa vie de grand reporter à courir derrière la misère des autres. Il n’en revient pas qu’on puisse douter de l’évidente cruauté des soldats russes, ces héritiers de l’armée rouge, qu’il avait connue en Afghanistan ( dans les années 80 ) et dont il parle dans son dernier ouvrage : Les larmes de Kaboul, aux Éditions du Cerf. 

 

Un pays envahi par les troupes du dictateur du pays voisin. Des hôpitaux ciblés. Des jeunes femmes violées. Certaines n’étaient que des enfants. A plusieurs, les soldats ont cassé les dents, pour qu’elles ne puissent pas parler. A coups de poings ? A coups de pieds ? A coups de crosses ? Quelques-unes ont été tuées, après le viol.

 

Dans une cave, des hommes ligotés ont été torturés et abattus.
Dans les rues, des corps d’hommes, tués d’une balle dans la nuque, certains les mains liées derrière le dos. Ils étaient habillés en civils. Peut-être qu’ils étaient des Résistants. Des Partisans. On s’en fout : on les a attachés et abattus d’une balle derrière la tête. Ce sont des exécutions sommaires. Gratuites. Par dizaines, par centaines. Crimes de guerre. Crimes contre l’humanité ?

 

Dans les rues, des corps calcinés. Hommes, femmes et enfants, tout ça mélangé. Des gens tués au hasard, aussi. Un cycliste, un piéton, une famille dans une voiture…
Des charniers où pourrissent ensemble des dizaines, des centaines de corps.
Des villages rasés. Des villes ravagées. Des quartiers résidentiels, sans aucune valeur stratégique, sans aucun intérêt militaire, bombardés. Une bonne partie de l’Ukraine minée, pour continuer la guerre après la guerre, pour continuer à tuer.

 

Des journalistes liquidés. Sciemment ciblés, assassinés. Des millions de réfugiés. Mais aussi de jeunes soldats russes qui ne comprennent pas cette guerre d’invasion, mal armés, mal équipés, mal formés, chair à canon…

 

Les preuves et les images s’accumulent : la dénazification de l’Ukraine par Poutine est en marche. Les témoignages se multiplient, mais les experts n’en démordent pas : les revoilà, ça les grattait trop, de plus en plus nombreux à se répandre comme du jus de poubelle. N’en pouvaient plus de se taire, à se tenir coi quand c’est la guerre. A eux, on ne la fait pas : ces témoignages, ces images, ces preuves, c’est de la propagande orchestrée par la presse “subventionnée”, “ mondialisée”, “aux ordres”. Mais je n’ai pas lu que ça.

 

A longueurs de textes, ils expliquent que tout est bien compliqué, qu’il faut faire gaffe à la propagande et qu’il faut nuancer. Mais qu’à peu près tous les journaux, dans toutes les démocraties, en Europe, en Asie, en Amérique, en Afrique, disent, à peu près, la même chose que la presse française « aux-ordres-mondialisées-subventionnée », ça n’allume aucune lumière dans leur tête. Car, eux, ils savent.

 

Ils savent que Poutine – à qui on cire les pompes depuis des années – est humilié par l’Otan, l’Amérique et l’Europe – ce « mal » absolu tellement détesté par ces quelques brillants experts qu’ils préfèrent se vautrer dans le lit du bourreau ou… dans le sang des victimes.

 

Comme ils savent, aussi, que Poutine ne voulait pas envahir l’Ukraine. Qu’il se contenterait du Donbass, que les villes n’étaient pas bombardées et que les quartiers résidentiels étaient épargnés, comme les hôpitaux et les centres commerciaux.

 

Mais quand Poutine a fait avancer ses troupes jusqu’à Kiev, en rasant à peu près tout sur leurs passages, avant de les faire se replier, en finissant de détruire ce qu’il restait encore debout, quand on a sorti les cadavres de sous les ruines …  Ca ne change rien à l’histoire, ça ne les perturbe pas outre mesure : tout ça, répètent-ils, c’est de la propagande ukraino-nazie, relayée par la presse subventionnée !

 

De toute façon, disent-ils encore, les Ukrainiens sont des hitlériens en puissance et Poutine – dont les milices paramilitaires, comme Wagner, ont sans doute inventé la sociale démocratie – a bien raison de vouloir dénazifier ce pays de nazis, dont le président démocratiquement élu est Juif.

 

Tout le reste n’est que du vent, de la mise en scène. Preuve, le président Ukrainien était un acteur, qui connait un rayon en mise en scène ! (J’ai vraiment lu ça). De plus, c’est un personnage sulfureux et corrompu. Si besoins de preuves, sachez que son nom est évoqué dans le scandale de Panama Papers. Flagrant délit !

 

En revanche, ils ne disent pas un mot sur Poutine, ce  » gaillard » tellement corrompu qu’on est même incapable, à quelques centaines de millions d’euros près, d’estimer le montant de sa fortune. Motus sur la corruption de son régime mafieux, qui a fait de lui l’un des hommes les plus riches au monde. Black-out total sur ses pratiques, pour garder son trône et sa fortune, qui vont jusqu’à la liquidation physique de ses opposants.

 

Chut … ne surtout pas évoquer ses volontaires aux ordres du FSB, enrôlés dans plusieurs bataillons, comme Roussich et Vostock. Ils ferraillent, depuis des années, dans le Donbass, sous une panoplie de drapeaux hitlériens. Mais ces Gentlemens, qui ne jurent que par Staline et brûlent d’inscrire la supériorité de la race slave dans la Constitution, c’est aussi de la propagande occidentale ! Comme est propagande, jeu d’acteurs, le massacre des civils abattus. Une provocation ukrainienne. Du spectacle. Pour amuser la galerie…

 

Ajouter, pour vous clouer le bec et fermer le dossier, cet argument que nos experts pensent infaillible : mais pourquoi les Russes auraient fait ça ? Pourquoi ils auraient laissé des preuves derrière eux, tous ces cadavres ? Forcément, cette barbarie ne peut venir que des bataillons néo-nazis, Azov. Et certainement pas des gentils fantassins russes…qui mériteraient le Nobel de la paix !

 

Ces experts n’ont, je suppose et je l’espère pour eux, jamais mis les pieds dans un pays en guerre et ne sont jamais allés là où les hommes s’étripent. Mais ils n’ont jamais lu un livre d’Histoire ? Jamais lu un journal ? Jamais vu de reportages ou de films ?

 

Qu’ils le sachent alors : ce genre de saloperies existent depuis que la guerre existe. Ça existe sur tous les continents : on tue. Et puis quand la folie lâche ses chiens, quand il n’y a plus aucun repère, plus aucune morale, que les valeurs s’inversent, on massacre. On ne tue pas au détail. On massacre en gros. Au hasard. On est capable d’aller très loin dans la saloperie.

 

Tout ça, c’est bien expliqué dans les livres, et pas seulement dans la banalité du mal. On massacre pour mille raisons : la haine, la colère, la peur, l’envie, l’urgence, la panique, la vengeance. Le plaisir. On prend le temps de tuer. On organise. Ou, au contraire, on tue à la va vite, dans la débâcle, à la hâte, avant d’évacuer un village, une ville, un champ de bataille. Et puis, on laisse des preuves. Des corps. C’est vrai dans toutes les guerres. On laisse des preuves pour mille raisons : sauvagerie, sentiment d’impunité, trop de preuves à dissimuler, manque d’expérience, manque de temps, mépris. Mépris : l’ennemi n’est qu’une ordure, qui ne mérite pas une sépulture.

 

Et puis, il y’a cette autre chose que certains connaissent : le rire de tueurs, heureux de leur sale besogne, quand les corps s’écroulent.

 

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Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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